Affichage des articles dont le libellé est Nouvelles. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nouvelles. Afficher tous les articles

mardi 21 octobre 2008

Des chrétiens et des maures: Daniel Pennac

Un matin, le Petit a décrété: "Je veux mon papa." Il a repoussé son bol de chocolat et j'ai su, moi, Benjamin Malaussène, frère de famille, que le Petit n'avalerait plus rien tant que je n'aurais pas retrouvé son vrai père. Or, ce type était introuvable. Probablement mort d'ailleurs. Après deux jours de jeûne le Petit était si transparent qu'on aurait pu lire à travers. Mais il repoussait toujours son assiette: "Je veux mon papa."

Tant que le petit voulait son papa, il n'y avait rien de grave, quoique cela pouvait être surprenant dans la Famille Malaussène. Il y avait dans cet indicatif une simple demande. Mais cet indicatif s'est transformé en conditionnel, et Benjamin, quoiqu'habitué à sa famille exceptionnelle, prend peur... Je préfèrerais mon papa! Cette ordre poli mais intransigeant lui fait craindre que son jeune frère ne soit atteint de Bartelbisme... les faits lui donnant de plus en plus raison.

Alors, aidé de son ami Loussa de Casamance, un lettré sénégalais spécialiste de littérature chinoise, il va partir dans ses souvenirs à la recherche du père du Petit, entre mafia, grabat, ténia et littérature.

Ne vous fiez pas au nombre de pages, cette minuscule nouvelle est du très grand Pennac, du très grand Malaussène. On se laisse charmer dès la première page, et on est déçu à la dernière, déçu que ça se finisse déjà! Avec un clin d'oeil à un autre grand écrivain, Jerome Charyn... Un livre que je relis tous les deux ans... Si vous ne connaissez pas la famille Malaussène, courrez lire cette nouvelle fraîche et pleine d'humour.

Notez que le clin d'oeil a été rendu par Charyn dans son roman, Appelez-moi Malaussène, que j'ai hâte de trouver et de lire...

lundi 29 septembre 2008

Le secret de la petite chambre...

Avant de me remettre à vous parler de lectures plus sérieuses - j'ai plein de commentaires en retard, que je ne sais même plus si j'arriverai à vous parler de tous ces livres - laisser moi vous parler de deux nouvelles de l'entre-deux-guerres bien sympathiques.

En fouinant à la recherche de littérature asiatique chez Gibert Jeune, je suis tombé par hasard sur deux nouvelles anonymes, mais dont les auteurs ne peuvent être que Kafû et Akutagawa -et de nombreuses études littéraires ont été faites sur ces deux bijoux de la littérature érotique japonaise. Pour ceux qui ne le savent pas, ces deux auteurs sont les plus grands de l'ère Meiji - ou plutôt l'ère Taishô qui en est le digne successeur - , une période d'ouverture et d'expansionnisme du japon, d'un retour en force du pouvoir impérial et militaire, de la morale poussée à l'extrême... Des auteurs tellement grands que le principal prix littéraire japonais à pris le nom d'Akutagawa Ryūnosuke Shō.

Ces nouvelles ont été écrite sous des noms d'emprunt, car l'écriture de textes contre le pouvoir en place ou les bonnes moeurs étaient censurées et conduisait les écrivains directement en prison pour plusieurs années. C'est dans ces périodes troubles pour la liberté d'expression que ces nouvelles ont connus des débuts qui à eux seuls pourraient valoir un roman. Mais revenons à ces deux écrits: Le secret de la petite chambre de Kafū Nagai et La fille au chapeau rouge de Akutagawa Ryūnosuke. Tant dans leur histoire que dans leur style, les deux nouvelles sont relativement différentes. Ce qui les rejoint, et qui explique que Piquier les ait regroupée dans un seul recueil, c'est, outre leur histoire et leur période, la magie du verbe qui s'en dégage. Aucune perversion, aucune obsession, rien de graveleux ne transparaît de ces deux écrits. Dans un style assez épuré et très descriptif, encore plus chez Kafû, ces deux écrits tiennent plus du conte érotique que de la nouvelle...

Le secret de la petite chambre.

Dans ce très court conte, 19 pages, Kafû nous conte la première rencontre d'un homme avec une geisha qui deviendra sa femme dans une okiya - une maison de rendez-vous.

Alors qu'il se promenait un jour dans un ancien hanamashi - un quartier des plaisirs, il tombe que une ancienne okiya qui est en vente. Il l'achète aussitôt, sans beaucoup réfléchir. En retapissant une petite pièce de quatre tatamis et demi, il découvre sur le papier des cloisons coulissantes des lignes griffonnées... Dont il nous fait le récit. C'est le récit de sa première nuit avec la geisha et de ses efforts pour rendre la dame folle de lui.

A garder en mémoire en lisant la nouvelle, ce récit tourné, entièrement sur le plaisir des deux sexes, car si le début est uniquement l'histoire d'un homme allant voir une prostituée, il se mue rapidement en une envie de l'homme de tout donner à la femme qui partage sa nuit, nous a été traduit par une femme...

Le roman a été plagié, spolié, censuré, oublié, redécouvert... et l'histoire de ces quelques pages méritent à elles-seules un roman...

La fille au chapeau rouge

La seconde nouvelle nous parvient dans un style totalement différent. Alors que le premier texte nous conte uniquement les ébats de deux personne dans un style totalement descriptif, presque scientifique, la fille... nous raconte une vraie histoire, et dont le sexe n'est qu'une composante. Ici, la rencontre de deux personne est réellement le fil conducteur, et l'attirance et la curiosité du jeune japonnais ajoute énormément à l'érotisme de la nouvelle.

Berlin, juste après la Grande Guerre, le pays est exsangue...Un étudiant japonais faisant ses études à Paris fait un court voyage à Berlin. Il parle français et anglais, mais uniquement une dizaine de mots en allemand, aussi a-t-il du mal à se faire comprendre. Quelle frustration pour un écrivain! A la recherche d'une fille pour passer la nuit, il voit une fille portant un chapeau rouge, visiblement pas une prostituée, à qui il propose une passe contre rémunération. Les deux jeunes gens décident de ce revoir une dernière fois peu après, et bien qu'il la paiera pour une nouvelle nuit avec elle, c'est une vraie forme de relation qui se forme entre eux deux, entre l'impossibilité de communiquer et l'attirance de l'un pour l'autre...

Cette nouvelle nous permet un voyage dans le Berlin de l'entre-deux-guerre, nous fait passer par Bahnhof Zoo à une période où il faisait bon s'y promener et nous montre les difficultés des allemands qui essaient de survivre difficilement à la plus grande crise de leur Histoire...

Cette nouvelle était parue dans les pages d'un groupe de pensée regroupant les plus grands penseurs japonais de l'entre-deux qui essayaient de parler librement et de réfléchir à l'amour et au sexe dans une période où tout cela était censuré, regroupant des écrivains, des médecins, des penseurs... Ce récit est un hommage à la jeune fille, écrit de retour au pays - on ne sait pas bien si Akutagawa n'a pas réellement vécu cette anecdote, les faits collent avec la vie de l'écrivain - mais on sent dans la plume à véritable plaisir de nous faire partager et de ce remémorer cette histoire... Et pour le lecteur, c'est un véritable plaisir de partager avec l'auteur ces moments.

Peinture de Augustin Zwiller - portait de trois quart de femme en rouge - Musée d'Altkirch

mercredi 27 août 2008

Le maître a de plus en plus d'humour

L'usine a fait faillite, Lao Ding, ouvrier modèle, est licencié... A seulement un mois de la retraite, c'est tout un monde qui s'effondre. Une histoire banale pour nous aujourd'hui. Mais dans la Chine de la fin des années 90, c'est autre chose: face à la dureté du néo-capitalisme sauvage, alors que même les professeurs ne sont plus que rarement payés, et lorsque l'on a pas d'enfant pour s'occuper de ses vieux parents. Alors quand on ajoute à cela une fracture à la jambe... La vie dans la ville s'organise autour de petits boulots pour faire face à ce catastrophe sociale... Mais sans maître Ding.

Lorsqu'il arrive enfin à sortir de chez lui, une idée génial lui vient. Il retrouve soudain sa joie de vivre et surtout beaucoup d'humour. Oui, mais cette idée... ne serait-elle pas un peu criminelle? Je n'en dirais pas plus, il faut garder le suspense, et il y a de quoi, surtout lorque le roman ne fait que cent pages.

Un roman bien sympathique, très vivant, très vite lu (si vous avez une grosse heure à tuer), emprunt de tendresse et surtout de beaucoup d'humour et de scènes décalées, où Mo Yan exerce son regard décapant sur la société chinoise contemporaine. Ca m'a donné envie de découvrir les autres oeuvres de l'auteur. En voyant les 900 pages de Beaux seins, belles fesses, je m'étais un peu découragé, mais là, ça m'a donné envie de quand même essayer.

Remarque: le livre a été trduit lors d'un cours de traduction de l'université de Provence. J'avais entendu parler de cette initiative, mais je n'étais jamais tombé sur un de ces livre.
Les avis de En noir et bleu et d'Emeraude

lundi 18 août 2008

Dojoji et autres nouvelles: Mishima Yukio

Voici quatre nouvelles tirées de La Mort en Été d'un des plus grand maître de la littérature japonaise. Toutes sont très étonnantes, différentes, et nous font découvrir la diversité et l'originalité du grand écrivain japonais. De l'univers des geishas aux rites sacrificiels des samouraïs, de la cérémonie du thé à la boutique d'un antiquaire, Mishima explore toutes les facettes d'un Japon mythique, entre légende et tradition. D'une nouvelle à l'autre, les situations tendrement ironiques côtoient les drames les plus tragiques, que ce soit la jolie danseuse qui remet du rouge à lèvres après avoir renoncé à se défigurer avec de l'acide en souvenir de son amant, Masako, désespérée, qui voit son rêve le plus cher lui échapper, ou l'épouse qui se saisit du poignard avec lequel son mari vient de se transpercer la gorge...

De ces textes, je retiendrais le troisième qui ne peut laisser de marbre. En 1936, lors du Ni Ni Roku, un jeune officier japonais, juste marié à une femme qu'il aime et dont il est aimé en retour, apprend que ses plus proches compagnons d'armes se sont mutinés contre l'armée impériale. De peur d'être chargé de leur exécution, pour ne pas trahir son amitié ni tâcher son honneur en refusant une tâche qu'il lui sait d'ores et déjà destinée, il décide de se donner la mort rituellement, de se faire seppuku. Sa femme décide de le suivre après lui avoir servi de témoin officiel en se faisant jigai. Tout est posé dès le début, le récit est la description minutieuse de la préparation du rituel et de leurs derniers moment, ainsi que de la mort douloureuse et tragique. C'est magnifiquement bouleversant. D'autant plus lorsqu'on sait que l'auteur se fera seppuku quatre ans après avoir écrit cette nouvelle lorsqu'il manqua un coup d'état en faveur de l'empereur. Il sera la dernière personne dont on retiendra le suicide rituel.

mardi 12 août 2008

La danseuse d'Izû : Yasunari Kawabata

Toute sa vie, Yasunari Kawabata a écrit ce qu'il appelait des Tenohira no shôsetsu, des récits qui tiennent dans la paume de la main. Ce recueil en recèle cinq, d'au plus trente pages, faisant partie des plus connus. Dans ces cinq nouvelles, il nous révèle avec une plume magnifique la poésie, l'élégance, le raffinement exquis et la cruauté du Japon, sous un thème commun, le destin.

Ces récits sont cinq rencontres, cinq contemplations de ce délicat remue-ménage de l'âme que nous offre la littérature japonaise. Chacun de ces récits semble porter en lui une ombre douloureuse qui est comme la face cachée de la destinée: un étudiant qui croise une jeune danseuse, bien trop jeune pour lui, une jeune voyante face à la futilité de la croyance en la destinée, un vieillard qui s'enlise dans la compagnie d'oiseaux, un jeune homme qui retrouve sa maîtresse dans le besoin au sortir de la guerre, un invalide qui contemple le monde dans un miroir, et ce miroir lui renvoie d'abord son propre visage dans une sorte de tête à tête avec la mort...
Rechercher le bonheur est aussi vain et aussi désespéré qu'apprivoiser une jeune danseuse, un couple de roitelets ou le reflet de la lune dans l'eau.

Voici cinq textes, extrêmement limpides et mélancoliques, poétiques, contemplatifs et élégants, pudiques et troublants. Le premier et le dernier texte sont tout simplement merveilleux, j'ai moins accroché sur les trois autres, mais il est tellement facile de rentrer dans cette langue parfaite, juste et magnifique... Alors que je n'avais pas aimé le Maître de Go, là, j'ai été charmé...

dimanche 10 août 2008

La Métamorphose : Franz Kafka

Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva dans son lit changé en un énorme cancrelat.

S'il y a bien un livre dont tout le monde a entendu parlé en classe de cinquième (s'il n'a pas dû le lire), c'est bien celui-là. Ça faisait un certain temps que je voulais relire cette nouvelle de Kafka... depuis que j'avais lu la lettre au père en début d'année.

Je me souvenais de la nouvelle de littérature fantastique qu'on m'avait forcé à lire au collège. Forcé, c'est bien le terme, car pour un enfant de 12-13 ans, ce court roman n'a vraiment rien d'intéressant, ce n'est même pas de la bonne littérature fantastique. Mais lorsque j'ai lu la lettre au père, des image m'en étaient revenus. Et surtout une question, mais pourquoi un cafard?

Cette nouvelle ne nous parle pas d'un cafard en fait, elle nous parle d'un homme rejeté par sa famille, particulièrement son père, et de la métamorphose des personnes qui l'entoure qui vont les mener à exclure de leur vie ce jeune homme gênant. Le cafard n'est que la métaphore dont l'auteur se sert pour parler d'un écrivain raté, rejeté. Car c'est un peu son histoire romancé dont nous parle Kafka.

C'est un livre que j'ai bien aimé relire, beaucoup plus profond que ce que j'en avais entrevu en cinquième. La langue de Kafka est riche, complexe, très précise. En allemand, la langue dont se sert l'auteur me semble beaucoup trop ardue pour un élève de cinquième. Alors, je me demande pourquoi les professeurs s'obstinent à vouloir l'intégrer dans leur programme de collège. Car c'est un livre qu'il faut lire avec des yeux d'adulte pour bien le comprendre...

mercredi 30 juillet 2008

La désagrégation du papillon : OGAWA Yokô

Voici la nouvelle qui suit la parfaite chambre de malade.

Une jeune fille est se voit obligée de confier sa grand-mère dans une maison de retraite médicalisée, atteinte de démence sénile et n'arrivant plus à bouger, à s'occuper de soi. Elle se retrouve confrontée à un immense sentiment de culpabilité d'avoir abandonné sa sa grand-mère qui l'avait accueillie après la mort de ses parents. Et même la bienveillance du directeur de l'établissement ne lui rend pas moins difficile la séparation.
Cette longue dégénérescence de son aïeul qui a toujours été son point de repère dans la vie l'a fortement touchée, au point qu'elle a du mal à discerner ce qui est réellement la normalité et se lance dans un introspection. Son seul point d'ancrage dans cette douloureuse situation sont les premiers symptômes d'une grossesses (peut-être imaginaire) qui lui permet de reprendre un peu pied et d'effacer peu à peu l'absence de sa grand-mère.

Comme toujours , Ogawa nous offre une nouvelle très étrange, toujours entre rêve et réalité, une longue introspection écrite comme une longue descrition des sentiments intérieurs de la jeune fille, avec très peu de dialogue, et toujours ce sentiments de culpabilité qui mine la naratrice. Comme dans la chambre de malade, le sujet de cette nouvelle est le passage de la vie à la mort, l'accompagnement de la fin de la vie et le poids de l'absence.

Et toujours cette écriture parfaite, où rien ne manque, où rien ne dépasse de Yokô Ogawa, transpirant la douleur et la dureté du quotidien avec une douceur inouie et nous renvoyant à aux responsabilité qui seraient les notres dans de telles situation, comme ici la place des personnes agées dépendantes dans notre société... Ce n'est pas forcément la meilleure nouvelle d'Ogawa mais elle mérite vraiment d'être lue, si l'on aime le style de l'auteur.

lundi 28 juillet 2008

Une parfaite chambre de malade : OGAWA Yokô

Lorsqu'on lit une nouvelle d'Ogawa, on est tout de suite frappé par cette atmosphère doucereuse qui raconte une vérité humaine grave et souvent tragique... Les personnages semblent survoler la scène, tout en étant fortement affligés. Une espèce de dépression latente, ou tout du moins un gros problème psychologique (autre point sur lequel l'auteur joue fortement). A leur place, on aurait envie de hurler notre douleur, notre malaise, il y a quelque chose qui cloche, qui semble anormal, inhumain, amoral... Et pourtant, est-ce vraiment ça la réalité, cette image bien figée de la bien-séance de la douleur. Ou bien Ogawa a-t-elle raison? Réagira-on comme on le pense face aux situations que nous dépeint l'auteur? Dans ces situations familiales tragiques, les personnages qu'elle nous décrit ont peut-être plus de réalité que nous...

Cette parfaite chambre de malade ne fait pas exception... Une jeune femme apprend que son petit frère de 21 ans, atteint d'une leucémie fulgurante, n'a plus qu'une année à vivre. Elle suit sa progressive et ineluctable dégénérescence et peu à peu elle découvre la force de cet amour fraternel qu'elle n'avait jusqu'alors jamais remarqué. Chaque jour, elle vient l'aider à manger, à s'apaiser et le regarder dormir. Et nettoyer derrière lui... Sa manie maladive de la propreté, sa phobie de la pourriture, provenant de l'horreur de voir sa mère s'enfoncer dans une maladie débilisante au point de laisser les légumes se décomposer dans la maison, font passer cette chambre d'hôpital pour un cocon de pureté originelle. Avec pour seule réconfort le jeune médecin qui s'occupe de son frère, beau comme un nageur (son premier amour était un nageur), dans les bras duquel elle finira par se laisser pleurer... Et toujours l'amour et la mort qui se rencontre à chaque coin de page, comme dans une ronde sans fin... enfin si, la mort inéluctable du frère...

Une nouvelle magnifique avec en toile de fond le douloureux passage de la vie à la mort. Et toujours cette écriture parfaite, où rien ne manque, où rien ne dépasse de Yokô Ogawa...

L'avis de Katell

jeudi 20 mars 2008

Les algues d'Amérique : Nosaka Akiyuki

A la suite de la tombe des lucioles, on peut trouver cette autre nouvelle.

C'est la seconde nouvelle, avec La tombe des Lucioles, pour laquelle Nosaka a reçu le prix Naoki en 1968 (le plus prestigieux prix littéraire japonnais). Traditionnellement, ces deux nouvelles sont présentées ensembles. L'histoire, très différente par son style, contraste énormémént avec la première, comme si l'auteur nous poussait à lire quelque chose de léger pour exorciser son chef d'oeuvre.

L'histoire :

Nous sommes dans les années 60. Toshio, publicitaire japonais, avait envoyé sa femme Kyoko en vacance l'année précédente à Hawaï avec leur jeune fils. Ceux-ci avaient fait la connaissance d'un couple d'américains, les Higgins. Un jour, une lettre les informe que ceux-ci font faire escale au Japon au cours d'un périple autour du monde. Kyoko se propose de les héberger durant leur escale japonais, ce qui ne ravit en rien Toshio (mais alors pas du tout). Pour lui les américains sont restés ces soldats qui ont débarqué en 1945, des diables rouges comme les nommait son ancien professeur de judo. Aussi, en attendant leur arrivée fait-il preuve d'un anti-américanisme primaire.
Mais l'idée qu'il se faisait des américains va s'en trouver ébranlée dès l'arrivée des Higgins, qui soit dit en passant se défendent en japonais. Commence alors pour Toshio un véritable challenge pour satisfaire son hôte.
Mais la cohabitation des deux couples va mal se passer...

Mon avis :

La plus grande partie de la nouvelle s'attarde sur les souvenirs et les impressions de Toshio qu'il a conservé de l'année 1945, quand les américains ont débarqués. Elle nous livre ainsi un bon tour d'horizon du japon de cette époque.
La nouvelle est légère et n'a en aucun cas ni la grandeur ni la beauté du tombeau des lucioles. C'est léger, amusant de voir cette confrontation de deux monde que Nosaka tourne en ridicule (surtout les japonais), caricatural et presque burlesque

Ça casse pas trois pattes à un lapin (désolé Manwë -pour ceux qui ne sont pas dans la confidence, Manwë est le petit lapin crétin que nous avons adopté il y a quelques mois) mais ça détend, surtout la partie où Toshio raconte sa jeunesse.

Attention, la fin est un un peu obscène... Ah ces japonais...

mercredi 19 mars 2008

La Tombe des Lucioles : Nosaka Akiyuki

Titre original : Hotaru no Haka - 火垂るの墓
Suivi de : Les Algues d'Amérique (voir le billet suivant)

Peut-être vous souvenez-vous du chef-d'œuvre du cinéma nous étant parvenu il y a quelques années de l'Empire du Soleil Levant, Le Tombeau des Lucioles - 火垂るの墓 - Hotaru no Haka, le si magnifique et terrible anime réalisé en 1988 par Isao Takahata et le Studio Ghibli (sorti en 1996 en France)?

Il est tiré d'une nouvelle semi-biographique de Nosaka, tout aussi magnifique mais tellement plus terrible... Ça faisait un petit bout de temps que je désirais la lire, mais impossible de le trouver dans les librairies parisiennes que je fréquente régulièrement. Mais dimanche, au milieu du stand des éditions Piquier, ça y est, il était là...

L'histoire:

Ce récit nous montre le cruel destin de deux enfants orphelins dans le japon à la fin de la seconde guerre mondiale. Un jeune garçon, Seita, au moment de mourir de faim, revit le moment le plus dur de sa vie : alors que sa mère vient de mourir gravement brûlée sous les bombardements américains de 1945, il est contraint d'errer avec sa petit sœur, Setsuko, et très vite leur situation se détériore inexorablement...

Mon avis :

Cette nouvelle est vraiment magnifique et terrible, et bien que je connaissais l'histoire puisque j'avais adoré l'adaptation en anime, je n'ai pas pu m'empêcher de verser une larme pour les deux jeunes enfants.

Pourtant, l'auteur se garde bien de donner un quelconque espoir au lecteur : le texte commence par la mort du grand frère, une sorte de double de l'auteur qui, dans les mêmes conditions que le jeune Seita, avait dû abandonner sa mère et laisser sa jeune sœur mourir de faim, chose dont il s'est toujours voulu.

L'écriture est assez inhabituelle pour un auteur japonnais : une prose étonnante, ample, longue, réussissant à concentrer en une seule phrase des couleurs, odeurs et dialogues, un récit très violent, très cru, mais qui trouvent ici une beauté poétique parsemé d'images quasi insoutenables. Attention pour ceux qui ont déjà vu l'anime, le livre est vraiment beaucoup plus dur, plus désespéré...

Un livre que j'ai adoré et que je conseille vivement...


Et si je n'ai pas réussi à vous faire partager mon émotion pour ce récit, en voici un extrait:
Mais déjà la faim n'était plus, la soif n'était plus, la tête pendait lourdement sur la poitrine, "Pouah, c'est dégueulasse", "P'têt ben qu'il est mort", "Quelle honte, laisser traîner ça dans la gare, alors qu'les Américains peuvent arriver d'une minute à l'autre", ses oreilles qui seules tenaient encore à la vie pouvaient distinguer toute une variété de bruits, la nuit, quand tout retournait subitement au silence : des geta résonnant dans le hall, le grondement du train passant au-dessus de sa tête, des pas s'élançant soudainement, la voix d'un petit gosse : "Mamaaan !", ou celle d'un homme, là tout près de lui, qui parle entre ses dents, le bruit des seaux d'eau déversés à toute volée par les employés de la gare, "Quel jour qu'c'est aujourd'hui ?", oui, quel jour ça pouvait-y bien être, combien d'temps qu'il était là ? dans une lueur de conscience il vit le sol en béton juste sous ses yeux, sans pour autant s'apercevoir qu'il gisait sur le côté dans une posture identique à celle qu'il avait quand il était assis, le corps plié en deux, les yeux obstinément fixés sur la fine couche de poussière qui, à la surface du sol, frémissait au rythme de sa faible respiration, et se demandant seulement "quel jour qu'y peut être, quel jour qu'c'est ?", Seita expira...

mardi 18 mars 2008

L'Île d'Iŏ : Yi Ch'ŏngjun

Voici le premier roman que j'ai acheté dimanche au Salon du Livre. J'en avais profité pour trouver quelques titres rares de Piquier et d'Acte Sud que je ne trouvais pas dans le commerce (la littérature asiatique est encore si mal représentée...)

Je ne connaissais pas du tout l'auteur. A vrai dire je n'avais jusqu'à présent jamais lu de littérature coréenne. Mais, sur le stand d'Acte Sud, la quatrième de couverture de ce court récit m'avait intrigue.
A en croire la légende, on ne revient pas de l’île d’Iŏ, et c’est peut-être pour l’avoir contemplée que le journaliste Ch’ŏn a disparu en mer. Accident ? Suicide ? Chargé d’enquêter sur cette affaire, un officier de marine se trouve bientôt confronté aux métamorphoses du mythe. Car "l’île d’Iŏ" est aussi le nom d’une très ancienne mélopée, et celui d’un cabaret que fréquente une prostituée dont la déréliction est bouleversante. Peu à peu, en un clair-obscur où s’efface toute certitude, l’auteur plonge son héros dans l’ivresse et la fascination, jusqu’à lui apprendre à désirer Iŏ, troublante figure de la consolation — qui pourrait bien être la beauté même de la mort.
Et je n'ai pas été déçu... J'ai bien aimé cette nouvelle, son atmosphère brumeuse, son écriture. Dans ce style simple et épuré caractéristique de la littérature asiatique contemporaine, nous berçant dans une mélancolie un peu amère, l'auteur, peu connu en France bien qu'il soit l'un des plus grands auteurs coréens, nous donne une version actuelle d'une légende de marins, encore bien présente dans les croyances locales, même si d'après les autorités, cette île mystérieuse dont on ne revient jamais et qui apparaît parfois à la surface pendant les tempêtes ne serait, officiellement aujourd'hui, qu'un récif corallien... Cette légende, il la fait revivre à travers un officier de marine que doit annoncer au port que le journaliste qui les avait accompagné dans la mission de recherche de l'île avait disparu en mer dans des circonstances inexpliquées et qui se retrouve troublé par l'attitude des insulaires...

Au final, j'ai bien aimé cette nouvelle, et l'auteur, d'après moi, mérite d'être découvert...

Pour lire un extrait du récit, c'est ici...

dimanche 3 février 2008

Lettre d'une inconnue : Stefan Zweig

Je viens juste d'acheter un recueil des principales nouvelles de Zweig en allemand, avec pour but premier de lire les vingt-quatres heures dans la vie d'une femme, la Confusion des Sentiments et Amok, ou, le Fou de Malaisie. Il faudra aussi un jour que je relise le Joueur d'échec. Et hier matin, je venais de tomber sur le post de Caro[line] sur la Lettre d'une inconnue, qui fait partie de la Fashion's Klassic List.

Vu l'enthousiasme de Caro[line] qui apparament avait quelques a priori sur le grand maître autrichien, je me suis dit : "Alors, pourquoi ne pas commencer par celui-la?" Un enthousiasme bien mérité...

Ca faisait longtemps que je n'avais plus lu un livre en allemand, le dernier étant Die Gedanken sind Frei, dont je vous ai parlé il y a peu parce qu'il m'avait particulièrement marqué. Et pourtant, à part les quelques premières phrases, je n'ai visiblement rien perdu du temps où je m'exprimais courramment dans la langue de Goethe; bien obligé, j'y ai vécu et travaillé pendant quatre mois.

L'histoire :

Un auteur célèbre reçoit une longue lettre d'une inconnue, une femme qui vient juste de perdre son enfant. Elle lui avoue son coup de foudre, le jour où elle l'a vu pour la première fois, alors qu'elle avait treize ans et lui vingt-cinq. Elle lui raconte aussi la naissance de son amour, malheureusement réprimé. Elle lui raconte enfin l'histoire de son fils qui vient de mourir...

Commentaire :

Cette nouvelle est tout simplement magnifique, avec son écriture d'une force impressionnante. La femme, libérée par la mort de son fils de cette retenue et de cette timidité sentimentale typiquement allemande, va dévoiler son amour à un homme, de douze ans son ainé... L'écriture aussi est exceptionnelle, une écriture très lyrique et visuelle, très expressive avec sa multitude d'adjectifs, de propositions et d'adverbes... Du grand Zweig...

Remarque :

Je ne sais pas si ça se retrouve dans la traduction française, mais la femme met dans sa lettre une majuscule lorsqu'elle tutoie l'auteur : comme on ne le fait qu'avec Dieu en allemand? Est-ce une figure de style, une coïncidence?

Le Vampire de Ropraz : Jacques Chessex

En 1903 à Ropraz, dans le Haut-Jorat vaudois, la fille du juge de paix meurt à vingt ans d'une méningite. Un matin, on trouve le couvercle du cercueil soulevé, le corps de la virginale Rosa profané, les membres en partie dévorés. Horreur. Stupéfaction des villages alentour, retour des superstitions, hantise du vampirisme, souvenirs des vielles tares et des anciennes perversions populaires, chacun épie l'autre au cœur de l'hiver. Puis, à Carrouge et à Ferlens, deux autres profanations sont commises. Il faut désormais un coupable...

Dans cette nouvelle, Jacques Chessex nous raconte d'une manière crue et gore des perversions campagnardes, des superstitions moyen-âgeuses et la vindicte populaire toujours prompte à trouver un coupable qui, si cela avait encore été possible, aurait été pendu haut et court puis brûlé sur un bûcher sans autre forme de procès. Et pourtant il s'agit de faits réels horribles qui se sont produits à l'aube de la première guerre mondiale : ce n'est pas si vieux que ça au final...

A la lecture, on dirait une chronique journalistique, une enquête de reporter d'investigation. L'écriture est précise et juste, les faits sont retranscrits sans finesse et sans ménagement, mais sans envolée lyrique morbide des romans d'horreur et des thrillers gores. Avec une fin très originale, c'est une petite nouvelle agréable, très bien construite, que je conseille.

Pourtant il lui manque d'après moi un peu de profondeur, l'auteur reste trop superficiel dans ses descriptions et dans son histoire et j'aurais aimé qu'il rentre un peu plus profondément dans l'intrigue... J'aurais peut-être préféré un roman à la place d'une nouvelle... Mais ça n'engage que moi.

J'ai passé le livre à Loutarwen qui devrait bientôt l'avoir fini - il ne lui reste plus que 33 pages à lire - donc vous aurez droit à un double commentaire...

vendredi 25 janvier 2008

La Grossesse : Yôko Ogawa

Ma cure d'Ogawa continue. Il faudra que je passe un de ces quatre en bibliothèque pour faire renouveler mon ordonnance... Peut-être la formule préférée du professeur? Mercredi soir, j'avais fini La Grossesse... J'ai mis du temps à écrire ce post. Mais peut-être est-ce mieux... D'y repenser à tête reposée...

Histoire :

Depuis le début de la grossesse de sa sœur, la narratrice consigne dans un journal les moindres transformations physiques de la future mère. Et quand celle-ci, passé la période des nausées, retrouve un appétit vorace, elle s'empresse de lui préparer des marmelades de pamplemousses, dont elle la régale et la gave à plaisir. Peu à peu la peau, peut-être toxique, et la chair des fruits viennent se mêler, dans son esprit, à l'effervescence mystérieuse du mystère de la gestation.

Commentaire :

J'ai donc continué ma cure d'Ogawa par "La Grossesse". C'est un livre très dérangeant qui nous entraine dans une atmosphère mièvre et malsaine, presque morbide. Comme dans de nombreux livres d'Ogawa, au fil des pages, une espèce de malaise prend le lecteur, qui ne disparaît pas avant la dernière page.

Dans ce livre, deux aspects sont traités. Tout d'abord le rapport à la nouriture, ce qui d'après moi est le point le plus important du livre. C'est par l'aversion pour toute odeur due aux nausées du début de grossesse, puis par la boulimie une fois les nausées passées et l'engraissement rapide (c'est vraiement le mot juste qui vient à l'esprit lorsqu'on lit le livre) que l'auteur nous dévoile les névroses d'une femme enceinte dépressive.

Le second aspect morbide se situe dans la description par la naratrice de la grossesse. Avec d'un côté la dépression prénatale de la femme enceinte et de l'autre l'incompréhension de la situation d'une fille dont les parents sont morts trop jeunes, élevée par sa soeur, mais qui ne semble pas avoir reçu les clefs pour apréhender sa féminité et le désir maternel, et qui maintenant semble un peu de trop dans cette nouvelle famille qui se construit, Ogawa nous dépeint une fresque morbide de l'attente d'un enfant.

Comme toujours, Ogawa pousse son récit jusqu'à l'obsession, au désordre mental. Car c'est un lien familial trop exagéré entre une jeune fillé et sa soeur enceinte qui nous est proposé par l'auteur. Elle maintient le propos entre ironie et cruauté, entre jalousie et dévouement, au bord d'un abîme où la vie menace d'engendrer la mort.

Nous avons longtemps discuté de cette nouvelle avec Loutarwen. Certes, pour tous les deux, cette nouvelle n'est de loin pas la meilleure d'Ogawa, même si elle a remporté en 1991 le prestigieux prix Akutagawa qui récompense les nouvelles et romans courts japonais. Mais je n'aurais pas un avis aussi négatif qu'elle sur cette nouvelle. Nous n'avons pas ressenti ni surligné les mêmes choses... Mais peut-être est-ce logique qu'on ait pas le même rapport à la grossesse? Alors à vous de juger...

jeudi 24 janvier 2008

L'Annulaire : Yôko Ogawa

Eh oui, je continue ma cure d'Ogawa (une cuillers le matin dans le métro, une cuillers le soir au retour et si besoin, une cuillère au coucher le soir). Cette fois-ci, c'est l'annulaire qui est passé à la casserole (toute envie antropophage mis à part).

Histoire :
A la suite d'un léger accident de travail dans une fabrique de limonade au cours duquelelle perd un bout de son annulaire, une jeune provinciale décide de changer de travail et trouve un emploi de réceptionniste auprès de M. Deshimaru, étrange taxidermiste directeur d'un laboratoire de spécimen. Dans ce lieu étrange, ancien foyer de jeunes filles pratiquement désert, elle reçoit la clientèle avant que M. Deshimaru ne recueille, analyse et enferme à jamais les blessures et les souvenirs de ceux qui désirent échapper à leur mémoire: champignons, objets de la vie courrante, partitions, os d'oiseaux, blessures... Sans vraiment comprendre ce qui se joue, elle est progressivement fascinée par cet étrange scientifique qui exerce sur elle un pouvoir étrange.

Mon avis :
Une histoire déroutante, une écriture déconcertante, simple et épurée, pleine de non-dits mais assez explicites pour attirer le lecteur vers cette atmosphère étrange typique des nouvelles de Yôko Ogawa. Dans cette nouvelle, on retrouve un atmosphère un peu moins malsaine que dans d'autres de ses romans (Hôtel Iris, Les abeilles), un peu comme dans le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie. La nouvelle pénètre, davantage encore que ses autres romans, dans le territoire de l'envoûtement et de l'étrange, et révèle, au coeur du suspense, l'empreinte d'une douleur qui va jusqu'au fétichisme.

Je pense que c'est le meilleur livre pour commencer l'oeuvre de Yôko Ogawa. De toute façon, avec Ogawa, soit on a aimé un livre et on adorera toute son oeuvre, soit on déteste, définitivement. Et pour les cinéphiles, l'oeuvre a été adaptée par Diane Bertrand au cinéma.

dimanche 20 janvier 2008

Les abeilles : Yôko Ogawa

Pour rendre service à son cousin qui cherche une chambre pour ses études à Tôkyo, l'heroïne l'introduit dans son ancien foyer d'étudiant qu'elle avait quitté six ans auparavant. Mais aussitôt le jeune homme installé, elle est prise d'un malaise inexplicable. Dans les semaines qui suivent, à chacune de ses visites, saon cousin est invariablement absent. Et le directeur du foyer, un infirme auquel il ne reste qu'une jambe, se montre de plus en plus évasif, inquiétant, equivoque...

Un cousin qui disparaît, un autre étudiant qui aurait disparu il y a peu mais dont on ne retrouve aucune trace dans les journaux locaux, un directeur informe au comportement étrange et aux propos déplacés, par une succession de détails bien choisi, subtiles et inquétants, l'auteur nous fait entrer dans un univers mystérieux et angoissant, une espèce de malaise diffus dont elle a le secret. Comme si cette écriture sobre, simple, fine et épurée arrivait à faire peser les pires présomptions.

Ce n'est de loin pas le meilleur de ses romans, mais, en quelques pages, Ogawa réussit à mettre en place une atmosphère de malaise dont elle a le secret, et en cela, cette nouvelle vaut le coup.

lundi 31 décembre 2007

La chambre rouge : Ranpo Edogawa

«Flânerie au bord du fleuve Edo», telle est la traduction littérale des idéogrammes utilisés pour composer ce nom de Edogawa Ranpo (anagramme de Edgar Allan Poe), plus connu au Japon comme le maître fondateur de la littérature policière japonaise.

Dans ce recueil, cinq nouvelles nous parlant de crimes: Un homme mutilé aux prises avec les perversions de sa femme, une "chaise humaine" prodiguant caresses et sueurs froides à ses victimes, des confessions criminelles dans une "chambre rouge", une intrigue machiavélique autour d'une "pièce de deux sen"...

On retrouvera dans ces cinq récits - les plus célèbres d'Edogawa - la même atmosphère pesante ou sinistre, le même goût pour les mises en scène fantastiques et obsessionnelles, la même esthétique du crime.

Lorsqu'on en commence une, il est impossible de reposer le livre avant sa fin... il s'ensuit cinq minutes de vides, pour faire le point, pour ce demander si c'est bien fini, si on est de retour dans la vraie vie... pour réaliser...

Un auteur à découvrir absolument!

Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie : Yôko Ogawa

Voici deux courtes nouvelles de Yôko Ogawa publiées chez Acte Sud / Babel : Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie suivi d'un thé qui ne refroidit pas.

Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie:

Quelque temps avant son mariage, une jeune femme rencontre un enfant et son père, qu'elle retrouve un soir plongés dans la contemplation d'un restaurant scolaire. Quand l'homme lui raconte pourquoi l'image d'un réfectoire le soir évoque pour lui le souvenir d'une piscine sous la pluie, la mélancolie s'installe tel un lien dont elle ne pourra plus se défaire...

Un thé qui ne refroidit pas:

Une jeune femme apprend la mort d'un camarade. Elle le connaissait peu mais cet accident la trouble plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Dans l'ambiance étrange de la cérémonie funèbre, elle rencontre quelqu'un qui va faire basculer son quotidien. Attirés par l'autre, ils partent à la découverte des mystères de l'amour et de la mort aussi sereinement qu'ils se servent une tasse de thé.

Avec finesse et subtilité, Yoko Ogawa effleure l'inconscient de personnages vivant des instants précieux, comme hors du temps, qui bouleversent leur existence. Ces deux nouvelles sont reliées par une même sensation mélancolie et de douceur cruelle suscitées par une écriture magnifique, simple et épurée. Une atmosphère floue de pluie et de brume qui nous fait vivre deux rencontres étranges et qui s'installe durablement dans notre esprit...

Seul bémol, la fin trop abrupte de chaque nouvelle...