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lundi 19 janvier 2009

Petit détour par l'ancienne Bibliothèque Nationnale de France

Le cent-cinquantième anniversaire des relations franco-japonaises se terminent. Mais si l'art du pays du soleil levant vous intéresse autant que moi, allez passer les portes de l'ancienne bibliothèque nationale, rue Richelieu, près de la Bouse. Pour encore un mois se trouve une des expositions les plus impressionnantes d'estampes d'ukiyo-e que j'ai eu la chance de voir. Des pièces uniques, des pièces que tout le monde connaît, commencez avec moi une petite visite...

En entrant dans l'ancienne salle de lecture Mazarine, au premier étage, on tombe sur des planches d'un des plus grands maîtres : Ando Hiroshige. Et rien que là, je savais que j'avais bien fait de rentrer.


Shunsho, Utamaro, Sharaku, Eiri et Eishi, Utagawa, Morunobu, tous les grands sont là. Et tous les grands thèmes sont présentées sur plus d'une centaine d'estampes:
  • Sumotori, théatre et maisons des plaisirs




  • Beauté féminine, humour et parodie des grands classiques

  • Une sale complète est réservée au shunga, à l'estampe érotique, et si les grecs ont un complexe d'infériorité, les japonnais sont de fieffés vantards (à moins qu'ils aient de très petits bras...) Je suis restés décents dans les estampes choisies, car ces graveurs avaient un sens du d

Mais s'il ne s'agissait que de cela... Devant la crypte, une longue file attend. Si tant de gens sont ainsi attroupés, le précieux sésame à la mains qui leur fera entre le saint des saints, c'est que la Vague est là, et pas que...

Douze des trente-six vues du mont Fuji de Hokusai sont là... Dont en passant, la vue du mont Fuji à partir d'une plantation de théiers...


Sans compter des planches de la Manga, quelques-une des plus belles stations de la route du Tokaïdo, et deux vues du tourbillon de Naruto...





Allez, cherchez la sauterelle...

Alors, si vous aimez la culture japonaise, courrez à la BnF...

mardi 23 décembre 2008

Retour aux origines : Le Cha Jing, ou le Classique du Thé, de Lu Yu

Il est bien peu de boissons qui ait eu autant d'influence sur un peuple, une culture, une civilisation, plusieurs même... Il est bien peu de boisson qui ait une histoire aussi longue, remontant aux débuts de l'Histoire. Il est bien peu de boisson qui ait touché autant de monde à travers la terre entière, tellement qu'elle est la première après l'eau.

De la Chine à la Russie - du premier producteur au premier importateur, de la Ceylan au Chili (lisez donc la solitude lumieuse de Neruda), de l'Inde au Royaume-uni, en passant par le Japon, le Kenya, la Georgie, La Turquie, l'Iran et les Etats-Unis (comme quoi, cette boisson peut créer un pays et mettre une nouvelle vision du monde en marche)... Et nous, Français, aussi... Aussi est-il temps de revenir aux origine, au premier texte encore disponible sur le thé...

Depuis sa découverte légendaire par Shen Nong, l'un des trois augustes civilisateurs de la Chine, au XXVIIe siècle avant JC, le thé a suivi l'histoire de la Chine. Les premiers textes avérés parlant explicitement du thé datent de la Dynastie des Han (-200, 200), lorsque les premiers classiques chinois ont été compilés. Depuis, l'art impérial du thé a énormément varié :
  • la période classique du thé bouilli, qui remonte aux premiers écrits détaillé et encore en usage sous les Tang, lorsque le Cha Jing a été écrit.
  • La période romantique du thé battu, apparue sous la dynastie Song et qui s'est répandue à travers toute l'Asie grâce au bouddhisme et au taoïsme, et existe toujours sous la forme du thé Matcha.
  • La période naturaliste imposée par le premier empereur Ming qui a vue être interdite les galettes de thé et la promulgation par l'empire des thés en vrac et des théières.
Mais revenons-en à cet écrit fondateur, le Cha Jing, ou le classique du Thé. Il s'agit du premier traité jamais écrit sur le thé. Il a été écrit par Lu Yu entre les années 760 et 780, au début de la dynastie Tang.

Selon une légende populaire, Lu Yu était un orphelin du canton de Jinling. Il fut adopté par un moine bouddhiste du monastère du Nuage du Dragon. Préférant la doctrine confucianiste aux enseignements zen de son beau-père, Lu Yu fut régulièrement puni. Il finit par fuir et s'engagea dans un cirque ambulant. A 14 ans, un gouverneur local le découvrit et lui accorda la permission d'utiliser sa bibliothèque et d'étudier avec un précepteur. Favori de l'empereur, il aura la charge de la formation littéraire de l'héritier au Trône du Dragon. Après vingt ans de recherche, il publie cette œuvre unique. Il écrira aussi un livre sur vingt sources d'eau pure.

Ce livre est traité complet de la connaissance et de savoir-faire du thé en Chine à cette époque. Il reprend de manière très détaillée tout ce qui a trait à la culture impériale du thé en usage chez les lettrés du nord de la Chine. Car c'est en effet sous la dynastie Tang que le thé prend réellement son essor dans la population chinoise, tant au niveau de l'aristocratie que du peuple.

Ce livre est décomposé en 10 chapitres:
  1. le premier chapitre traite des origines du thé: une étude sur les origines mythiques du thé, mais aussi une étude horticole et une recherche étymologique assez poussée pour l'époque.
  2. Le second chapitre traite des quinze outils nécessaires pour réaliser le thé (récolte, pressage, séchage, conservation...)
  3. Le troisième chapitre traite de du procédé de fabrication des galettes.
  4. Le quatrième chapitre traite de matériel nécessaire pour la préparation du thé.
  5. Le cinquième chapitre traite de la préparation du thé.
  6. Le sixième chapitre décrit les différentes propriétés du thé, l'histoire de sa consommation et les différents types connus en Chine du Nord en ce temps-là.
  7. Le septième chapitre est une étude bibliographique sur le thé, rappelant les principaux écrits ou il est question du thé. Nombre de ces écrits sont aujourd'hui disparus.
  8. Le huitième chapitre cite les principaux lieux de production du thé et les classe par leur répartition géographique et la qualité de leur production.
  9. Le neuvième chapitre traite des phases qui peuvent être omises dans l'art de préparer le thé.
  10. Le dixième chapitre est un résumé et une conclusion à cet ouvrage.
Tout un programme, donc. Ce livre a déjà une véritable portée encyclopédique.

A l'époque, nous sommes en pleine période du thé bouilli, un mode de préparation qui n'est plus utilisé aujourd'hui, sauf au Tibet et par quelques peuplades nomades des steppes mongoles. Cette méthode, rendue surannée par les empereurs Ming, nous semblerait aujourd'hui totalement hérétique.

Le thé était longuement flétrit puis passé au wok. Il existait déjà des récoltes saisonnières. Les primeurs, et uniquement les primeurs, étaient nommés cha, les récoltes suivantes prenaient les noms de jia, she, ming puis chuan. Les feuilles étaient alors pressées et formées en galettes, pour faciliter transport. En effet, les régions dont étaient originaires le thé étaient des zones montagneuses du sud de la Chine. Mais on voit que sous les Tang, la production était déjà bien montée dans le nord et correspondait déjà à l'aire actuelle de répartition des production de thé. Chose étonnante, le Cha Jing ne parle pas du tout du Yunnan comme ère de production de thé. Pourtant c'est la zone historique et c'est sous les Tang que la route ancienne du thé est construite.

Avant de préparer le thé, les galettes sont torréfiées à même la flamme puis broyées en une poudre grossière de la taille du blé concassé, puis tamisée. Dans une marmite spéciale, l'eau est montée en température. Une cuillerée de sel est ajoutée. Il y a trois phases d'ébullition. A la première, des bulles de la taille d'yeux de poissons se forment (l'eau atteint la température de 70-75°). A la seconde ébullition , les bulles ont la taille de de perles attachées au bord de la marmite (on est à 90-95°). Une calebasse d'eau est retirée de la marmite, on touille et on ajoute une mesure de poudre de thé. Lorsqu'on atteint la troisième ébullition, l'eau bouillant déferle dans la marmite (100°), que l'on retire de feu. Si l'eau bout plus,elle deviendra impropre à la consommation. On ajoute alors la calebasse d'eau pour calmer l'ébullition tout en conservant l'écume. La première écume, noir comme le mica, est ôtée. La première tasse est appelée "saveur éternelle, n'est pas servie, sauf s'il y a trop de convives. Les trois prochaines tasses seront servies, et réparties entre les convives. Les suivantes ne seront pas consommées.

De nombreux points important pour nous amateurs de thé sont énoncé dans ce livre: l'importance de la qualité de l'eau (de l'eau de source plutôt que de l'eau de pluie ou de l'eau de puits), de son oxygénation (éviter les eaux des torrents trop violents), de la salinité, par l'ajout de sel (Stéphane avait déjà publié un billet la dessus suite aux expériences d'une fidèle lectrice). Lu Yu nous parle aussi de l'importance de la couleur de la poterie sur la couleur du thé et sur le ressenti (des idées reprises par Stéphane)...

On me rétorque souvent - surtout concernant le sel: j'avais fait à une époque des essais sur un jeune sheng de qualité médiocre pou voir justement l'effet de la salinité de l'eau, qui améliorait jusqu'à un certain dosage le goût du thé - lorsque je parle du Cha Jing que de toute manière, on ne prépare plus le thé ainsi, que le thé que nous connaissons n'est apparu qu'à la période Ming, et qu'il vaut mieux oublié tout ce qui y est écrit. Et pourtant, sur certain points, ce classique est assez intrigant. Certes le livre parle essentiellement d'art du thé impérial sous les Tang. Mais certaines lignes méritent d'être relevées:

"Le thé se consomme sous plusieurs formes: thé grossier, thé fin, thé en poudre, brisé, grillé, pilé, bouilli. Parfois, la poudre de thé est placée dans un flacon ou un récipient en terre cuite et arrosée d'eau bouillant: c'est le thé infusé."

"Il semblait qu'à Nanshi vit une vieille femme originaire du Sichan, qu'elle prépare et evnd sur le marcher du gruau de thé [i.e. en feuilles]. Les récipients qu'elle vendait avec ayant été brisées par un fonctionnaire local, elle vendit des galettes de thé."

"Quand vivait Yuandi des Jin vivait une vieille femme. Au point du jour elle préparait toujours une théière, puis elle gagnait la ville pour l'y vendre". Bon, il y a peut être une erreur de traduction, cha hù signifie théière mais aussi cruche à thé. Mais les premières théières sont arrivées au japon au IXème siècle par la Corée, ça laisse perplexe, non?

Tout ceci me fait me poser des question: comment le thé était-il préparé dans le sud de la Chine? Les premières références sur les wulongs datent de la dynastie Song, pourquoi pas avant? Le thé blanc en vrac est attesté au XIème siècle...

Mais avant de vous laisser sur toutes ces questions historiques, j'aimerais vous faire partager la dernière page du Cha Jing:

Recopiez avec respect ce texte dur de la soie blanche,
en quatre ou six section.
Accrochez-les sur le mur.
De cette manière, les origines du thé, les ustensiles, la fabrication,
la cuisson, la dégustation, les anecdotes,
vous pourrez tout relire en un coup d'œil, à chaque instant.
Le Cha Jing peut alors être considéré comme complet,
du début à la fin.


Note sur l'édition:

Cette édition est la seule encore publiée en France par Gawsevitch éditions. Mariage Frère en a l'exclusivité de la vente et la mise en page est magnifique. Le texte est commenté, et souvent cela aide à la compréhension et apporte des éclaircissement très intéressant.
Pourtant il y a un point qui m'a affreusement choqué, c'est la transcription des noms chinois. Ils se mélangent méchamment les pédales avec les méthodes de romanisation des sinogrammes. Parfois, pour un même mot, parfois dans la même page, elle diffère. C'est souvent un mélange entre les pinyin, Wade-Gilles et celle de l'EFEO. Parfois même on se demande si ce ne sont pas des amélioration des méthodes classique. Ça fait mal aux yeux.

Il y a aussi des points où la traduction semble mal faite, surtout concernant cette théière citée plus haut... Cela mériterait une clarification. Il parait qu'il y a une édition antérieure ou bien des éditions québécoises, bien mieux faites, mais qui ne sont plus publiées ou bien qui sont impossibles à se procurer en France. Dommage...

C'est quand même un livre dont je conseille de lire, ne serait-ce que pour sa portée historique, à tous les amateurs de thé...

Ce billet est une première version, il sera sûrement amélioré et illustré à l'avenir, mais je voulais le publier tant que mes idées sont bien claires.

dimanche 10 août 2008

La Métamorphose : Franz Kafka

Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva dans son lit changé en un énorme cancrelat.

S'il y a bien un livre dont tout le monde a entendu parlé en classe de cinquième (s'il n'a pas dû le lire), c'est bien celui-là. Ça faisait un certain temps que je voulais relire cette nouvelle de Kafka... depuis que j'avais lu la lettre au père en début d'année.

Je me souvenais de la nouvelle de littérature fantastique qu'on m'avait forcé à lire au collège. Forcé, c'est bien le terme, car pour un enfant de 12-13 ans, ce court roman n'a vraiment rien d'intéressant, ce n'est même pas de la bonne littérature fantastique. Mais lorsque j'ai lu la lettre au père, des image m'en étaient revenus. Et surtout une question, mais pourquoi un cafard?

Cette nouvelle ne nous parle pas d'un cafard en fait, elle nous parle d'un homme rejeté par sa famille, particulièrement son père, et de la métamorphose des personnes qui l'entoure qui vont les mener à exclure de leur vie ce jeune homme gênant. Le cafard n'est que la métaphore dont l'auteur se sert pour parler d'un écrivain raté, rejeté. Car c'est un peu son histoire romancé dont nous parle Kafka.

C'est un livre que j'ai bien aimé relire, beaucoup plus profond que ce que j'en avais entrevu en cinquième. La langue de Kafka est riche, complexe, très précise. En allemand, la langue dont se sert l'auteur me semble beaucoup trop ardue pour un élève de cinquième. Alors, je me demande pourquoi les professeurs s'obstinent à vouloir l'intégrer dans leur programme de collège. Car c'est un livre qu'il faut lire avec des yeux d'adulte pour bien le comprendre...

vendredi 8 août 2008

O Capitaine! Mon Capitaine!

O Captain my Captain! our fearful trip is done,
The ship has weathered every rack, the prize we sought is won,
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring;
But O heart! heart! heart!
O the bleeding drops of red,
Where on the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

O Captain! my Captain! rise up and hear the bells;
Rise up--for you the flag is flung for you the bugle trills,
For you bouquets and ribboned wreaths for you the shores a-crowding,
For you they call, the swaying mass, their eager faces turning;
Here Captain! dear father!
This arm beneath your head!
It is some dream that on the deck,
You've fallen cold and dead.

My Captain does not answer, his lips are pale and still;
My father does not feel my arm, he has no pulse nor will;
The ship is anchored safe and sound, its voyage closed and done;
From fearful trip the victor ship comes in with object won;
Exult O shores, and ring O bells!
But I, with mournful tread,
Walk the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.
Walt Whitman,
The Leaves of Grass (appendix of the last edition)

J'ai réentendu la première stance pas plus tard qu'hier...
Il y a un film qu'il me faut revoir...

Tao-tö King : Lao Tseu

Lorsqu'on commence à lire des ouvrages sur le thé, sur la culture orientale et sur les classiques chinois, il y a un nom qui revient sans cesse: Lao Tseu et le taoïsme. Mais qu'en connait-on exactement en France?

Le classique de la Voie et de la Vertu (Tao-tö King en chinois) est un recueil d'apophtegmes à la fois très clair et très obscures, simple à lire. Ce texte antique a servi de base à la formation de la pensée orientale. Le texte a été beaucoup traduit, interprété et utilisé. On peut lui faire dire beaucoup de chose. Certains y ont même vu un traité militaire à une période.

Toutes ces maximes parlent de la voie à suivre dans la vie, de la vertu, de la morale et de l'éthique politique, de l'action (c'est le Yang, l'homme dans les écrits chinois) et du non-agir (le Yin, la femme, le repos), de leur équilibre, de la place du sage dans la société, une place différente de celle qu'il occupe dans nos sociétés occidentales, influençant la communauté sans agir... On y retrouve parfois des pensées proches du Machiavel, du Manuel du Guerrier de la Lumière de Coelho, des Béatitudes mêmes parfois.

Mais mieux vaut lire quelques chapitre pour mieux le comprendre.

VI

L’esprit de l’Obscurité est immémorial, éternel.
C’est le principe féminin des origines.
Les racines du ciel et de la terre s’élancent de sa porte mystérieuse.
Toujours renouvelé, il se répand dans l’univers.
Indéfiniment.
Il ne s’épuise jamais.

X

Ton âme peut-elle embrasser l'unité sans jamais s'en détacher?
Peux-tu concentrer ton souffle pour atteindre à la souplesse d'un nouveau-né?
Peux-tu purifier ta vision originelle jusqu'à la rendre immaculée?
Peux-tu aimer le peuple et le gouverner par le non-agir?
Peux-tu ouvrir et clore les célestes battants en restant au repos?
Peux-tu tout voir, tout connaître sans user de l'intelligence?
Produire et faire accroître,
produire sans s'approprier,
agir sans rien attendre,
guider sans contraindre,
c'est la vertu suprême.

XI

Trente rayons convergent au moyeu
mais c'est le vide médian qui
confère à la voiture sa fonction
On façonne l'argile pour faire des vases
mais c'est du vide interne
que dépend son usage
Une maison est percée de
portes et de fenêtres,
c'est encore le vide qui
permet l'usage de la maison.
Ainsi "ce qui est" constitue
la possibilité de toute chose ;
"ce qui n'est pas"
constitue sa fonction.

LXXII

Si le peuple ne craint plus le pouvoir
C'est qu'un pouvoir plus grand approche.
Ne pas limiter son espace vital
Ne pas l'empêcher de subsister
Ne pas le pressurer
Et le peuple ne se lassera pas.
Ainsi le sage se connaît lui-même
Mais ne se montre pas.
Il se respect lui-même
Mais ne s'enorgueillit pas.
Il refuse ceci et accepte cela.

C'est beau, poétique, profond, ça laisse parfois matière à réfléchir, même à notre niveau, sur notre place dans la société, sur notre vision du monde, sur la richesse, le pouvoir...

Alors au final:
Lao Tseu a dit : "il faut trouver la voie". Moi je l'ai trouvée, maintenant c'est à vous de la trouver. Mais d'abord, je dois vous couper la tête. (Merci Hergé de me permettre de finir sur une note moins sérieuse)

lundi 17 mars 2008

Le Portrait de Dorian Gray : Oscar Wilde... un petit challenge pour la Saint Patrick

C'est aujourd'hui la Saint Patrick. Quelle belle occasion de découvrir un pan de la littérature que je ne connais pas: l'Irlande... Ça m'a permis de lire un roman que je souhaitait découvrir depuis fort longtemps: Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde.

Hier soir, au Salon du Livre (je vous parlerai du salon très prochainement, mais je n'ai pas la longue liste des livres achetés sur moi), je dois bien l'avouer j'ai menti à Caro[line]. Je ne pensais pas pouvoir finir le roman avant ce soir... et compléter ce challenge irlandais. Mais finalement, les difficultés à lire que j'ai rencontré ces deux dernières semaines n'étaient dues qu'à une fatigue passagère et me retrouver entouré de tous ces livres m'a donné le goût de finir le Portrait, que j'ai dévoré hier soir et ce matin dans le métro.

L'histoire:

Dorian Gray est un jeune homme d'une très grande beauté. Son ami artiste peintre Basil Hallward est obsédé par cette dernière et en tire toute son inspiration. Sa fascination pour le jeune homme le mène à faire son portrait, qui se révèle être la plus belle œuvre qu'il ait jamais peinte, et qu'il ne souhaite pas exposer : « J'y ai mis trop de moi-même ». Chez Basil, Dorian va faire la connaissance de Lord Henry. Conscient de la fascination et de la perversion que ce dernier pourrait avoir pour son idéal de beauté, « cette nature simple et belle », Basil demande à Lord Henry de ne pas tenter de le corrompre. Mais Dorian se laisse séduire par les théories sur la jeunesse et le plaisir de ce nouvel ami qui le révèle à lui-même en le flattant. Va naître dès lors en lui une profonde jalousie à l'égard de son propre portrait peint par Basil Hallward. Il souhaite que le tableau vieillisse à sa place pour que lui, Dorian Gray, garde toujours sa beauté d'adolescent. « Si le tableau pouvait changer tandis que je resterais ce que je suis ! ». Le garçon tombe amoureux d'une comédienne, Sibyl Vane, et lui promet le mariage. L'amour empêchant Sibyl de bien jouer, Dorian la répudie, ce qui la pousse au suicide. Il remarque alors que le portrait s'est empreint à sa place d'une expression de cruauté et comprend que son vœu a été exaucé. Par peur que quelqu'un ne découvre son terrible secret, il enferme le tableau dans une ancienne salle d'étude et se plonge dans la lecture d'un mystérieux roman que lui offre Lord Henry. Bien des années passent durant lesquelles il accumule les péchés et devient de plus en plus mauvais sous l'influence de Lord Henry et de ce livre empoisonné. Le tableau prend sur lui la laideur de l'âge et de la décadence...

Mon avis:

Je ne pourrais pas dire que c'est un coup de cœur. Un coup de cœur est un livre qui vous émeut, qui vous bouleverse, qui vous retourne. Le portrait de Dorian Gray n'est pour moi rien de tout cela.

Le portrait de Dorian Gray, c'est est un chef d'œuvre. C'est un grand classique, un livre profond, même s'il parle de cynisme, de légèreté, de décadence... Une satire corrosive de la vie mondaine et superficielle d'une caste de privilégiés orgueilleux et suffisants, et c'est drolatiquement cynique. Le sujet et l'écriture fait un peu vieillie, mais c'est le cas avec un bon nombre de classiques. Au delà de l'histoire, le roman nous fait réfléchir sur beaucoup de thème: la beauté, la recherche de la beauté, l'art et la morale, le Bien et le Mal, l'amour, l'égoïsme, la tentation...
Et ce qui est particulièrement jouissif, c'est de pouvoir trouver à chaque coin de phrase une pique, un citation, un mot d'esprit... C'est un livre que j'ai aimé lire et que j'adore avoir lu...

Conclusion:

C'est un livre à avoir lu.

dimanche 3 février 2008

Lettre d'une inconnue : Stefan Zweig

Je viens juste d'acheter un recueil des principales nouvelles de Zweig en allemand, avec pour but premier de lire les vingt-quatres heures dans la vie d'une femme, la Confusion des Sentiments et Amok, ou, le Fou de Malaisie. Il faudra aussi un jour que je relise le Joueur d'échec. Et hier matin, je venais de tomber sur le post de Caro[line] sur la Lettre d'une inconnue, qui fait partie de la Fashion's Klassic List.

Vu l'enthousiasme de Caro[line] qui apparament avait quelques a priori sur le grand maître autrichien, je me suis dit : "Alors, pourquoi ne pas commencer par celui-la?" Un enthousiasme bien mérité...

Ca faisait longtemps que je n'avais plus lu un livre en allemand, le dernier étant Die Gedanken sind Frei, dont je vous ai parlé il y a peu parce qu'il m'avait particulièrement marqué. Et pourtant, à part les quelques premières phrases, je n'ai visiblement rien perdu du temps où je m'exprimais courramment dans la langue de Goethe; bien obligé, j'y ai vécu et travaillé pendant quatre mois.

L'histoire :

Un auteur célèbre reçoit une longue lettre d'une inconnue, une femme qui vient juste de perdre son enfant. Elle lui avoue son coup de foudre, le jour où elle l'a vu pour la première fois, alors qu'elle avait treize ans et lui vingt-cinq. Elle lui raconte aussi la naissance de son amour, malheureusement réprimé. Elle lui raconte enfin l'histoire de son fils qui vient de mourir...

Commentaire :

Cette nouvelle est tout simplement magnifique, avec son écriture d'une force impressionnante. La femme, libérée par la mort de son fils de cette retenue et de cette timidité sentimentale typiquement allemande, va dévoiler son amour à un homme, de douze ans son ainé... L'écriture aussi est exceptionnelle, une écriture très lyrique et visuelle, très expressive avec sa multitude d'adjectifs, de propositions et d'adverbes... Du grand Zweig...

Remarque :

Je ne sais pas si ça se retrouve dans la traduction française, mais la femme met dans sa lettre une majuscule lorsqu'elle tutoie l'auteur : comme on ne le fait qu'avec Dieu en allemand? Est-ce une figure de style, une coïncidence?

mardi 15 janvier 2008

Lettre au père : Kafka

Titre original : Brief an der Vater.

"Tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la peur que tu m'inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement avec une certaine cohérence. Et si j'essaie maintenant de te répondre par écrit, ce ne sera encore que de façon très incomplète, parce que, même en écrivant, la peur et ses conséquences gênent mes rapports avec toi et parce que la grandeur du sujet outrepasse de beaucoup ma mémoire et ma compréhension." C'est ainsi que commence cette Lettre au Père...

En 1919, Franz Kafka a 36 ans, il a déjà publié quelques-uns de ses textes les plus connus, comme le Verdict et la Métamorphose et il commence à être connu. Il va mourir quelques années plus tard. C'est à cette période qu'il va écrire la Lettre au père, un long réquisitoire contre son père. Dans cette lettre l'auteur veut tout mettre à plat : son incompréhension, son intolérance, son mépris, sa brutalité psychologique, l'éducation qu'il a donné à ses enfants, la peur qu'il aspirait à toute la famille Kafka... Une lettre manuscrite de 100 pages qui ne sera finalement jamais remise à son père qui mourra quelques temps après.

La Lettre au Père est au centre de l'oeuvre de Kafka. Elle permet de mieux comprendre sa vie et son oeuvre, particulièrement la Métamorphose car on voit un fort parallèle entre les griefs de l'auteur pour son père et la relation entre Gregor, le cancrelat, et son père. Le livre est découpé en différents sujets, comme des cercles concentriques dans sa démonstration de ses relations avec son père. A chacun des cercles concentriques, il finit par buter contre la même évidence: pour avancer vers lui-même, voire pour se libérer, il devrait pouvoir accuser librement son père; il devrait donc le déclarer coupable et, symboliquement, le tuer. Mais là, incapable de prendre la place du père, il régresse d'un cran, affirmant une fois de plus que ce n'est pas la faute du père, qu'il n'est coupable de rien. Un mouvement d'avance et de recul permanent.

L'écriture est très forte, ponctuée de passages au rythme halluciné, et qui ressemble à de la musique descriptive posée sur le texte, ou même d'une sonorité qui paraît restituer les crachats du père quand il se laisse aller aux injures. Un texte intime, prenant le lecteur pour confident, une expérience prenante poussant à la tristesse et à l'incompréhension et pas dessus tout un acte sincère.

Une merveille de la littérature classique germanique. Une relation père-fils très violente. Un texte fort. Incomparable!

dimanche 6 janvier 2008

Le Maître de Thé : Inoue Yasushi

Titre original: Honkaku bô ibun / L'écrit de Honkaku bô

En 1591, le japon sort de plusieurs siècles de guerres féodales. 1591, c'est aussi l'année de la mort de Sen no Rikyû, l'un des plus grands maîtres de thé du Japon, l'inventeur de la cérémonie du thé de style wabi (beauté de la simplicité). Rikyû était attaché au Taîko Toyotomi Hideyosh (premier conseiller de l'Empereur), qui lui demande de se donner la mort.

Le moine Honkakubo, l'assistant du maître, participe à la dernière cérémonie du thé à l'issue de laquelle, son maître va se faire seppuku (hara-kiri). Suite à ces évènements, Honkakubo va quitter la cour et le monde des maître de thés pour vivre simplement grâce à la notoriété que le titre d'assistant de Rikyû lui a conféré. Mais pendant trente ans, le moine s'interroge: pourquoi son maître a-t-il dû se donner la mort? Et pourquoi les trois grands maîtres de l'époque ont-ils dû s'exiler ou se suicider? Suite à une rencontre inattendue, il va essayer de se remémorer le passé et partir à la recherche de la vérité au cours d'un dialogue imaginaire.

Plus que l'histoire d'une mort, c'est une histoire du thé que nous donne Inoué. Ce livre rend hommage à la cérémonie du thé (le cha no yu), à la tradition japonaise, aux grands maîtres du thé et au bouddhisme zen, à la simplicité... Avec son écriture sobre, Inoué nous livre les mystère de la cérémonie du thé, de ses instruments, de ses origines, de l'élégance et de la finesse nipponne... Car l'intérêt du roman, ce n'est pas l'intrigue de la mort, que j'ai trouvée par moment un peu maladroite, elle ne sert que de fil conducteur à l'histoire. L'intérêt de cette histoire, c'est le thé.

Ce roman n'est pas le meilleur livre d'Inoué. Un peu trop intimiste, on sent qu'il a été écrit pour les vrais amateur du thé et de la tradition japonaise. Au point de vue littéraire, je suis un peu resté sur ma faim. Mais du point de vue du théophile, et si on aime le monde du thé autant que moi, c'est une belle initiation au cha-no-yu, un monde que l'on ne connaît pas, à la fois une découverte et un peu une initiation car on suit le moine au côté de son maître.

D'autres critiques: Flo, Papillon et Chimère

vendredi 4 janvier 2008

La solitude lumineuse : Pablo Neruda

Ce tout petit livre est un récit de voyage... écrit bien des années plus tard. Au seuil de sa vie, Pablo Neruda nous raconte ses années de jeunesse en tant que consul aux Indes fraichement nommé, au début des années trentes, d'abord à Ceylan, puis à Batavia et Singapour, avec pour seule mission de tamponner des bariques de thé que les chiliens boivent par littre.
Il nous parle de la vie des gens et des non-relations entre colons et autochtones, il nous parle des systèmes de castes, de l'opium, de la chasse aux éléphants, des statues gigentesques de Bouddha ou de déesses hindouistes... Il nous parle de tout cela, tel qu'il les a ressenti.

Il nous parle surtout de sa solitude, lui, consul du Chili, avec un pied de chaque côté de ce monde schisophrène de l'Asie colonisé (colons et colonisés) alors qu'il n'appartient à aucun des deux. Il nous parle de sa mangouste apprivoisée Kiria qui ne le quitta pas durant toute cette période, seul être avec qui il vivra une vraie relation à Ceylan.

Un texte merveilleux, poétique, non sans esprit et humour. Un texte à lire quand on a besoin de faire un break et de s'échapper pour deux heures de la réalité quotidienne. Mais trop court...

Ce texte est en fait extrait de ses mémoires : "J'avoue que j'ai vécu"


Extrait:

"Plongé dans ces souvenirs je dois soudain revenir à la réalité. C’est le bruit de la mer. J’écris ces lignes à l’Île-Noire, sur la côte, près de Valparaiso. Les grandes bourrasques qui ont fouetté le littoral viennent de se calmer. L’océan – ce n’est pas moi qui l’observe de ma fenêtre, c’est plutôt lui qui me regarde de ses mille yeux d’écume – conserve encore dans sa houle la terrible ténacité de la tempête.

Quelles années lointaines ! Les reconstituer, c’est un peu comme si le son des vagues que maintenant j’écoute entrait en moi par intervalles, tantôt en me berçant pour m’endormir, tantôt avec l’éclair brutal d’une épée. Je vais recueillir ces images pêle-mêle, comme ces vagues qui vont et viennent."