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dimanche 10 août 2008

La Métamorphose : Franz Kafka

Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva dans son lit changé en un énorme cancrelat.

S'il y a bien un livre dont tout le monde a entendu parlé en classe de cinquième (s'il n'a pas dû le lire), c'est bien celui-là. Ça faisait un certain temps que je voulais relire cette nouvelle de Kafka... depuis que j'avais lu la lettre au père en début d'année.

Je me souvenais de la nouvelle de littérature fantastique qu'on m'avait forcé à lire au collège. Forcé, c'est bien le terme, car pour un enfant de 12-13 ans, ce court roman n'a vraiment rien d'intéressant, ce n'est même pas de la bonne littérature fantastique. Mais lorsque j'ai lu la lettre au père, des image m'en étaient revenus. Et surtout une question, mais pourquoi un cafard?

Cette nouvelle ne nous parle pas d'un cafard en fait, elle nous parle d'un homme rejeté par sa famille, particulièrement son père, et de la métamorphose des personnes qui l'entoure qui vont les mener à exclure de leur vie ce jeune homme gênant. Le cafard n'est que la métaphore dont l'auteur se sert pour parler d'un écrivain raté, rejeté. Car c'est un peu son histoire romancé dont nous parle Kafka.

C'est un livre que j'ai bien aimé relire, beaucoup plus profond que ce que j'en avais entrevu en cinquième. La langue de Kafka est riche, complexe, très précise. En allemand, la langue dont se sert l'auteur me semble beaucoup trop ardue pour un élève de cinquième. Alors, je me demande pourquoi les professeurs s'obstinent à vouloir l'intégrer dans leur programme de collège. Car c'est un livre qu'il faut lire avec des yeux d'adulte pour bien le comprendre...

lundi 4 août 2008

Incipit allemand

Laissez moi vous parler d'un texte que j'adore, certainement l'incipit le plus connu de langue allemande, celui de l'épopée germanique la plus connue, écrite au XIe siècle, alors que les langues n'étaient pas encore figées...


Uns ist in alten mæren, wunders vil geseit,
von heleden lobebæren, von grozer arebeit,
von freude unde hochgeziten, von weinen unde klagen,
von kuner recken striten, muget ihr nu wunder horen sagen.

C'est ainsi que commence le chant des Nibelungen, une vieille épopée transmise à l'orale pendant des générations, qui inspira tant de livres, d'opéras, de films... Alors suivez les aventures de Kriemild, Sigfried et tous ces héros qui ont tant fait rêver; et qui le font encore (un film sur leurs aventures est sorti il y a deux ans...)

Tant de merveilles nous sont racontées dans les légendes anciennes,
des histoires de nobles héros et de grands travaux,
des jours de joie et des festins, des pleurs et des peines,
des combats de braves paladins; voulez vous en entendre les merveilles?

N'est-ce pas que cela fait envie?

dimanche 17 février 2008

Otto, autobiographie d'un ours en peluche : Tomi Ungerer


Peut-on parler de la guerre à un enfant? C'est difficile... Mais Tomi Ungerer a réussi. Le livre que je vous présente n'est pas un livre jeunesse comme les autres, un livre d'image à laisser dans les mains d'un enfant. C'est un livre à lui lire et à lui expliquer...

C'est un récit rétrospectif. Vers la fin de sa vie, une fois que la boucle est bouclée, un ours en peluche décide de nous confier son histoire et d'écrire son autobiographie.

"J'ai compris que j'étais vieux le jour où je me suis retrouvé dans la vitrine d'un antiquaire. J'ai été fabriqué en Allemagne. Mes tout premiers souvenirs sont assez douloureux. J'étais dans un atelier et l'on me cousait les bras et les jambes pour m'assembler[...]". Ainsi commence l'histoire.

On retrouve les principaux thèmes de Tomi, son incompréhension face à l'exclusion (déportation, guerre, pauvreté...) Pourquoi l'histoire est-elle racontée par un ours? Peut-être pour que les enfants comprennent que tout ça n'est pas si loin, même si ça semble fou, impossible. Peut-être que cette histoire a été écrite trop tard, que les principaux témoins sont en train de partir. Peut-être que c'est justement le moment afin que les enfants n'oublient pas. Ce livre est recommandé par l'Education Nationale pour les 9 à 11 ans.

Elle finit par : "[...]J’ai écrit cette histoire en la tapant comme je pouvais sur la machine à écrire de David. Et la voici…"

Une histoire dure, mais qui, au final, laisse une belle lueur d'espoir pour l'humanité. Et c'est tout ce que je vous dévoilerais...

dimanche 3 février 2008

Lettre d'une inconnue : Stefan Zweig

Je viens juste d'acheter un recueil des principales nouvelles de Zweig en allemand, avec pour but premier de lire les vingt-quatres heures dans la vie d'une femme, la Confusion des Sentiments et Amok, ou, le Fou de Malaisie. Il faudra aussi un jour que je relise le Joueur d'échec. Et hier matin, je venais de tomber sur le post de Caro[line] sur la Lettre d'une inconnue, qui fait partie de la Fashion's Klassic List.

Vu l'enthousiasme de Caro[line] qui apparament avait quelques a priori sur le grand maître autrichien, je me suis dit : "Alors, pourquoi ne pas commencer par celui-la?" Un enthousiasme bien mérité...

Ca faisait longtemps que je n'avais plus lu un livre en allemand, le dernier étant Die Gedanken sind Frei, dont je vous ai parlé il y a peu parce qu'il m'avait particulièrement marqué. Et pourtant, à part les quelques premières phrases, je n'ai visiblement rien perdu du temps où je m'exprimais courramment dans la langue de Goethe; bien obligé, j'y ai vécu et travaillé pendant quatre mois.

L'histoire :

Un auteur célèbre reçoit une longue lettre d'une inconnue, une femme qui vient juste de perdre son enfant. Elle lui avoue son coup de foudre, le jour où elle l'a vu pour la première fois, alors qu'elle avait treize ans et lui vingt-cinq. Elle lui raconte aussi la naissance de son amour, malheureusement réprimé. Elle lui raconte enfin l'histoire de son fils qui vient de mourir...

Commentaire :

Cette nouvelle est tout simplement magnifique, avec son écriture d'une force impressionnante. La femme, libérée par la mort de son fils de cette retenue et de cette timidité sentimentale typiquement allemande, va dévoiler son amour à un homme, de douze ans son ainé... L'écriture aussi est exceptionnelle, une écriture très lyrique et visuelle, très expressive avec sa multitude d'adjectifs, de propositions et d'adverbes... Du grand Zweig...

Remarque :

Je ne sais pas si ça se retrouve dans la traduction française, mais la femme met dans sa lettre une majuscule lorsqu'elle tutoie l'auteur : comme on ne le fait qu'avec Dieu en allemand? Est-ce une figure de style, une coïncidence?

lundi 21 janvier 2008

Die Gedanken sind Frei : Tomi Ungerer

Tomi Ungerer est Alsacien, comme vous-mêmes êtes Breton, Parisien, Basque, Québécois, Ch'timi ou Berrichon. Ça paraît simple, et pourtant c'est très compliqué. Car après la guerre de 1870, l'Alsace a été annexée par l'Allemagne. Après la victoire de 1918, elle est redevenue française. Mais suite à la débâcle de 1940, elle est redevenue allemande. Et en 1945, française à nouveau. Tomi a huit ans quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Du jour au lendemain, il doit changer de nom, parler allemand, écrire en Sütterlin (cursive gothique), faire un dessin raciste pour son premier devoir nazi. Il obéit, il s'adapte. Il devient un caméléon : Français sous son toit, Allemand à l'école, Alsacien avec les copains. Heureux, quoi qu'il arrive. A la maison, sa mère, fantasque, chaleureuse et rusée, veille. Elle l'encourage à dessiner et à écrire, à rire et à faire rire, à déployer tous ses talents. Toute sa vie, elle a conservé les cahiers, les croquis, les devoirs, le journal intime de son fils, les affiches de l'époque. Ce sont ces archives incomparables qui ponctuent et réveillent les souvenirs de guerre de Tomi Ungerer.

Voici un livre que j'ai vraiment envie de vous présenter. On connait tous Tomi Ungerer comme un merveilleux dessinateur de livres pour enfants, aux histoires drôles et loufoques. Mais quand Tomi nous raconte ses mémoires de l'occupation, il nous offre, sans renoncer à son humour bien alsacien, un texte réaliste et critique sur l'annexion de l'Alsace pendant la Seconde Guerre Mondiale. Avec ce texte, il a voulu expliquer aux français, aux allemands et aux américains, ses trois patries, ce qu'était pour de vrai cette période de souffrance pour les alsaciens. Il ne l'a donc pas fait traduire. Il l'a réécrit trois fois, pour que chacun puisse avec son vécu prendre bien en compte la réalité de cette période. Trois livres donc, à choisir selon par quel bout de la lorgnette on veut apercevoir cette période (français, allemand, étranger):
  • "A la guerre comme à la guerre",
  • "Die Gedanken sind frei : Meine Kindheit im Elsass" (On est libre de penser : mon enfance en Alsace), celui que j'ai lu
  • "Tomi : A Childhood under the Nazi" (Tomi, une enfance sous le régime nazi).
Tomi Ungerer donc est ce jeune garçon à la plume facile et réaliste. De plus il possède un bon coup de crayon et croque tous ceux qui passent autour de lui. Ainsi nous découvrons les divers changements de l'Histoire, à l'endroit où on les a le plus ressenti, et nous voyons comment un garçon de huit ans se voit forcé de devenir allemand, ce tout le monde refuse, lui-même, sa famille, ses amis et les autres alsaciens, et de devenir un bon citoyen du Reich.

On voit surtout ce qu'ont dû vivre les Alsaciens : interdiction de parler français, interdiction de parler alsacien (bien que ce soit l'un des dialectes germaniques à la base de l'allemand moderne), interdiction de posséder tout ce qui pourrait rappeler la période française. Apprentissage forcé de la langue, d'une écriture plus en vogue depuis des siècles mais remis au goût du jour par les nazi, le sütterlin et les runes germaniques, enrôlement dans les Hitlerjugend (jeunesse hitleriennes), propagande, repression , traque des juifs....

Plus que des mémoires, ce livre est un recueil de souvenirs d'enfants et de ses premiers vrais dessins, qui datent justement de la guerre. Ils nous montrent un réalisme et un esprit critique hors du commun pour un enfant de 8 à 12 ans.

Un livre parfois noir, parfois très drôles, pimenté de cet amour léger et taquin bien alsacien, parfois un peu puéril, parfois très mature, parfois très critique... et surtout très vrai. Je pense que c'est le meilleur livre pour se rendre compte de ce qu'était l'occupation en Alsace. Un témoignage poignant.

Le titre du livre, "Die Gedanken sind Frei", est le titre d'une chanson populaire allémanique interdite par le régime nazi à cause de ses paroles : les pensées sont libres.

mardi 15 janvier 2008

Lettre au père : Kafka

Titre original : Brief an der Vater.

"Tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la peur que tu m'inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement avec une certaine cohérence. Et si j'essaie maintenant de te répondre par écrit, ce ne sera encore que de façon très incomplète, parce que, même en écrivant, la peur et ses conséquences gênent mes rapports avec toi et parce que la grandeur du sujet outrepasse de beaucoup ma mémoire et ma compréhension." C'est ainsi que commence cette Lettre au Père...

En 1919, Franz Kafka a 36 ans, il a déjà publié quelques-uns de ses textes les plus connus, comme le Verdict et la Métamorphose et il commence à être connu. Il va mourir quelques années plus tard. C'est à cette période qu'il va écrire la Lettre au père, un long réquisitoire contre son père. Dans cette lettre l'auteur veut tout mettre à plat : son incompréhension, son intolérance, son mépris, sa brutalité psychologique, l'éducation qu'il a donné à ses enfants, la peur qu'il aspirait à toute la famille Kafka... Une lettre manuscrite de 100 pages qui ne sera finalement jamais remise à son père qui mourra quelques temps après.

La Lettre au Père est au centre de l'oeuvre de Kafka. Elle permet de mieux comprendre sa vie et son oeuvre, particulièrement la Métamorphose car on voit un fort parallèle entre les griefs de l'auteur pour son père et la relation entre Gregor, le cancrelat, et son père. Le livre est découpé en différents sujets, comme des cercles concentriques dans sa démonstration de ses relations avec son père. A chacun des cercles concentriques, il finit par buter contre la même évidence: pour avancer vers lui-même, voire pour se libérer, il devrait pouvoir accuser librement son père; il devrait donc le déclarer coupable et, symboliquement, le tuer. Mais là, incapable de prendre la place du père, il régresse d'un cran, affirmant une fois de plus que ce n'est pas la faute du père, qu'il n'est coupable de rien. Un mouvement d'avance et de recul permanent.

L'écriture est très forte, ponctuée de passages au rythme halluciné, et qui ressemble à de la musique descriptive posée sur le texte, ou même d'une sonorité qui paraît restituer les crachats du père quand il se laisse aller aux injures. Un texte intime, prenant le lecteur pour confident, une expérience prenante poussant à la tristesse et à l'incompréhension et pas dessus tout un acte sincère.

Une merveille de la littérature classique germanique. Une relation père-fils très violente. Un texte fort. Incomparable!