Affichage des articles dont le libellé est Polar. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Polar. Afficher tous les articles

vendredi 17 avril 2009

Les nouvelles enquêtes du juge Ti: la Nuit des Juges, Frédérique Lenormand

Voici un bon bout de temps que j'ai envie de me plonger dans les aventures du juge Ti: mais par quel bout commencer? En suivant l'ordre d'écriture? en suivant la chronologie historique? Car ce bon juge Ti a réellement existé. Et même au delà de ça, par quel auteur commencer? Robert Van Gulik, ce diplomate hollandais qui nous a fait redécouvrir ce personnage historique, ayant commencé comme simple juge pour finir chancelier de l'Impératrice Wu des Zhou? Ou bien par Frédérique Lenormand, puisque l'on voit souvent écrit que si son œuvre est fort sympathique, il est fort difficile de lire les nouvelles enquêtes après avoir goûté à la qualité des écrits de Van Gulik?

La question s'est résolue d'elle même, sur le stand du Point au salon du livre, coupant court à toute cogitation au final bien stérile. En parcourant des yeux les rayonnages; ils ont été arrêté par ce nom que je connaissais bien: toute la série en poche, du numéro 2 au numéro 6... Et je n'ai pu quitter le stand sans la précieuse prose en main, le tome 2 justement... Donc, La Nuit des Juges...

Après avoir passé ses concours littéraires et quelques années aux archives centrales de Chang'An, Ti Jen Tsie est devenu juge dans la petite bourgade côtière de Peng Lai. Or, après quelques enquêtes à son arrivée où il a brillé au plus haut point, il s'ennuie à mourir: il ne traite plus que d'affaires banales qui lui font regretter la capitale.

Jusqu'au jour où il est convoqué à la préfecture, à Pien Fou, avec cinq autres collègue de la région. Le juge Tan, magistrat de la cité est appelé à de plus hautes responsabilités à la capitale, et le préfet doit choisir lequel d'entre aura l'honneur d'être nommé à ce poste convoité. A part Ti, tous les magistrat ont posé leur candidature pour ce poste, et chacun à ses propres qualités: la noblesse, l'âge, l'art poétique, l'érudition, les liens familiaux, le mérite. Mais le lendemain, le juge Tan est retrouvé mort défenestré, et personne ne croit à la thèse de l'accident. Et l'élucidation de cette énigme conduira un des juges sur le siège du défunt. Une rude compétition peut commencer, où tous les coups bas sont permis, des coups bas qui, s'il n'avait pas été intéressé par ce petit travail intellectuel et qu'il n'était pas là sur l'ordre se son supérieur, auraient tôt de faire déguerpir Ti...

Nous voici entraîné dans un petit polar fort sympathique, empreint d'un humour latent que la situation, des petits potentats locaux se tirant dans les pattes, dans un univers somme toute fort sympathique. L'univers est assez bien décrit, même s'il paraît qu'à côté de Van Gulik, ça fait pâle figure. C'est un polar à l'ancienne, très agréable à lire et qui me donne envie de me plonger dans l'œuvre de son prédécesseur avec De l'or sous les Tang.

mercredi 31 décembre 2008

Encres de chine: Qiu Xiaolong

Et c'est ainsi que je termine mon Challenge ABC 2008... Juste dans les temps!

L'inspecteur Chen, ancien universitaire à la tête du service des enquêtes spéciales de la police de Shanghai, a officiellement pris des vacances pour se consacrer à la traduction d'une proposition commerciale d'un projet d'urbanisme pharaonienne. Une offre particulièrement généreuse que l'on ne peut refuser, surtout lorsque l'on est employé par l'état en Chine dans les années 90: une somme importante, des avantages en nature et les services d'une petite secrétaire, une xiaomì, jeune étudiante avec qui il avait dansé dans une boite branchée.

Mais une affaire particulièrement brûlante tombe: Yue Lige, une ancienne garde rouge, devenue dissidente après la publication d'un roman autobiographique sur ses années de rééducation lors de la Révolution Culturelle, a été assassinée. Le gouvernement, qui souhaite en effet étouffer cette affaire et se décharger de toute implication politique, fait pression pour qu'un coupable soit rapidement arrêté. Aussi son adjoint, l'inspecteur Yu est seul à bord pour cette enquête délicate, aidé toutefois par sa femme Peiqin, grande lectrice, et par Chen qui tient à ce que son inspecteur ne soit pas seul dans la gueule du loup.

Entre affaires de voisinages dans une shikumen, bâtiment typique de Shanghai où se voit entassé sous le régime communiste un grand nombre de familles dans des chambres exiguës autour d'une cour centrale bruyante, et fastes des nouveaux riches branchés, cette affaire nous plonge dans la littérature chinoise classique.

Ce roman nous propulse dans un un univers gourmand où la gastronomie shangaïenne est décrite avec une précision gouleyante, nous fait côtoyer les grands poëtes classiques et ravive les souffrances de la Révolution Culturelle dont les plaies ne sont pas encore refermées trente ans plus tard, malgré l'ouverture à l'Occident, et en fait presque une satire sociale en mettant en exergue le fossé entres les nouveaux riches et les anciens pauvres. Un roman à l'écriture très intelligente, bien écrit et entraînant, nous faisant dans un monde que l'on ne connaît pas et nous faisant ressortir de cette lecture bien moins idiot.

Rien que pour la découverte de la culture chinoise, je le conseillerais. Lorsque dessus est greffé une enquête bien ficelée, je ne dirais qu'une chose, foncez.

jeudi 13 novembre 2008

El Desdichado

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule
étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le
Soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La
fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s’allie.


Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;

J’ai rêvé dans la grotte où nage la syrène…


Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.



Vous devez très certainement vous demander: mais pourquoi nous boursoufle-il les oreilles avec ce sonnet abscons de Nerval? Pourquoi? Pour l'intrigue... Car c'est l'intrigue d'un roman de Fred Vargas: Sans feu ni lieu .

Pourquoi Louis Kehlweiler dit l’Allemand, Marc, Lucien et Mathias, les « Évangélistes » de Vandoosler le Vieux, tiennent-ils à sauver Clément Vauquer, vingt-neuf ans, traqué par toutes les polices de Nevers et de Paris, un détraqué accusé des assassinats effroyables d’au moins deux jeunes femmes ? Peut-être que la réponse est dans ce poème...

Un nouveau polar de Fred Vargas - je les dévore en ce moment - avec, comme toujours, une écriture coupée au couteau: décalé, absurde, drôle et parfois tendre pour une histoire rondement menée.

Os

Embusqué sur le banc 102, place de la Contrescarpe, pour une sombre affaire politique, celui de la Contrescarpe, Louis/Ludwig Kehlweiler, dit « l’Allemand », ancien flic de l'Intérieur maintenant à la retraite , mais encore tracassé par quelques affaires qui le suivent, avise une drôle de « bricole » blanchâtre égarée sur une grille d’arbre, lavé par l'orage de la veille…

Ce petit bout d’os humain – car il s’agit bien de cela, la dernière phalange d'un orteil provenant d'un individu de sexe féminin ayant séjourné dans les intestins d'un chien – l’obsède. Pour lui, il n'y a aucun doute, le corps auquel appartient ce morceau d'os, doit pourrir dans un coin. Mais où? À Paris? Dans la banlieue? Ou à des milliers de kilomètres de là? Cette obsession lui fait oublier ses enquêtes parisiennes. À force de ténacité, il remonte la piste jusqu'en Bretagne et atterrissent dans un bled où Louis va retrouver son passé, un village perdu au bout de la Bretagne, entraînant avec lui Saint Marc, l'un des évangélistes de Vandoosler.

Fred Vargas est une vraie maîtresse de l'intrigue à la française: enchevêtrée, trouble, complexe, original, drôle, absurde... et partant une origine des plus banales, un simple bout d'os déféqué par un chien. Et elle nous fait suivre ce petit bout d'os des grilles d'arbre de la capitale jusqu'à une grève bretonne. Comme toujours, des personnages hauts en couleur, des descriptions et des dialogues très travaillés... Une belle réussite.

lundi 10 novembre 2008

Les trois évangélistes

Marc Vandoosler a le front appuyé à la grille d'une vieille bâtisse abandonnée du Vème. Il est dans la merde: universitaire sur le déclin (historien médiéviste), divorcé, sans le sous, en fin de bail, un vieil oncle à charge, un ancien flic pourri... Il a trouvé un bon plan, cette vieille bâtisse à louer pour une bouchée de pain, mais dans sa situation financière, il lui manquait encore les deux tiers du loyer. Il pense à deux autres connaissances, Matthias, un paléontologue, et Lucien, un fêlé de la Grande Guerre. Normalement, ça ne fait pas bon ménage, ces mélanges de périodes historiques, mais ça le fait bien marrer de voir ces deux anciens acolytes dans une merde aussi grande que la sienne. Les trois acolytes emménagent dans "la vieille baraque pourrie" avec le vieux Vandoosler, qui les appelle affectueusement, saint Marc, saint Matthieu et saint Luc, les trois évangélistes.

Tout commence avec un arbre, un jeune être, qui a poussé une nuit dans le jardin d'une vieille cantatrice, Sophia Simeonidis. Elle se résigne à demander à ses nouveau voisins qu'elle espionne depuis quelques temps de creuser une tranchée sous l'arbre, contre 30 000 francs, pour voir s'il ne cacherait pas quelque-chose: un cadavre peut-être? Peu après, la cantatrice disparaît, mais sa nièce, arrivée à qui arrive à Paris peu après sa disparition ne veut y croire; et les évangélistes décident de mener l'enquête. Début de l'histoire.

C'est le second Vargas ("Debout les morts") dans lequel je me suis plongé. Malgré la mauvaise critique, j'ai beaucoup aimé. Les personnages sont originaux, certaines scènes sont ubuesques, l'intrigue cherchée et pleine de rebondissement, malgré quelques longueurs. La fin est impossible à prévoir (Connaître la fin dès les 100 premières pages, c'est une chose qui m'énerve souvent dans les polars et qui m'avait détourné de ce genre).

Un bon livre, qui se lit bien, et qui m'a incité à continuer sur un troisième tome...

vendredi 7 novembre 2008

Cito, Longe, Tarde

Voici un livre que je ne pensais pas lire, très loin de mes lectures habituelles... Cito, Longe, Tarde: Vite, Loin, Longtemps, voici les conseils d'Hippocrate pour se prémunir contre la peste, et les seuls que l'on connaissais au moyen-âge, à part le diamant porté à l'annulaire gauche.

Pars vite et reviens tard... Je me suis donc lancé dans ce roman de Fred Vargas, et je l'ai dévoré.

Pour avoir rossé un armateur responsable de la mort de deux marins, Joss Le Guern, capitaine du chalutier Le Vent de Norois, a connu la prison, puis le chômage avant d'échouer à Paris et de devenir "crieur", place Edgar Quinet. Trois fois par jour, Joss relève les messages, accompagnés de pièces ou de billets, que ses clients ont déposés dans sa boîte et, trois fois par jour, perché sur une estrade, il crie les nouvelles devant les habitués du quartier. Un jour, Joss découvre dans sa boîte une étrange missive qui se révèle inquiétante. Au début, il ne pensais pas la lire, mais bon, chez les Le Guern, on est peut-être des brutes, mais on n'est pas des brigands. Et il la lit. Et les messages reviennent... Un plaisantin ou un cinglé ? Son ancêtre murmure à son oreille : " Fais gaffe à toi, Joss. Il n'y a pas que du beau dans la tête de l'homme. " Certains textes sont en latin, d'autres semblent copiés dans des ouvrages vieux de plusieurs siècles. Mais tous prédisent le retour d'un fléau venu du fond des âges...

En théorie, c'est un polar... Mais ce texte est étonnant: une histoire très recherchée, un enchevêtrement de personnages, et aucun n'est laissé de côté, tous fouillés en profondeurs, et chacun a la part belle. L'écriture est un peu noire, poussée dans la psychologie de personnages qui n'ont pas été épargnés par la vie, et pleine de savoir... Lorsqu'on entre dans l'histoire, on ne peut en sortir. Un coup de coeur inespéré... Et un auteur que je veux maintenant découvrir.

vendredi 22 août 2008

Deux fois n’est pas coutume : Janet Evanovich

Stéphanie Plum est chasseuse de prime... Enfin débutante... Très débutante... Elle a quand même réussi à faire ses preuves et à faire parler un peu d'elle dans le Bourg de Trenton grâce à l'affaire Morelli. Sa spécialité : ramener les libérés sous caution récalcitrants au tribunal... contre 10% de la caution. Généralement de petits dealers à la manque trop camés pour résister, ou bien des petits délits où les prévenus ont oubliés leur convocation au tribunal. Ce qui lui permet de liquider les factures les plus importantes et de payer les traites de sa nouvelle voiture. Un job sans grande surprise... Sauf quand il s'agit de mettre la main sur Kenny Mancuso, le cousin de Joe Morelli. Un vrai coriace... qui a tiré une balle dans la jambe de son meilleur ami, un ami soit dit en passant retrouvé mort quelques jours plus tard. A cela s'ajoutent une affaire de trafic d'armes, des cadavres dont les morceaux sont envoyés à Stéphanie... Sans compter les quarante cercueils disparus d'une entreprise de pompes funèbres. Un vrai casse-tête. Évidemment, tout irait mieux si Morelli, flic et pot de colle, n'était pas toujours pendu à ses basques. Heureusement, Stéphanie à une grand-mère qui s'y connaît en flingues et en salons funéraires.

Encore une fois, c'est hilarant... Du début à la fin... Stéphanie Plum reste le même boulet que dans la Prime, et toutes les crasses les plus inimaginables lui arrivent. Mais si ce n'était que ça: affublée d'une Buick 1953 bleue peu discrète idéale pour les filatures, elle doit aussi composée avec une famille originale, une mamie improbable funérariophile et totalement déjantée, le flic de son coeur (Morelli), une ex-prostituée noire reconvertie en employée de bureau et accoutrée comme Shirley Temple, mais en pire, et j'en passe.

Voilà une série qui a bien commencée, et qui continue sur la même lancée...

vendredi 25 juillet 2008

La prime: Janet Evanovich

La première enquête de Stephanie Plum!

Voici une la critique d'un livre lu il y a plus d'un mois et qui trainait dans ma PAL depuis mon retour de Londres en Février. Je m'étais fait ce petit cadeau dans un grande libraire de Charing Cross. Mais bon, la vie va tellement vite en ce moment et ma pile de dossier s'amoncelle tellement dangereusement au travail que j'en délaisse un peu ce blog (pas bien!) et mes lectures (encore moins bien!). J'ai quand même eu la chance de lire quelques merveilles ces derniers temps, et en voici une (je pense que beaucoup d'entre vous pensent comme moi)! Un bijou d'hilarité!

Adieu froufrous, adieu dentelles! La lingerie c'est fini (c'était son ancien métier). Stéphanie Plum, trente ans, divorcée (après avoir surpris son mari s'ébattant avec une fille du Bourg, quartier de Trenton ou Stéphanie avait passé son enfance...), n'a plus de boulot. Sa télé et ses meubles sont au clou, son frigo est vide, sa voiture vient d'être saisie par la banque et elle se désespère. Son seul réconfort, c'est son hamster (moi je l'aime bien ce hamster).

Heureusement, il y a son cousin Vinnie ! Il dirige une agence de cautionnement et doit changer d'assistant aussi souvent qu'il essaie de la culbuter entre deux armoires! (C'est dire que c'est le turn over chez ses secrétaires) Sa mère la pousse à lui demander un boulot de secrétaire... Mais la place est déjà prise! Connie, l'assistante de Vinnie et un amie d'enfance, lui dit que le chasseur de prime qui devait se charger du cas Morrelli (un flic verreux accusé de meurtre qui défrayait la chronique du Bourg où il avait été un enfant terrible) avait attéri à l'hôpital... La prime se montait à 10000$...

Stéphanie, comme toujours forte tête, saisis l'occasion contre l'avis de Vinnie et de sa mère, et part à la poursuite de Joe Morelli. Mais c'est un malin, un dur, un séducteur... D'ailleurs, ce ne serait pas le même Joe Morelli qui joua à touche pipi avec elle quand elle avait huit ans? Ne serait-ce pas le même Morelli qui l'avait prise un soir après la fermeture derrière le comptoir de la patisserie où elle travaillait lorsqu'elle avait 16 ans puis avait filé sans demander son reste? (le vocable de ma description est un peu cru mais en anglais dans le texte ce n'est gère mieux!)

Une raison de plus pour le retrouver !

Et un champion de boxe violeur et tortionnaire, ce n'est pas ça qui l'en dissuaderait!

Stéphanie Plum est l'archétype même de l'anti-heroine, la chasseuse de prime non professionnelle comme pas deux! Si une connerie peut lui arriver, si elle peut tomber dans un traquenard, si elle peut froisser un violeur fou, eh bin! Pourquoi s'en priver? Le pire, c'est qu'elle le chercherait presque! Le boulet, quoi! C'est comme son histoire avec Joe Morelli! Ce livre est un véritable chassé croisé entre Joe et Stéphanie sur qui elle tombe à chaque coin de rue sans jamais pouvoir lui mettre la main dessus et qui la mènera beaucoup plus loin qu'elle ne l'aurait jamais imaginé...

Politiquement incorrect, hilarant, rondement bien ficelé, ce livre est un must à lire absolument! Mais attention, on devient vite accros (je suis en passe de lire le troisième de la série!)


Les avis de Serial Lecteur, Yueyin, Papillon, Chimère, Katell et Caro[line]... Aucun ne dément!

PS: lu en anglais mais je le déconseille, c'est pas ce qu'on nous apprend à l'école!

mardi 26 février 2008

Le chat qui lisait à l'envers : Lilian Jackson Braun

Et un livre de plus pour mon challenge ABC.

L'histoire:

Jim Qwilleran est un ancien chroniqueur criminel réputé sur le retour (revenant de très loin même car il a eu de très nombreux déboires dans ses postes précédents. Il se fait offrir par une connaissance un poste de rédacteur artistique, mais ceci est une véritable gageure étant donné qu'il ne connaît rien du tout à la question. Très rapidement, il se rend compte que son véritable travail consiste à contrebalancer celui d'un féroce critique d'art (Mountclemens, George Bonifield III , et sans abréviations s'il vous plaît), attaché au même journal et détesté de tout le monde.

Pourtant la maison de celui-ci est un véritable musée, sa table celle d'un fin gourmet et l'homme lui-même est brillant et satirique. Il possède aussi un chat siamois aristocratique, Kao K'o Kung - Koko pour Qwilleran - qui apprécie les vieux maîtres et sait lire à l'envers les manchettes de journaux.
Lorsque, dans le monde apparemment paisible des beaux-arts, trois morts brutales se produisent, il se lance à la recherche de la vérité...

Un polar sous le signe de l'art et du chat...

Mon avis :

Plus qu'une histoire policière, c'est une satire du monde artistique, et l'auteur met l'accent sur les relations entre tous ces personnages qui se croisent dans ce petit monde très fermé, mêlant amitié, envie et animosité...

L'histoire policière n'est pas exceptionnelle et elle se cantonne à la seconde moitié du roman. D'autant plus que la période où elle se déroule commence à faire un peu datée (années 60-70). C'est plutôt la description de protagonistes non sans humour qui est vaut le coup:
  • Qwilleran, vieux journaliste qui a la moustache qui frémit comme le pouce des sorcières dans Macbeth (By the pricking of my thumb Something wicked this way comes - j'adore caser cette citation),
  • Mountclemens, le critique d'art le plus odieux qu'il soit mais qui doit bien cacher quelquechose
  • Cal Halapay, grand publicitaire et peintre à ses heures perdues, qui dessine uniquement des jeunes garçons angéliques, sa propre image
  • Sandra Halapay, qui ferait tout pour appuyer son mari
  • Zoé Lamberth, l'une des seules à être bien cotée chez Mountclemens
  • et tant d'autres...
Mais surtout le chat, Koko...
C'est une histoire divertissante, et j'ai hâte de continuer la série.

Alors comme dit Chimère:
Votre chat lit le journal ? Rassurez vous c'est normal.

Les avis de Chimère et de Kalistina

mardi 19 février 2008

Le Lézard Noir : Edogawa Ranpo

Une mystérieuse femme en noir, une menace d'enlèvement de la fille d'un grand joaillier d'Osâka, l'étoile égyptienne (le plus gros diamant japonais) et la fin dans un musée des horreur. De rebondissements en rebondissements tous plus rocambolesques les une que les autres, le célèbre détective Akechi Kogoro part à la poursuite du Lézard Noir, une cambrioleuse dénommée ainsi à cause de son étrange tatouage qui semble prendre vie dès qu'elle bouge le bras...

Fan des grands maîtres occidentaux, Edogawa Ranpo a introduit dans la littérature japonaise le genre polar. Son pseudonyme est d'ailleurs un anagrame de la transcription en katakana d'Edgar Allan Poe, son auteur favori. Une femme fatale, des bijoux, un détective as du déguisement, des coups de théatre et des escamotages en série, on retrouve ainsi dans cette histoire toutes les ficelles de Maurice Leblanc et de Poe. Dans un style épuré très japonnais, un bon polar classique qui se lit tout seul.

Pour ceux qui ont lu le recueil de nouvelles "la chambre rouge", on retrouve dans ce roman un clin d'oeil à l'une de ses nouvelles.

Un autre avis de Yueyin...

dimanche 3 février 2008

Le Vampire de Ropraz : Jacques Chessex

En 1903 à Ropraz, dans le Haut-Jorat vaudois, la fille du juge de paix meurt à vingt ans d'une méningite. Un matin, on trouve le couvercle du cercueil soulevé, le corps de la virginale Rosa profané, les membres en partie dévorés. Horreur. Stupéfaction des villages alentour, retour des superstitions, hantise du vampirisme, souvenirs des vielles tares et des anciennes perversions populaires, chacun épie l'autre au cœur de l'hiver. Puis, à Carrouge et à Ferlens, deux autres profanations sont commises. Il faut désormais un coupable...

Dans cette nouvelle, Jacques Chessex nous raconte d'une manière crue et gore des perversions campagnardes, des superstitions moyen-âgeuses et la vindicte populaire toujours prompte à trouver un coupable qui, si cela avait encore été possible, aurait été pendu haut et court puis brûlé sur un bûcher sans autre forme de procès. Et pourtant il s'agit de faits réels horribles qui se sont produits à l'aube de la première guerre mondiale : ce n'est pas si vieux que ça au final...

A la lecture, on dirait une chronique journalistique, une enquête de reporter d'investigation. L'écriture est précise et juste, les faits sont retranscrits sans finesse et sans ménagement, mais sans envolée lyrique morbide des romans d'horreur et des thrillers gores. Avec une fin très originale, c'est une petite nouvelle agréable, très bien construite, que je conseille.

Pourtant il lui manque d'après moi un peu de profondeur, l'auteur reste trop superficiel dans ses descriptions et dans son histoire et j'aurais aimé qu'il rentre un peu plus profondément dans l'intrigue... J'aurais peut-être préféré un roman à la place d'une nouvelle... Mais ça n'engage que moi.

J'ai passé le livre à Loutarwen qui devrait bientôt l'avoir fini - il ne lui reste plus que 33 pages à lire - donc vous aurez droit à un double commentaire...

dimanche 20 janvier 2008

Des Femmes qui tombent : Pierre Desproges

Que se passe-t-il à Cerillac, "pittoresque bourgade aux confins du riant Limousin et du verdoyant Périgord" ? Depuis quelques jours, les femmes de la région sont victimes d'un étrange tueur en série. Rien ne relie les victimes à part que se sont des femmes et qu'elles vivent à Cérillac. Pas même le modus operandi. Une vieille merciaire communiste à tendances stalinienne depuis la répression du printemps de Pragues, une kinésithérapeute, une secrétaire de mairie tyrannique et castratrice avec tout le village, quatre femmes d'une famille bourgeoise... Et toutes la population est aux abois, sans compter les journalistes et petit politiciens qui accourent.

Par petits chapitres ressemblant à de petits sketch qui permettent de faire avancer l'histoire, L'auteur nous entraîne dans une histoire délirante. Comme d'habitude, il manie le verbe et le cynisme avec brio. On retrouve l'écriture recherchée, riche et caustique de ses sketches des années 80, comme les Chroniques de la Haine Ordinaire, avec le même cynisme grinçant et la même critique du petit français moyen, le même amour de la langue et de ses richesses, la même culture qu'il met au profit de l'humour. Mais Pierre Desproges n'est pas un grand scénariste, c'est un maître de l'humour caustique et du comique de situation. On accroche très vite à l'intrigue et on veut savoir la suite, mais au final, la chute ne tient pas la route. L'histoire aussi est un peu datée et on ne retrouve pas l'universalité des Chroniques ou des Réquisitoires.

Mais même sans être un chef-d'oeuvre, ce petit roman, son unique roman, reste un grand moment pour les amateurs de Desproges. Je conseille toute fois à celui ou celle qui aimerait découvrir Desproges de commencer par les Chroniques de la Haine Ordinaires, transcrites en version papier aux éditions Seuil/Points.

Quatrième de couverture:

Après avoir lu ce livre, mon éditeur, ma soeur, ma femme me demandent pourquoi l'aubergiste Gilberte a la tête enfermée dans un sac en plastique. Je réponds que je n'en sais rien. Peut-être s'agit-il d'un ultime geste de coquetterie assez compréhensible de la part d'une femme que l'on devine accorte mais pudique et qui aurait jugé inconvenant de montrer une langue pendante au premier découvreur de cadavre venu?
Mais peut-être pas.

C'est un mystère.

Il faut parfois laisser traîner des mystères à la sortie des livres.
Aux derniers chants de l'Odyssée, qui célèbrent le retour à Ithaque, l'auteur n'évite-t-il pas, avec quelque délicatesse, de s'étendre sur la surprise d'Ulysse décelant l'odeur d'after-shave au fond du lit conjugal enfin retrouvé? Le lecteur aura compris que ce livre, des femmes qui tombent, est en réalité un humble mais profond hommage rendu à Homer et à sa cécité.

L'Auteur

dimanche 6 janvier 2008

Reset : Tetsuya Tsutsui

Auteur : Tsutsui Tetsuya
Editeur : Ki-oon / Square Enix
Genre: Seinen / Manga d'action
Année: 2006-2007

Un homme dans une pièce, seul. Il se lève, ouvre le rideau et lit : "Votre vie est un échec. Appuyez sur Reset." Il s'enfonce alors un stylo au travers de la carotide. Un homme braque une banque mais ne veut pas d'argent. Il veut une réponse... et se tire une balle dans la tête devant les employés. Un jeune lycéen, un employé de banque, depuis quelques temps, des suicides inexpliqués se multiplient et tous les indices mènent vers une résidence du quartier d'Asamigawa, pourtant tranquille d'habitude. Les défunts se connectaient tous à un jeu vidéo en LAN, Dystopia, pour accomplir des missions meurtrières nettoyant sans doute le stress de la vie réelle. Mais à une époque où les jeux vidéo se font de plus en plus réalistes, il devient difficile pour certains joueurs de distinguer le virtuel du réel.

Hitomi Shinohara, la toute jeune veuve de l'employé de banque et Shunsuke Kitajima, un jeune hacker travaillant pour le gouvernement afin de purger sa peine vont mener l'enquête sur cette série de morts...

Tetsuya Tsutsui est un jeune mangaka indépendant repéré depuis peu par Square Enix, publiant en France sous le label Ki-oon. Après Duds Hunt et le premier tome de Manhole, sa réputation au japon n'a cessé de croître au point que ses oeuvres sont attendues avec impatience.

Dans ce manga il aborde avec un le danger du réalisame des jeux vidéo, un thème assez récurent dans les manga japonais (comme par exemple dans l'excellente série d'anime Lain). Le suicide et l'idée de mort persistante donnent une vision vraiment pessimiste et contradictoire du jeu vidéo. Seule la façade noire du réalisme à l'extrême est mise en avant et le mangaka s'embarque dans une vision manichéenne de la chose. Au final, trop de choses en trop peu de pages. Et pourtant, Reset convainc. Tout d'abord par son rythme effréné et sa naration très claire, qui va droit au but: l'auteur maîtrise le style (manga d'action) et le format (one-shot, manga en un seul volume) et garde le lecteur en haleine jusqu'à la fin. Avec des dessins très sobres mais recherchés, l'auteur arrive à faire passer les emotions avec pas mal de brio qui masque le manque de profondeur du scenario. Une lecture très agréable...

lundi 31 décembre 2007

La chambre rouge : Ranpo Edogawa

«Flânerie au bord du fleuve Edo», telle est la traduction littérale des idéogrammes utilisés pour composer ce nom de Edogawa Ranpo (anagramme de Edgar Allan Poe), plus connu au Japon comme le maître fondateur de la littérature policière japonaise.

Dans ce recueil, cinq nouvelles nous parlant de crimes: Un homme mutilé aux prises avec les perversions de sa femme, une "chaise humaine" prodiguant caresses et sueurs froides à ses victimes, des confessions criminelles dans une "chambre rouge", une intrigue machiavélique autour d'une "pièce de deux sen"...

On retrouvera dans ces cinq récits - les plus célèbres d'Edogawa - la même atmosphère pesante ou sinistre, le même goût pour les mises en scène fantastiques et obsessionnelles, la même esthétique du crime.

Lorsqu'on en commence une, il est impossible de reposer le livre avant sa fin... il s'ensuit cinq minutes de vides, pour faire le point, pour ce demander si c'est bien fini, si on est de retour dans la vraie vie... pour réaliser...

Un auteur à découvrir absolument!