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samedi 9 janvier 2010

Histoires de Fantomes

Bakemonogatari : Histoire de Fantômes...

C'est une série de light novels japonaises - courtes nouvelles destinées au adolescents ou aux jeunes adultes - de Nisio Isin portées en anime cet automne, dans le cadre des late night anime, des séries originales passant après minuit sur les chaînes de plus petite audience destinées à l'origine essentiellement aux fans d'anime et de manga mais qui prennent de plus en plus d'importance au japon car ce créneau horaire permet plus de liberté et d'audace dans la programmation.

Koyomi Araragi était un jeune lycéen sans histoire jusqu'aux vacances de printemps, où il a été mordu par une vampire. Presque guéri de sa transformation par un étrange prêtre, il se sent depuis obligé de porté secours à ceux qui sont comme lui touchés par des maux paranormaux, possédés par des Yokai... Quatre filles: un crabe lourd, un escargot peureux, une main de singe, un bakeneko...

En fait, cet anime nous parle de l'histoire d'amour entre Senjogahara et Araragi, depuis leur rencontre - où il se rend compte qu'elle a perdu tout son poids volé par un ancien dieux, un crabe lourd qui la possède...

... jusqu'à leur véritable déclaration et de leurs amis bizarrement tous possédés par des esprits shintoistes, des mononoke du temps passé.

L'histoire est très lente, basée uniquement sur un dialogue poussé, plein de jeux de mots et de meta-humour.

Le dialogue est très lisse, recherché et soutenu, mais on frise à chaque instant avec le politiquement incorrecte, surtout pour le Japon.

Le dessin est superbe, avec de grands plans de paysages urbains magnifiques et de jeu de couleurs étonnants. La succession des scènes est très originales, faisant se succéder des scènes quasi-immobiles à des flash très violents, entrecoupés d'images "blanches" ou défilent du texte...

Une vraie réussite: pour moi, c'est l'anime de l'année 2009, et j'espère que les autres light novels de la série seront adaptées, soit en anime, soit traduites en français... Je crois qu'une autre série de Nisio Isin sera adaptée en anime ce printemps, les katanagatari.

mercredi 19 mars 2008

La Tombe des Lucioles : Nosaka Akiyuki

Titre original : Hotaru no Haka - 火垂るの墓
Suivi de : Les Algues d'Amérique (voir le billet suivant)

Peut-être vous souvenez-vous du chef-d'œuvre du cinéma nous étant parvenu il y a quelques années de l'Empire du Soleil Levant, Le Tombeau des Lucioles - 火垂るの墓 - Hotaru no Haka, le si magnifique et terrible anime réalisé en 1988 par Isao Takahata et le Studio Ghibli (sorti en 1996 en France)?

Il est tiré d'une nouvelle semi-biographique de Nosaka, tout aussi magnifique mais tellement plus terrible... Ça faisait un petit bout de temps que je désirais la lire, mais impossible de le trouver dans les librairies parisiennes que je fréquente régulièrement. Mais dimanche, au milieu du stand des éditions Piquier, ça y est, il était là...

L'histoire:

Ce récit nous montre le cruel destin de deux enfants orphelins dans le japon à la fin de la seconde guerre mondiale. Un jeune garçon, Seita, au moment de mourir de faim, revit le moment le plus dur de sa vie : alors que sa mère vient de mourir gravement brûlée sous les bombardements américains de 1945, il est contraint d'errer avec sa petit sœur, Setsuko, et très vite leur situation se détériore inexorablement...

Mon avis :

Cette nouvelle est vraiment magnifique et terrible, et bien que je connaissais l'histoire puisque j'avais adoré l'adaptation en anime, je n'ai pas pu m'empêcher de verser une larme pour les deux jeunes enfants.

Pourtant, l'auteur se garde bien de donner un quelconque espoir au lecteur : le texte commence par la mort du grand frère, une sorte de double de l'auteur qui, dans les mêmes conditions que le jeune Seita, avait dû abandonner sa mère et laisser sa jeune sœur mourir de faim, chose dont il s'est toujours voulu.

L'écriture est assez inhabituelle pour un auteur japonnais : une prose étonnante, ample, longue, réussissant à concentrer en une seule phrase des couleurs, odeurs et dialogues, un récit très violent, très cru, mais qui trouvent ici une beauté poétique parsemé d'images quasi insoutenables. Attention pour ceux qui ont déjà vu l'anime, le livre est vraiment beaucoup plus dur, plus désespéré...

Un livre que j'ai adoré et que je conseille vivement...


Et si je n'ai pas réussi à vous faire partager mon émotion pour ce récit, en voici un extrait:
Mais déjà la faim n'était plus, la soif n'était plus, la tête pendait lourdement sur la poitrine, "Pouah, c'est dégueulasse", "P'têt ben qu'il est mort", "Quelle honte, laisser traîner ça dans la gare, alors qu'les Américains peuvent arriver d'une minute à l'autre", ses oreilles qui seules tenaient encore à la vie pouvaient distinguer toute une variété de bruits, la nuit, quand tout retournait subitement au silence : des geta résonnant dans le hall, le grondement du train passant au-dessus de sa tête, des pas s'élançant soudainement, la voix d'un petit gosse : "Mamaaan !", ou celle d'un homme, là tout près de lui, qui parle entre ses dents, le bruit des seaux d'eau déversés à toute volée par les employés de la gare, "Quel jour qu'c'est aujourd'hui ?", oui, quel jour ça pouvait-y bien être, combien d'temps qu'il était là ? dans une lueur de conscience il vit le sol en béton juste sous ses yeux, sans pour autant s'apercevoir qu'il gisait sur le côté dans une posture identique à celle qu'il avait quand il était assis, le corps plié en deux, les yeux obstinément fixés sur la fine couche de poussière qui, à la surface du sol, frémissait au rythme de sa faible respiration, et se demandant seulement "quel jour qu'y peut être, quel jour qu'c'est ?", Seita expira...

mardi 1 janvier 2008

Serei no Moribito

Pour moi, l'anime de l'année!

traduction du titre: le gardien de l'esprit sacré

Auteur:
Kamihashi Nahoko
Studio: Production I.G
Format:
26 épisodes de 25 minutes
Langue: japonais
Année de production: 2006
Diffusé au Japon depuis: avril 2007

Serei no Moribito est adapté du premier tome d'une série de nouvelles fantastiques de Uehashi Nahoko.


Synopsis:
Tous les 100 ans, d’après les légendes des Yakue, un bienfaisant Esprit de l'Eau naît sous forme d’œuf lumineux au sein d’un élu, apportant la pluie sur la région. Pourtant, l’histoire officielle de la fondation du Nouvel Empire de Yogo raconte qu’il s’agit d’un démon responsable de la secheresse. De quel côté se trouve la vérité ? En apprenant que son second fils Chagum est possédé par cet esprit, Sa Majesté Impériale ordonna en secret sa mort.

Mais l'enfant piégé est sauvé par Balsa, une étrangère, une lancière mercenaire qui, pour expier le sacrifice de huit âmes à quoi elle doit la vie, s'est jurée de sauver huit vie. Elle promet à la Seconde Impératrice de protéger son fils des assassins de l’Empereur pour le restant de ses jours. Ainsi, tiraillé entre ceux qui doivent le tuer et ceux qui à tout prix veulent le sauver, Chagum aux côtés de Balsa enterre sa vie de jeune Prince pour une cavale dangereuse. C’est à travers celle-ci qu’il apprendra la vie des plus modestes, découvrira peu à peu l’enigme qui l’entoure et tentera alors d’échapper à son terrible destin de Serei no Moribito, c'est à dire de gardien de l'esprit sacré, car si le garçon mûrit, le mystérieux œuf en lui aussi…



Avis:
Avec Balsa et Chagum, on entre dans un univers de Low Fantasy très japonais, avec ses esprits, ses rizières, ses temples et ses forêts. Mais on a la conscience cet univers bien plus étendu, tant géographiquement que spirituellement: un monde des esprits (Nayug) vit en parallèle du monde des vivants (Sagu). Un univers proche de ceux de Miyazaki.

Serei no Moribito joue sur enormément sur l'esthétique de ses graphismes irréprochables: les paysages sont grandioses, les personnages sont soignés. La bande son de Kenji Kawai est magnifique. Au dela de la réalisation, le scénario est très agréable, avec quelques rebondissements, un rythme très calme, quelques scènes d'action assez impressionantes mais sans violence gratuite, mais il n’y a pas d’éléments inutiles, les épisodes suivent la progression d’une histoire souvent très poétique.

C'est que l'anime ne verse pas dans les clichés des manga/anime japonais: l'héroïne n'est pas une adolescente aux pouvoirs surnaturels. Pas de combats surpuissants défiant les lois de la physique. L'anime baigne dans un univers de conte, mais très peu de magie: les interventions de cet ordre sont discrètes, mais parfaitement exploité dans le sens mystique qui leur est donné. Pas de manichéisme non plus, il n’y a pas d’un coté les méchants et de l’autre coté les gentils, le contexte politique (La rigidité du modèle impérial ultra formaliste) et culturel (les deux peuples Yakue et Yogoites coexistant dans la région de Yogo) suffit amplement. Bref, moins d’action brute, plus de subtilité et de finesse, ce qui donne au final un anime très agréable à regarder posément.

Un univers et des personnages complexes, une histoire bien ficelée, une animation soignée et une bande son de qualité: tous les ingrédients sont réunis... C'est mon coup de coeur anime de l'année.

Espérons que la suite des tome de la série seront aussi adaptés et que l'auteur soit traduit français. Pour l'instant, la série n'est pas encore licenciée hors du Japon. Mais je doute qu'elle ne le soit rapidement en France.