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jeudi 17 décembre 2009

La Couette de l'oubli

Voilà un livre que je désirais lire depuis un bon bout de temps... J'ai découvert Pen Of Chaos (John Lang) et son Donjon de Naheulbeuk il y a maintenant pas mal d'année, à son tout début...

Sept ans si ma mémoire est bonne, du temps du début de la première saison du Donjon de Naheulbeuk, cette saga MP3 par qui tout commença: une révélation, et je n'en démord pas depuis.

Un saga MP3, mais qu'est-ce que c'est?

Tout est parti d'un délire de rôliste que John Lang a enregistré comme un feuilleton audio-phonique et le diffuser librement sur Internet. Les influences pérussiennes sont nettement visibles, mais c'est surtout une parodie de quête rôlistique totalement loufoque.

C'est devenu un genre en soi.

J'ai découvert d'autres Saga MP3, mais peu qui puissent rivaliser avec celle-ci (une en fait, mais c'est une autre histoire, que je vous raconterais peut-être). La plupart des œuvres que POC a sucité suivent cette même veine, dans des univers différents.


Dis moi, Soïwatter, mais qu'est-ce que le Donjon de Naheulbeuk?

Sur la Terre de Fangh, un monde médiévalo-rôlistique, une compagnie d'aventuriers est mandée par le mage Gontran Théogal pour dérober dans le donjon de Naheulbeuk une statuette permettant l'accomplissement d'une prophétie. La compagnie est composé d'un ranger, d'une elfe, d'une magotte, d'un nain d'un barbare, d'un voleur et d'un ogre... Tout ce qu'il faut pour la situation dégénère au plus vite. Pour le teaser de la première saison, voir ici...

Depuis, il y a eu une seconde saison, des BD, et deux livres, dont voici le premier... Le livre correspond à la troisième saison du donjon de Naheulbeuk. Il est nécessaire d'avoir suivi les deux premières saisons (saga MP3 ou BD en découlant) pour comprendre les imprécations complexes (hum!hum!) qui se sont formées.

En résumé

Les aventuriers se sont fait berner par le mage Théogal: la statue sert en fait à plonger la terre de Fangh dans l'abîme suite au retour de Dlul, dieu du sommeil et de l'ennui... Comme s'ils ne pouvaient pas se douter qu'une prophétie n'annonce jamais rien de bon... En plus, ils se sont fait taxer une grosse partie de leurs gains par diverses confréries et administrations.
Mais le retour de Dlul n'enchante personne (ou presque)... Ils se retrouvent avec toute la Terre de Fangh à leur trousse: assassins, membres de autres cultes, et tous les aventuriers qui y voient une occasion de se faire des points d'expérience...
Une seule solution, retrouver le Mage etrécupérer les statuettes tant qu'il est encore temps...

Mon avis:

J'ai adoré retrouver la compagnie et suivre la suite de leurs aventures. Et j'attends avec impatience la suite de leur périple. L'univers est resté le même, l'humour aussi, ils sont toujours aussi pitoyables, même s'ils ne sont plus de niveau 1. Avoir une telle chance: heureusement qu'ils ne sont pas casés, sinon, c'est sûr, ils auraient des cornes...
Par rapport à la saison 2, qui, je sais, a déçu quelques uns (pas moi), on retrouve des bases rôlistique plus solides et plus marquées, comme dans la saison 1, peut-être même plus que la saison 1.

Commençons par les points négatifs, comme ça se sera fait...

On sent bien que c'est le premier roman publié de POC: dans les premières pages, l'écriture est maladroite, mais ça s'améliore grandement au fur et à mesure du roman, pour atteindre au tiers du roman une vrai plume de roman d'heroïc-fantasy... enfin de pathetic-fantasy (genre dans lequel POC excelle...)
J'aurais aussi aimé que la chute soit un peu moins abrupte. Ça n'ôte rien à sa qualité, la fin est par certains aspects inattendue (bien sûr on sait où on va car la trame est bien construite...) Mais j'aurais aimé que le dénouement ne se cantonne pas à une trentaine de pages alors que le roman en fait plus de 300..

A part ces quelques points, j'ai adoré. Au départ j'étais sceptique sur le passage au roman. Le format de la Saga MP3 est déjà assez riche et permet des effets que le roman ne peut pas. Mais le tout est vraiment réussi. Le roman apporte vraiment quelque-chose. Le synopsis est plus travaillé. On est plus dans la successions d'évènements burlesque, on a une trame bien construite, même si ça reste une farce. En plus, le roman permet d'avoir une vraie narration, et les personnages sont plus complexes. Enfin complexe: ça reste la même équipe de baltringues inexpérimentés et débiles, mais leurs portraits sont plus fouillés. Le roman permet aussi de faire des apartés montrant les pensées des différents protagonistes.

C'est une vraie réussite, et je pense que le roman suivant (l'Orbe de Xaraz) sera encore mieux maîtrisé, vu la progression de la qualité du roman au fil des pages.

J'ai hâte de le lire!

lundi 27 juillet 2009

Saint Kilda, Livre I: les esprits d'Hirta

Nous sommes au milieu du XIXe siècle. Depuis plus de mille ans, l'archipel éloigné de Saint Kilda, au large des hybrides extérieures, vit en totale autarcie, grâce à l'appui d'un clan écossais puissant, les Mc Load. Dans un environnement très hostile, en plein milieu de l'Atlantique, presque inaccessible l'été et complètement coupée du monde l'hiver, cette société recluse, composée majoritairement de femmes, qui vit sans règles figée et où toute décision naît de la volonté commune, semble être une représentation de l'Utopie de Mann.

Darius Kingsley, jeune étudiant étudiant oisif, ose pour défier son père présenter une thèse de biologie prouvant la théorie fort décriée de l'évolution des espèces. En représailles, son père fait annuler sa thèse et l'envoie pour un voyage d'étude de deux ans sur cette île désolée.
Mais la société qu'il y trouve est très éloignée de cette vision utopique: le pasteur de la communauté, débarqué sur l'île il y a une vingtaine d'années, maintient volontairement la population dans l'ignorance et dans un mysticisme malsain, assoyant son pouvoir sur la peur de Dieu et des Esprits...

Cet après midi, alors qu'on passais devant le MK2 Quai de Seine pour voir si un film nous tentait, nous avons dû nous abriter d'un grosse averse, devinez... dans la librairie du Mk2... Mauvaise idée... Je n'ai pu m'en empêcher, j'ai craqué pour une bande dessinée.

Cette nouvelle série de Pascal Bertho et de Chandre, publiée aux éditions Atmosphère prend racine sur des faits historiques réels: l'autarcie de la population de l'archipel, son mode de vie et les phantasme philosophique que cette communauté a généré chez les philosophes de l'époque... Mais dessus se greffe une histoire bien plus scabreuse que je vous laisse découvrir. Avec en prime les trois premières planches trouvées sur le blog du dessinateur.
Une patte nette, une histoire noire et empreinte de mystère, tout ce que j'aime... Pour ma part, j'attends le deuxième tome.

jeudi 28 mai 2009

Mangez-le si vous voulez

Allez, une petite histoire vraie pour changer!

Un nouveau Teulé, c'est un évènement. Certes, je n'ai pas encore eu le temps de lire le Montespan, qui trône bien sagement dans ma bibliothèque (entendre par là les piles de livres répandues dans le couloir...) Mais rien qu'à la vue de ce titre, je ne pouvais pas passer à côté... La c'est le petit psychotique qui sommeille en moi qui se réveille.

Pourquoi aller chercher le fait divers si loin dans des contrées inhospitalières d'Outre-Rhin comme Rotenburg an der Fulda? Voici une histoire encore plus scabreuse qui s'est pas passé dans notre bon vieux Périgord, pays du foie gras et du canard confit, un lendemain d'assomption 1870.


Ce qui suit dévoile l'histoire, mais cette épisode sombre de notre mémoire collective est connu...

Alain de Monéys, jeune noble local, affable et aimé de tous, sort de chez lui pour se rendre dans la commune voisine régler des affaires avant de s'engager volontairement dans l'armée impériale alors en guerre contre la Prusse alors qu'il avait été pourtant réformé pour trop frêle constitution.

Vers 14 heures, il entre à Hautefaye, mais quelques mots entre un de ses cousins, républicain, et des personnes présentes font s'envenimer la situation. Son cousin fuit, mais très vite se répand le bruit que de Monéys serait un prussien. Quelques jours après les débâcles de Reichshoffen et de Forbach, les esprits s'échauffent dans ce coin du Périgord ultra-bonapartiste.

De Monéys a beau clamer son innocence et son soutient à l'empire, la foule le prends à partie, et très vite sonne la curée... Malgré l'aide de quelques-uns de ses amis et fermiers, très peu au final, la foule se rue sur lui. Ils auront beau tout au long de la journée essayer de le sauver des pattes de ces chiens enragés constituée de voisins et d'amis au final, ils n'arriveront pas à le soustraire à la folie meurtrière de la foule et à l'indifférence des rare personnes qui ne se sont pas mêlées au carnage: les coups, blessures et tortures les plus infâmes dureront jusqu'à la nuit, et c'est vivant qu'il sera brûlé, puis même mangé par une population prise de folie.


Et tout au long de l'histoire, De Monéys reste vivant, presque lucide, à clamer son innocence: dire qu'il avait été réformé!


Dans ce texte, Teulé reprend fidèlement ces évènements macabres. C'est souvent à la limite du supportable, tant au niveau intellectuel que gastrique (les actes perpétrés donnent envie de vomir). Et la plume de l'auteur soutient magnifiquement cette horreur. De quoi redonner confiance en la destinée humaine (ironie!)

Un grand moment de littérature!

Ah, en passant, c'est aujourd'hui la 150ème!

vendredi 17 avril 2009

Les nouvelles enquêtes du juge Ti: la Nuit des Juges, Frédérique Lenormand

Voici un bon bout de temps que j'ai envie de me plonger dans les aventures du juge Ti: mais par quel bout commencer? En suivant l'ordre d'écriture? en suivant la chronologie historique? Car ce bon juge Ti a réellement existé. Et même au delà de ça, par quel auteur commencer? Robert Van Gulik, ce diplomate hollandais qui nous a fait redécouvrir ce personnage historique, ayant commencé comme simple juge pour finir chancelier de l'Impératrice Wu des Zhou? Ou bien par Frédérique Lenormand, puisque l'on voit souvent écrit que si son œuvre est fort sympathique, il est fort difficile de lire les nouvelles enquêtes après avoir goûté à la qualité des écrits de Van Gulik?

La question s'est résolue d'elle même, sur le stand du Point au salon du livre, coupant court à toute cogitation au final bien stérile. En parcourant des yeux les rayonnages; ils ont été arrêté par ce nom que je connaissais bien: toute la série en poche, du numéro 2 au numéro 6... Et je n'ai pu quitter le stand sans la précieuse prose en main, le tome 2 justement... Donc, La Nuit des Juges...

Après avoir passé ses concours littéraires et quelques années aux archives centrales de Chang'An, Ti Jen Tsie est devenu juge dans la petite bourgade côtière de Peng Lai. Or, après quelques enquêtes à son arrivée où il a brillé au plus haut point, il s'ennuie à mourir: il ne traite plus que d'affaires banales qui lui font regretter la capitale.

Jusqu'au jour où il est convoqué à la préfecture, à Pien Fou, avec cinq autres collègue de la région. Le juge Tan, magistrat de la cité est appelé à de plus hautes responsabilités à la capitale, et le préfet doit choisir lequel d'entre aura l'honneur d'être nommé à ce poste convoité. A part Ti, tous les magistrat ont posé leur candidature pour ce poste, et chacun à ses propres qualités: la noblesse, l'âge, l'art poétique, l'érudition, les liens familiaux, le mérite. Mais le lendemain, le juge Tan est retrouvé mort défenestré, et personne ne croit à la thèse de l'accident. Et l'élucidation de cette énigme conduira un des juges sur le siège du défunt. Une rude compétition peut commencer, où tous les coups bas sont permis, des coups bas qui, s'il n'avait pas été intéressé par ce petit travail intellectuel et qu'il n'était pas là sur l'ordre se son supérieur, auraient tôt de faire déguerpir Ti...

Nous voici entraîné dans un petit polar fort sympathique, empreint d'un humour latent que la situation, des petits potentats locaux se tirant dans les pattes, dans un univers somme toute fort sympathique. L'univers est assez bien décrit, même s'il paraît qu'à côté de Van Gulik, ça fait pâle figure. C'est un polar à l'ancienne, très agréable à lire et qui me donne envie de me plonger dans l'œuvre de son prédécesseur avec De l'or sous les Tang.

jeudi 13 novembre 2008

El Desdichado

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule
étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le
Soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La
fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s’allie.


Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;

J’ai rêvé dans la grotte où nage la syrène…


Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.



Vous devez très certainement vous demander: mais pourquoi nous boursoufle-il les oreilles avec ce sonnet abscons de Nerval? Pourquoi? Pour l'intrigue... Car c'est l'intrigue d'un roman de Fred Vargas: Sans feu ni lieu .

Pourquoi Louis Kehlweiler dit l’Allemand, Marc, Lucien et Mathias, les « Évangélistes » de Vandoosler le Vieux, tiennent-ils à sauver Clément Vauquer, vingt-neuf ans, traqué par toutes les polices de Nevers et de Paris, un détraqué accusé des assassinats effroyables d’au moins deux jeunes femmes ? Peut-être que la réponse est dans ce poème...

Un nouveau polar de Fred Vargas - je les dévore en ce moment - avec, comme toujours, une écriture coupée au couteau: décalé, absurde, drôle et parfois tendre pour une histoire rondement menée.

Os

Embusqué sur le banc 102, place de la Contrescarpe, pour une sombre affaire politique, celui de la Contrescarpe, Louis/Ludwig Kehlweiler, dit « l’Allemand », ancien flic de l'Intérieur maintenant à la retraite , mais encore tracassé par quelques affaires qui le suivent, avise une drôle de « bricole » blanchâtre égarée sur une grille d’arbre, lavé par l'orage de la veille…

Ce petit bout d’os humain – car il s’agit bien de cela, la dernière phalange d'un orteil provenant d'un individu de sexe féminin ayant séjourné dans les intestins d'un chien – l’obsède. Pour lui, il n'y a aucun doute, le corps auquel appartient ce morceau d'os, doit pourrir dans un coin. Mais où? À Paris? Dans la banlieue? Ou à des milliers de kilomètres de là? Cette obsession lui fait oublier ses enquêtes parisiennes. À force de ténacité, il remonte la piste jusqu'en Bretagne et atterrissent dans un bled où Louis va retrouver son passé, un village perdu au bout de la Bretagne, entraînant avec lui Saint Marc, l'un des évangélistes de Vandoosler.

Fred Vargas est une vraie maîtresse de l'intrigue à la française: enchevêtrée, trouble, complexe, original, drôle, absurde... et partant une origine des plus banales, un simple bout d'os déféqué par un chien. Et elle nous fait suivre ce petit bout d'os des grilles d'arbre de la capitale jusqu'à une grève bretonne. Comme toujours, des personnages hauts en couleur, des descriptions et des dialogues très travaillés... Une belle réussite.

lundi 10 novembre 2008

Les trois évangélistes

Marc Vandoosler a le front appuyé à la grille d'une vieille bâtisse abandonnée du Vème. Il est dans la merde: universitaire sur le déclin (historien médiéviste), divorcé, sans le sous, en fin de bail, un vieil oncle à charge, un ancien flic pourri... Il a trouvé un bon plan, cette vieille bâtisse à louer pour une bouchée de pain, mais dans sa situation financière, il lui manquait encore les deux tiers du loyer. Il pense à deux autres connaissances, Matthias, un paléontologue, et Lucien, un fêlé de la Grande Guerre. Normalement, ça ne fait pas bon ménage, ces mélanges de périodes historiques, mais ça le fait bien marrer de voir ces deux anciens acolytes dans une merde aussi grande que la sienne. Les trois acolytes emménagent dans "la vieille baraque pourrie" avec le vieux Vandoosler, qui les appelle affectueusement, saint Marc, saint Matthieu et saint Luc, les trois évangélistes.

Tout commence avec un arbre, un jeune être, qui a poussé une nuit dans le jardin d'une vieille cantatrice, Sophia Simeonidis. Elle se résigne à demander à ses nouveau voisins qu'elle espionne depuis quelques temps de creuser une tranchée sous l'arbre, contre 30 000 francs, pour voir s'il ne cacherait pas quelque-chose: un cadavre peut-être? Peu après, la cantatrice disparaît, mais sa nièce, arrivée à qui arrive à Paris peu après sa disparition ne veut y croire; et les évangélistes décident de mener l'enquête. Début de l'histoire.

C'est le second Vargas ("Debout les morts") dans lequel je me suis plongé. Malgré la mauvaise critique, j'ai beaucoup aimé. Les personnages sont originaux, certaines scènes sont ubuesques, l'intrigue cherchée et pleine de rebondissement, malgré quelques longueurs. La fin est impossible à prévoir (Connaître la fin dès les 100 premières pages, c'est une chose qui m'énerve souvent dans les polars et qui m'avait détourné de ce genre).

Un bon livre, qui se lit bien, et qui m'a incité à continuer sur un troisième tome...

lundi 3 novembre 2008

La Porte de la Paix Céleste, Shan Sa

La porte de la paix céleste, ça ne vous dit rien? Allez, faites un effort: en chinois, ça se dit Tien'Anmen...

Zhao le soldat, autodidacte inflexible dévoué au régime, et Ayamei la révoltée, chef de file du mouvement étudiant, courent dans les rues sombres de Pékin. La Place de la Paix céleste est couverte du sang des étudiants. Du sang des enfants de la Chine moderne, élevés dans l'idéologie étouffante du régime maoïste. Ayamei se cache, quitte Pékin, parcourt des milliers de kilomètres, fuit vers la montagne. Inlassablement Zhao suit sa piste. Son acharnement est à la mesure de sa foi dans le régime : aveugle et sans limites. Mais au long du chemin, le soldat tombe sur différents écrits que la jeune fille sème derrière elle. Au terme de cette longue traque, Zhao se laissera-t-il contaminer par la beauté et la poésie ou choisira-t-il d'ignorer la voie qu'Ayamei est en train de découvrir ?

Voici un livre que je voulais lire depuis un certain temps. Une fois encore, Shan Sa nous emmène au beau milieu d'une période trouble de l'Histoire de Chine, le mouvement du 4 juin, qui a vu une manifestation étudiante se faire réprimer dans le sang. Ce livre nous parle d'un événement qui a marqué la vie de Shan Sa:
"Après l’événement Tian An Men, j’ai choisi de renaître en France."

Les mêmes éléments que dans la Joueuse de Go sont rassemblé dans cette traque. Le destin de deux jeunes gens que tout oppose, pour ne pas dire tout affronte, et l'alternance des points de vue au fil des chapitres. On s'attache aux deux jeunes gens dont on sait qu'ils ne pourront se rencontrer que dans la douleur. Même si nous euopéens, nous ne pouvons que prendre partis pour la belle Ayamei, avec tout ce que sa cause puis sa fuite a d'héroïque et de romantique, il nous est impossible de ne pas comprendre le jeune soldat.

Ce livre est une pure merveille que je recommande, à tous ceux qui veulent voir la chine par l'autre bout de la lorgnette, et à tous ceux qui aiment les amours poétiques impossibles .

Ce livre a reçu le prix Goncourt du premier roman en 1998.
Elle nous parle de son livre ici.

mardi 21 octobre 2008

Des chrétiens et des maures: Daniel Pennac

Un matin, le Petit a décrété: "Je veux mon papa." Il a repoussé son bol de chocolat et j'ai su, moi, Benjamin Malaussène, frère de famille, que le Petit n'avalerait plus rien tant que je n'aurais pas retrouvé son vrai père. Or, ce type était introuvable. Probablement mort d'ailleurs. Après deux jours de jeûne le Petit était si transparent qu'on aurait pu lire à travers. Mais il repoussait toujours son assiette: "Je veux mon papa."

Tant que le petit voulait son papa, il n'y avait rien de grave, quoique cela pouvait être surprenant dans la Famille Malaussène. Il y avait dans cet indicatif une simple demande. Mais cet indicatif s'est transformé en conditionnel, et Benjamin, quoiqu'habitué à sa famille exceptionnelle, prend peur... Je préfèrerais mon papa! Cette ordre poli mais intransigeant lui fait craindre que son jeune frère ne soit atteint de Bartelbisme... les faits lui donnant de plus en plus raison.

Alors, aidé de son ami Loussa de Casamance, un lettré sénégalais spécialiste de littérature chinoise, il va partir dans ses souvenirs à la recherche du père du Petit, entre mafia, grabat, ténia et littérature.

Ne vous fiez pas au nombre de pages, cette minuscule nouvelle est du très grand Pennac, du très grand Malaussène. On se laisse charmer dès la première page, et on est déçu à la dernière, déçu que ça se finisse déjà! Avec un clin d'oeil à un autre grand écrivain, Jerome Charyn... Un livre que je relis tous les deux ans... Si vous ne connaissez pas la famille Malaussène, courrez lire cette nouvelle fraîche et pleine d'humour.

Notez que le clin d'oeil a été rendu par Charyn dans son roman, Appelez-moi Malaussène, que j'ai hâte de trouver et de lire...

mardi 30 septembre 2008

La Chanson de Charles Quint : Erik Orsenna

Dimanche soir, en ramenant mes parents Gare de l'Est après un rare Week-End en famille, Célia ne m'a pas permis d'emprunter les raccourcis habituels, m'entraînant à travers la salle des pas perdus en direction de... la librairie Payot. En entrant, tout en répétant dans ma tête Non! Tu n'achètera pas de livre! Non! Tu n'achètera pas de livre!, je suis tombé au beau milieu des sorties littéraires sur le nouvel Orsenna. Et je l'ai acheté... (enfin Célia me l'a acheté donc ça ne compte qu'à moitié)

Je pense qu'il ne faut pas préciser qu'Orsenna est l'un de mes auteurs préférés comme peu d'autres. Et je tombe sur une sortie littéraire dont je n'avais pas entendu parler? Malgré mes accès privilégiés à la base Electre? Non, c'est pas possible! Date de parution: mars 2008... Mars 2008? Il y a quelque chose qui cloche... Depuis un an que je suis différents blogs littéraires, il me semble qu'il n'y a que peu de sortie littéraire important qui me soient totalement inconnues... Et pourtant ce roman est totalement passé sous silence. Il me faut dès à présent réparer une telle injustice...

Ils étaient deux frères. Le cadet n’avait eu qu’un amour. Un seul amour depuis la jeunesse. Un amour un moment parti. Et puis revenu. Et puis épousé, trente ans plus tard, pour entrer ensemble dans la vieillesse. Peut-être aussi pour regarder avec moins de vertige le temps qui s’en allait ? L’aîné, dans ses jours les plus optimistes, se persuadait que lui aussi avait aimé. Était-ce sa faute si cet amour, la force d’amour qu’il portait en lui, s’était morcelé en de multiples, trop multiples visages, en de divers, trop divers et trop semblables corps ? Les autres jours, tous les autres jours et toutes les nuits, sans exception, il savait qu’il n’avait pas aimé. Ainsi vivaient les deux frères, dans la même ville mais chacun d’un côté du fleuve : le frère à l’amour morcelé (l’aîné) et son cadet (le frère à l’amour unique).

Ce livre est une histoire d'amours. L'amour fraternel que porte Erik Orsenna a son frère, difficile, antagoniste, mais toujours présent. Et l'amour qu'il porte à son soleil, rencontré après de longues années d'errance et d'amour morcelé, de rencontres passagères. Mais cette femme est morte seulement quatre ans après leur rencontre.

Comment vous expliquer d'un mot, vous qui ne l'avez pas connue ? Comment la saluer au plus juste, maintenant qu'elle n'est plus. Quel portrait d'elle puis-je toujours garder sur moi, que personne ne me vole, et pas même la vie qui passe ? J'ai cherché des ressemblances parmi les êtres humains, parmi les animaux et les plantes.

Et je n'en ai pas trouvé.
J'ai dû regarder ailleurs.
J'ai dû lever haut les yeux.

Cette femme était un soleil.

Dans ce roman, Orsenna rend hommage à cette femme qu'il a tant aimé. Il nous raconte son passé sans elle, son passage si fugace dans sa vie. Il nous conte sa mort, la déchirure, la longue recherche du fantôme de son aimée, tout autour de la terre, dans toutes les religions, les sciences... Et ce deuil qu'il n'arrive pas à commencer. Il nous raconte la persistance rétinienne où il voit encore sa femme. Qu'il va finalement croiser au détour d'une salsa. Et finalement le retour à la vie, entouré de ses amis qui essaient de le reconstruire.

Ce roman est une merveille... Émouvant, tendre, plein d'émotion, d'humour et d'auto-dérision. Et écrit avec cette langue toujours si belle, imagée, poétique, où l'on a l'impression que chaque mot est à sa place et que l'on aurait pu y mettre aucun autre. Je l'ai littéralement dévoré... Et j'ai adoré...

lundi 21 janvier 2008

Die Gedanken sind Frei : Tomi Ungerer

Tomi Ungerer est Alsacien, comme vous-mêmes êtes Breton, Parisien, Basque, Québécois, Ch'timi ou Berrichon. Ça paraît simple, et pourtant c'est très compliqué. Car après la guerre de 1870, l'Alsace a été annexée par l'Allemagne. Après la victoire de 1918, elle est redevenue française. Mais suite à la débâcle de 1940, elle est redevenue allemande. Et en 1945, française à nouveau. Tomi a huit ans quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Du jour au lendemain, il doit changer de nom, parler allemand, écrire en Sütterlin (cursive gothique), faire un dessin raciste pour son premier devoir nazi. Il obéit, il s'adapte. Il devient un caméléon : Français sous son toit, Allemand à l'école, Alsacien avec les copains. Heureux, quoi qu'il arrive. A la maison, sa mère, fantasque, chaleureuse et rusée, veille. Elle l'encourage à dessiner et à écrire, à rire et à faire rire, à déployer tous ses talents. Toute sa vie, elle a conservé les cahiers, les croquis, les devoirs, le journal intime de son fils, les affiches de l'époque. Ce sont ces archives incomparables qui ponctuent et réveillent les souvenirs de guerre de Tomi Ungerer.

Voici un livre que j'ai vraiment envie de vous présenter. On connait tous Tomi Ungerer comme un merveilleux dessinateur de livres pour enfants, aux histoires drôles et loufoques. Mais quand Tomi nous raconte ses mémoires de l'occupation, il nous offre, sans renoncer à son humour bien alsacien, un texte réaliste et critique sur l'annexion de l'Alsace pendant la Seconde Guerre Mondiale. Avec ce texte, il a voulu expliquer aux français, aux allemands et aux américains, ses trois patries, ce qu'était pour de vrai cette période de souffrance pour les alsaciens. Il ne l'a donc pas fait traduire. Il l'a réécrit trois fois, pour que chacun puisse avec son vécu prendre bien en compte la réalité de cette période. Trois livres donc, à choisir selon par quel bout de la lorgnette on veut apercevoir cette période (français, allemand, étranger):
  • "A la guerre comme à la guerre",
  • "Die Gedanken sind frei : Meine Kindheit im Elsass" (On est libre de penser : mon enfance en Alsace), celui que j'ai lu
  • "Tomi : A Childhood under the Nazi" (Tomi, une enfance sous le régime nazi).
Tomi Ungerer donc est ce jeune garçon à la plume facile et réaliste. De plus il possède un bon coup de crayon et croque tous ceux qui passent autour de lui. Ainsi nous découvrons les divers changements de l'Histoire, à l'endroit où on les a le plus ressenti, et nous voyons comment un garçon de huit ans se voit forcé de devenir allemand, ce tout le monde refuse, lui-même, sa famille, ses amis et les autres alsaciens, et de devenir un bon citoyen du Reich.

On voit surtout ce qu'ont dû vivre les Alsaciens : interdiction de parler français, interdiction de parler alsacien (bien que ce soit l'un des dialectes germaniques à la base de l'allemand moderne), interdiction de posséder tout ce qui pourrait rappeler la période française. Apprentissage forcé de la langue, d'une écriture plus en vogue depuis des siècles mais remis au goût du jour par les nazi, le sütterlin et les runes germaniques, enrôlement dans les Hitlerjugend (jeunesse hitleriennes), propagande, repression , traque des juifs....

Plus que des mémoires, ce livre est un recueil de souvenirs d'enfants et de ses premiers vrais dessins, qui datent justement de la guerre. Ils nous montrent un réalisme et un esprit critique hors du commun pour un enfant de 8 à 12 ans.

Un livre parfois noir, parfois très drôles, pimenté de cet amour léger et taquin bien alsacien, parfois un peu puéril, parfois très mature, parfois très critique... et surtout très vrai. Je pense que c'est le meilleur livre pour se rendre compte de ce qu'était l'occupation en Alsace. Un témoignage poignant.

Le titre du livre, "Die Gedanken sind Frei", est le titre d'une chanson populaire allémanique interdite par le régime nazi à cause de ses paroles : les pensées sont libres.

dimanche 20 janvier 2008

Des Femmes qui tombent : Pierre Desproges

Que se passe-t-il à Cerillac, "pittoresque bourgade aux confins du riant Limousin et du verdoyant Périgord" ? Depuis quelques jours, les femmes de la région sont victimes d'un étrange tueur en série. Rien ne relie les victimes à part que se sont des femmes et qu'elles vivent à Cérillac. Pas même le modus operandi. Une vieille merciaire communiste à tendances stalinienne depuis la répression du printemps de Pragues, une kinésithérapeute, une secrétaire de mairie tyrannique et castratrice avec tout le village, quatre femmes d'une famille bourgeoise... Et toutes la population est aux abois, sans compter les journalistes et petit politiciens qui accourent.

Par petits chapitres ressemblant à de petits sketch qui permettent de faire avancer l'histoire, L'auteur nous entraîne dans une histoire délirante. Comme d'habitude, il manie le verbe et le cynisme avec brio. On retrouve l'écriture recherchée, riche et caustique de ses sketches des années 80, comme les Chroniques de la Haine Ordinaire, avec le même cynisme grinçant et la même critique du petit français moyen, le même amour de la langue et de ses richesses, la même culture qu'il met au profit de l'humour. Mais Pierre Desproges n'est pas un grand scénariste, c'est un maître de l'humour caustique et du comique de situation. On accroche très vite à l'intrigue et on veut savoir la suite, mais au final, la chute ne tient pas la route. L'histoire aussi est un peu datée et on ne retrouve pas l'universalité des Chroniques ou des Réquisitoires.

Mais même sans être un chef-d'oeuvre, ce petit roman, son unique roman, reste un grand moment pour les amateurs de Desproges. Je conseille toute fois à celui ou celle qui aimerait découvrir Desproges de commencer par les Chroniques de la Haine Ordinaires, transcrites en version papier aux éditions Seuil/Points.

Quatrième de couverture:

Après avoir lu ce livre, mon éditeur, ma soeur, ma femme me demandent pourquoi l'aubergiste Gilberte a la tête enfermée dans un sac en plastique. Je réponds que je n'en sais rien. Peut-être s'agit-il d'un ultime geste de coquetterie assez compréhensible de la part d'une femme que l'on devine accorte mais pudique et qui aurait jugé inconvenant de montrer une langue pendante au premier découvreur de cadavre venu?
Mais peut-être pas.

C'est un mystère.

Il faut parfois laisser traîner des mystères à la sortie des livres.
Aux derniers chants de l'Odyssée, qui célèbrent le retour à Ithaque, l'auteur n'évite-t-il pas, avec quelque délicatesse, de s'étendre sur la surprise d'Ulysse décelant l'odeur d'after-shave au fond du lit conjugal enfin retrouvé? Le lecteur aura compris que ce livre, des femmes qui tombent, est en réalité un humble mais profond hommage rendu à Homer et à sa cécité.

L'Auteur

dimanche 13 janvier 2008

Neige : Maxence Fermine


Yuko Akita avait deux passions.

Le Haïku
Et la neige.

Les haïku, ce sont ces courts poèmes japonais en trois vers et dix-sept mores, dix-sept syllabes japonaises, pas une de plus, pas une de moins. En avril 1884, le jour de ses dix-sept ans, contre l'avis de son père qui lui donne le choix entre la prêtrise, comme son père, son grand-père et tous les hommes de sa famille, ou la guerre, Yuko lui décide de consacrer sa vie à la poésie et aux haïku.


Vent hivernal
Un prêtre shintô

Chemine dans la forêt
Issa

"Je veux apprendre à regarder passer le temps" . Et il passa son temps de cette façon pour célébrer la beauté de la neige, très originaux et mélodiques mais dénués de couleur. Afin de parfaire son art et apprendre à mettre de la couleur dans ses poèmes, il va suivre l'enseignement de Sôseki, un homme qui possède l'art absolu.

Froid perçant
Je baise une fleur de prunier

En rêve
Sôseki

Les deux hommes se lient d'emblée, sans qu'on sache lequel des deux apportent le plus à l'autre. Dans cette relation faite de respect, de silence et de signes, l'image obcescente d'une femme disparue sous la neige réunira les deux hommes.

Neige limpide
Passerelle du silence

Et de la beauté

Dans une langue concise et épurée digne des grands écrivains japonais du XXe siècle (Tanisaki, Inoue...), Maxence Fermine nous propose un roman initiatique dans le Japon des grands maîtres du haïku. Un petit livre plein de poésie, de charme, de simplicité et de blancheur, qui aura fait couler beaucoup d'encre sur la blogosphère, et non sans raison. Au delà de la mode actuelle des haïku, ces poèmes japonais minimalistes et pleins d'émotions et de sensations, c'est un livre magnifique, éloge de la poésie japonaise, du blanc, de la neige.

Un bon moment de lecture, beaucoup trop court...

Les poèmes sont tirés du livre

Voir les avis de Loutarwen, Kalistina, Lancelot, Un blog pour qui, pourquoi?, Paule...

mercredi 2 janvier 2008

Histoire du monde en neuf guitare : Erik Orsenna

Un jeune homme entre dans la boutique d'un luthier : c'est pour vendre la guitare qu'il vient de recevoir en héritage de son oncle. Le Luthier lui conseille : "mais non, mais non... jeune homme, tentez donc l'aventure. C'est un si bel instrument, sensible, discret, ancien et moderne à ta fois. Mettez-vous au travail. Ne la vendez pas déjà."

Le jeune homme approche la guitare, il la touche et commence à en rêver la nuit. Chaque songe va lui faire va le mener à une autre période de l'histoire du monde et de la guitare. Car la guitare a suivi les hommes dans leurs péripéties au fil du temps. Des pyramides d'Egypte aux derniers temps de l'empire inca, de la cour de Louis XIV aux champs de coton du vieux Sud américain, des doigts de Django Reinhardt à ceux de Jimi Hendrix, en passant par Villa Lobos, Joao Gilberto, Segovia, Salif Keita... Elle connaît toutes les musiques et sait dire tous les sentiments.

Je crois que je n'ai jamais lu sur la blogosphère personne qui ait aimé ce livre. Seulement des avis négatifs. Mais qu'importe, parce que moi, j'ai aimé ce voyage bien installée sur les notes d'une guitare. On entend la musique, vraiment... On ressent la musique, le bois de l'instrument vibrant entre nos bras. La guitare est une amante qui nous aime si on l'aime en retour: douce mais parfois capricieuse...

Bref, un charmant petit conte, où résonne l'amour de la musique. Le langage est très simple... c'est Orsenna! Et j'aime beaucoup ce qu'il fait, de façon générale!