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dimanche 17 février 2008

Otto, autobiographie d'un ours en peluche : Tomi Ungerer


Peut-on parler de la guerre à un enfant? C'est difficile... Mais Tomi Ungerer a réussi. Le livre que je vous présente n'est pas un livre jeunesse comme les autres, un livre d'image à laisser dans les mains d'un enfant. C'est un livre à lui lire et à lui expliquer...

C'est un récit rétrospectif. Vers la fin de sa vie, une fois que la boucle est bouclée, un ours en peluche décide de nous confier son histoire et d'écrire son autobiographie.

"J'ai compris que j'étais vieux le jour où je me suis retrouvé dans la vitrine d'un antiquaire. J'ai été fabriqué en Allemagne. Mes tout premiers souvenirs sont assez douloureux. J'étais dans un atelier et l'on me cousait les bras et les jambes pour m'assembler[...]". Ainsi commence l'histoire.

On retrouve les principaux thèmes de Tomi, son incompréhension face à l'exclusion (déportation, guerre, pauvreté...) Pourquoi l'histoire est-elle racontée par un ours? Peut-être pour que les enfants comprennent que tout ça n'est pas si loin, même si ça semble fou, impossible. Peut-être que cette histoire a été écrite trop tard, que les principaux témoins sont en train de partir. Peut-être que c'est justement le moment afin que les enfants n'oublient pas. Ce livre est recommandé par l'Education Nationale pour les 9 à 11 ans.

Elle finit par : "[...]J’ai écrit cette histoire en la tapant comme je pouvais sur la machine à écrire de David. Et la voici…"

Une histoire dure, mais qui, au final, laisse une belle lueur d'espoir pour l'humanité. Et c'est tout ce que je vous dévoilerais...

vendredi 15 février 2008

La formule préférée du professeur : Ogawa Yôko

Je viens de finir une nouvelle cure d'Ogawa de 5 jours. Trente minutes d'exercice de lecture matin et soir. Cette fois-ci c'était la formule préférée du professeur (博士の愛した数式 - le théorème préféré du professeur), une magnifique histoire d'amitié originale autour du base-ball et de la magie des mathématiques.

La magie des mathématiques, je connais. Comme une minorité d'étudiants, j'ai usé mes pantalons sur les bancs des classes préparatoires aux grandes écoles. Personnellement, c'était au lycée Kleber à Strasbourg. Maternelle supérieure et maternelle spéciale comme disent certains...
Mais pour appréhender ce livre, pas besoin d'être passé par ces classes maternelles un peu spéciales...
L'histoire :

Une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d'une soixantaine d'années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l'autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes.

Devenir aide ménagère chez quelqu'un qui a une mémoire de 80 minutes, quoi de plus déroutant. Comment appréhender cet employeur étrange, autant qu'un mathématicien sait l'être***, aux méthodes vestimentaires étranges, cf. ***, qui porte des notes accrochées à des pinces sur sa veste pour se souvenir des choses importantes, cf. ***, qui a perdu toute mémoire de votre existence si vous vous êtes absenté plus d'une heure et demi...

Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter, mais c'est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d'attention qu'elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans.

Commence alors entre eux une magnifique relation d'amitié. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-ball, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur (la formule d'Euler)...

Mon avis :

Une histoire magnifique. On est loin de la sensation de malaise latente que nous offre Ogawa dans ses précédentes nouvelles. C'est ici une véritable histoire d'amitié, une relation complexe car limitée par ce problème d'amnésie. Le professeur est un personnage tellement attachant. Il sait tellement bien parler de ses deux passion, les mathématiques et le baseball, surtout de son idole Yutaka Enatsu.

Car l'auteur sait nous faire partager cet amour des nombres, de leur mystère et de leur poésie, car ce n'est pas de mathématique qu'il est question ici (pas besoin de connaissance en mathématiques, un niveau moyen de cinquième suffit pour suivre les quelques raisonnement qui sont livrés dans ce livre), mais bien d'amour des mathématique, que l'on rencontre chez beaucoup de mathématiciens (et j'en ai rencontré plusieurs au courant de ma vie). Un livre qui d'après moi pourrait réconciler les plus grands écœurés des problèmes du collège avec la beauté des nombres.

Un livre que j'ai adoré, et que je vous recommande.

Au japon, il a reçu le prix littéraire de Yomiuri, le prix Hon'ya Taisho, i.e. le prix des libraires au Japon, en 2004. Au japon une adaptation cinématographique est sortie en 2006 (pas de date prévue en France).

Les avis de Flo, Papillon, Cécilia lit et Chimère
Et si vous n'êtes pas tout à fait convaincu, voici un extrait, proposé par l'éditeur...

jeudi 7 février 2008

La joueuse de go : Shan Sa

L'histoire:

Elle a seize ans et est lycéenne. Jeune manchoue, insouciante, curieuse, une adolescente libre. Sa passion, le jeu de go, auquel elle joue tous les soirs après la classe sur la Place des Mille Vents. Lui est un jeune officier japonais, affecté en Manchourie. Il est aussi un fervant joueur de go. On est en 1932, en Chine Extérieure (Manchourie), où s'est réfugié le dernier empereur de Chine qui s'est allié aux japonais contre les nationalistes de Tchang Kai Tchek et les révolutionnaires communistes.

Sur fond de guerre sino-japonaise, le destin de ces deux jeunes gens va se mêler autour d'un go-ban. Tour à tour, dans on se retrouve dans la peau de chacun des protagonistes, elle la jeune fille en proies de ses demons de jeunesse (amours, sexualité, idéaux...) dans une société chinoise encore traditionnaliste et lui le militaire envoyé espionner sur la Place des Milles Vents qui commence à ne plus comprendre cette guerre dont il est le pion. Une attirance impossible va se nouer entre eux...

Extraits :

Au loin, une jeune femme occupée à jouer contre elle-même. Chez nous, il est impensable qu'une femme demeure seule dans un lieu fréquenté par les hommes. Intrigué, je m'approche. Elle est plus jeune que je ne l'imaginais, et porte une robe de collégienne. La tête appuyée dans le creux de sa main, elle est plongée dans sa réflexion. Sur le damier, les pions placés avec intelligence m'incitent à un examen plus attentif. Elle lève la tête, front large, yeux bridés comme deux feuilles de saule délicatement dessinées. Je crois voir Lumière à l'âge de seize ans. Cette illusion s'évanouit aussitôt. L'apprentie geisha avait la beauté timide, recroquevillée. La Chinoise m'observe sans rougir. Chez nous, l'élégance est pâle et les femmes fuient la soleil. À force de jouer en plein air, la gamine a le visage nimbé d'un charme étrange. Son regard atteint mes prunelles savant que je ne baisse les yeux. Elle m'invite à une partie de go. Je fais le difficile pour rendre mon rôle plus crédible. [...]

La Chinoise n'aime pas le bavardage. Elle ne me pose aucune question et me presse de commencer. Dès son premier coup, elle impose un jeu pervers et extravagant. [...]

Mon affectation en Chine m'a permis de comprendre la grandeur et la misère du soldat. Conduit par l'ordre, il se déplace en ignorant la direction et le sens de sa marche. Un pion parmi d'autres. Il vit et meurt, anonyme, pour la victoire du Tout. Le go me transforme en état-major qui manie ses hommes avec froideur. Les pions progressent. Beaucoup sont condamnés à périr encerclés au profit d'une stratégie.
Leur trépas se confond avec celui de mes camarades.

Avis :

Ce roman est une merveille. J'ai adoré l'histoire, l'écriture, le toubillon des points de vue, le souvenir du go auquel je jouais parfois en prépa... Je ne dirais pas grand chose d'autre que Lisez-le! C'est à nouveau, en cette année qui commence, un véritable coup de coeur...

Ce roman a été déjà souvent lu et commenté sur la blogosphère. Retrouvez les avis de Stéphanie, La Conteuse, Kalistina, Essel, BMR&MAM.

Le roman a reçu le prix Goncourt des lycéens en 2001.

samedi 2 février 2008

Passage en bibliothèque I

Nouvelle visite à la bibliothèque Fessart. J'avais en effet fini mes emprunts mercredi soir. Voici donc ma nouvelle liste d'emprunts, donc bientôt de nouvelles lecture:
  • Abandons : Kawakami Hiromi
  • La joueuse de Go : Shan Sa
  • La formule préférée du professeur : Ogawa Yôko
  • Otto, Autobiographie d'un ours en peluche : Tomi Ungerer
  • Peter Pan, Londres, Loisel
Comme vous voyez, cette fois-ci, il n'y a pas que des livres: une BD et un livre pour enfant au menu de mon Challenge ABC 2008.

Un peu plus tôt dans la journée, j'étais passé à la Marissal Bucherei, une librairie allemande entre le troisième et le quatrième arrondissement de Paris (juste à côté de Beaubourg). En effet, au programme de mon Challenge se trouve les 24 heures dans la vie d'une femme. Et là-bas, j'ai eu une bonne surprise, je suis tombé sur un recueil des principales nouvelles de Zweig en allemand, dont Amok (der Amoklaufer), 24 heures dans la vie d'une femme (Vierundzwanzig Studen aus der Leben einer Frau), Lettre d'une inconnue (Brief einer Unbekannten)... Et plein d'autres...

Donc je vais me remettre un peu à l'allemand (j'y ai vécu en totale immersion, stage d'école d'ingénieur, pendant 4 mois l'an d'avant). Pour commencer, je viens de me plonger dans la Lettre d'une Inconnue. En effet, Caroline vient d'en faire une superbe critique, et ça m'a fait envie.

Donc plein de lectures en prévision pour ce mois de février qui commence. Sans compter ce qui me trouve déjà dans ma PAL et les livres que je ne vais pas pouvoir m'empêcher d'acheter, je me connais...

Et un post déjà en prévision : Le Vampire de Ropraz de Chessex que j'ai fini ce matin...

jeudi 31 janvier 2008

Les années douces : Kawakami Hiromi

Dans le bar où elle va boire un verre tous les soirs après son travail, Tsukiko rencontre par hasard, son ancien professeur de japonais, matière où elle n'a jamais excellée. Elle, célibataire endurcie, ayant gardé d'une certaine manière sa mentalité d'adolescente, lui, qu'elle appelera toujours "le maître", veuf depuis de longues années, vont s'y croiser régulièrement. Et lentement, au fil de ces rencontres jamais programmées, une relation étrange va se tisser entre eux.

Ce livre n'est pas une histoire continue, c'est une série d'anecdotes puisées dans leurs nombreuses rencontres, qui nous invite à une douce promenade dans le Japon moderne, avec en thème de fond la cuisine japonaise, le saké et la douceur de vivre du quotidien où il ne se passe pas grand chose, mais où ces petits riens participent au bonheur de vivre et nous bercent tout au long du roman. Car il ne se passe au final presque rien dans ce roman. Et pourtant, cette histoire est si simple qu'il est difficile de dire pourquoi on ne peut la quitter. Un livre délicat, poétique, sensuel, et d'une gourmandise débordante...

Ce livre a reçu le prix Tanizaki en 2000.
Voir aussi les avis de Yueyin, Allie, Papillon, BMR&MAM et Xavier Plathey

vendredi 25 janvier 2008

La Grossesse : Yôko Ogawa

Ma cure d'Ogawa continue. Il faudra que je passe un de ces quatre en bibliothèque pour faire renouveler mon ordonnance... Peut-être la formule préférée du professeur? Mercredi soir, j'avais fini La Grossesse... J'ai mis du temps à écrire ce post. Mais peut-être est-ce mieux... D'y repenser à tête reposée...

Histoire :

Depuis le début de la grossesse de sa sœur, la narratrice consigne dans un journal les moindres transformations physiques de la future mère. Et quand celle-ci, passé la période des nausées, retrouve un appétit vorace, elle s'empresse de lui préparer des marmelades de pamplemousses, dont elle la régale et la gave à plaisir. Peu à peu la peau, peut-être toxique, et la chair des fruits viennent se mêler, dans son esprit, à l'effervescence mystérieuse du mystère de la gestation.

Commentaire :

J'ai donc continué ma cure d'Ogawa par "La Grossesse". C'est un livre très dérangeant qui nous entraine dans une atmosphère mièvre et malsaine, presque morbide. Comme dans de nombreux livres d'Ogawa, au fil des pages, une espèce de malaise prend le lecteur, qui ne disparaît pas avant la dernière page.

Dans ce livre, deux aspects sont traités. Tout d'abord le rapport à la nouriture, ce qui d'après moi est le point le plus important du livre. C'est par l'aversion pour toute odeur due aux nausées du début de grossesse, puis par la boulimie une fois les nausées passées et l'engraissement rapide (c'est vraiement le mot juste qui vient à l'esprit lorsqu'on lit le livre) que l'auteur nous dévoile les névroses d'une femme enceinte dépressive.

Le second aspect morbide se situe dans la description par la naratrice de la grossesse. Avec d'un côté la dépression prénatale de la femme enceinte et de l'autre l'incompréhension de la situation d'une fille dont les parents sont morts trop jeunes, élevée par sa soeur, mais qui ne semble pas avoir reçu les clefs pour apréhender sa féminité et le désir maternel, et qui maintenant semble un peu de trop dans cette nouvelle famille qui se construit, Ogawa nous dépeint une fresque morbide de l'attente d'un enfant.

Comme toujours, Ogawa pousse son récit jusqu'à l'obsession, au désordre mental. Car c'est un lien familial trop exagéré entre une jeune fillé et sa soeur enceinte qui nous est proposé par l'auteur. Elle maintient le propos entre ironie et cruauté, entre jalousie et dévouement, au bord d'un abîme où la vie menace d'engendrer la mort.

Nous avons longtemps discuté de cette nouvelle avec Loutarwen. Certes, pour tous les deux, cette nouvelle n'est de loin pas la meilleure d'Ogawa, même si elle a remporté en 1991 le prestigieux prix Akutagawa qui récompense les nouvelles et romans courts japonais. Mais je n'aurais pas un avis aussi négatif qu'elle sur cette nouvelle. Nous n'avons pas ressenti ni surligné les mêmes choses... Mais peut-être est-ce logique qu'on ait pas le même rapport à la grossesse? Alors à vous de juger...

dimanche 20 janvier 2008

Les abeilles : Yôko Ogawa

Pour rendre service à son cousin qui cherche une chambre pour ses études à Tôkyo, l'heroïne l'introduit dans son ancien foyer d'étudiant qu'elle avait quitté six ans auparavant. Mais aussitôt le jeune homme installé, elle est prise d'un malaise inexplicable. Dans les semaines qui suivent, à chacune de ses visites, saon cousin est invariablement absent. Et le directeur du foyer, un infirme auquel il ne reste qu'une jambe, se montre de plus en plus évasif, inquiétant, equivoque...

Un cousin qui disparaît, un autre étudiant qui aurait disparu il y a peu mais dont on ne retrouve aucune trace dans les journaux locaux, un directeur informe au comportement étrange et aux propos déplacés, par une succession de détails bien choisi, subtiles et inquétants, l'auteur nous fait entrer dans un univers mystérieux et angoissant, une espèce de malaise diffus dont elle a le secret. Comme si cette écriture sobre, simple, fine et épurée arrivait à faire peser les pires présomptions.

Ce n'est de loin pas le meilleur de ses romans, mais, en quelques pages, Ogawa réussit à mettre en place une atmosphère de malaise dont elle a le secret, et en cela, cette nouvelle vaut le coup.

Carte de bibliothèque

Ça faisait longtemps que je n'étais pas rentré dans une bibliothèque. Dans mon souvenir, c'était un lieu sombre, poussiéreux, qui sent le renfermé et plein de livres vieillots et sans intérêt qui datent des années 80 et que je n'aurais sûrement jamais lu, sur le modèle de la bibliothèque municipale de Guebwiller, ma ville natale.

Mais hier, poussé un peu par Loutarwen, j'ai décidé de passer le cap et rentrer à nouveau dans un de ces antres, pour m'inscrire (surtout que les bibliothèques municipales de Paris sont gratuites), au minimum pour rentrer voir de quoi il s'agit et s'il y a des livres intéressants. Et j'ai été agréablement surpris. J'ai trouvé pleins de livres que je veux lire: Kawabata, Ogawa, Murakami, Zweig, Ungerer, Orsenna, Kafka... uniquement à la bibliothèque Fessart, dans le XIXème, la plus proche de chez moi. Et j'en ai emprunté 3, après en avoir acheté tout plein vendredi soir (et oui, la chair est faible...):
Donc, comme vous vous en doutez, pleins de lectures en perspective, plein de commentaires et plein de visite en bibliothèque