lundi 4 août 2008

Incipit allemand

Laissez moi vous parler d'un texte que j'adore, certainement l'incipit le plus connu de langue allemande, celui de l'épopée germanique la plus connue, écrite au XIe siècle, alors que les langues n'étaient pas encore figées...


Uns ist in alten mæren, wunders vil geseit,
von heleden lobebæren, von grozer arebeit,
von freude unde hochgeziten, von weinen unde klagen,
von kuner recken striten, muget ihr nu wunder horen sagen.

C'est ainsi que commence le chant des Nibelungen, une vieille épopée transmise à l'orale pendant des générations, qui inspira tant de livres, d'opéras, de films... Alors suivez les aventures de Kriemild, Sigfried et tous ces héros qui ont tant fait rêver; et qui le font encore (un film sur leurs aventures est sorti il y a deux ans...)

Tant de merveilles nous sont racontées dans les légendes anciennes,
des histoires de nobles héros et de grands travaux,
des jours de joie et des festins, des pleurs et des peines,
des combats de braves paladins; voulez vous en entendre les merveilles?

N'est-ce pas que cela fait envie?

Bilan juilletiste

Après deux mois de silence radio, juillet a été chargé, en travail comme en lecture, à tel point que je suis sacrément en retard dans les livres que je voulais vous présenter:
  1. Robin Hobb: L'Assassin Royal, les trois premiers tomes:
    • L'apprenti assassin
    • L'assassin royal (commentaire à venir)
    • La nef du crépuscule (commentaire à venir)

  2. Janet Evanovich: les enquêtes de Stéphanie Plum
    • La Prime
    • Deux fois n'est pas coutume (commentaire à venir)

  3. Ogawa Yôko: Une parfaite chambre de malade suivi de La désintégration du papillon
  4. Shimazaki Aki: Mitsuba (commentaire à venir)
  5. Bi Feiyu: De la barbe-à-papa un jour de pluie (commentaire fait - c'est ici)
  6. Lao Tseu: Le Tao-Tö King (commentaire fait - c'est ici)
Comme vous voyez j'ai encore plus d'un livre dans ma manche...

J'ai aussi commencé à parler de thé sur ce blog, j'ai continué ma découverte des oolongs, j'ai fait une demande d'adoption pour une petite théière...

Un gros mois donc, mais pas de vacances à l'horizon, et j'espère avoir plus de temps le mois prochain pour m'occuper de ce journal de lectures et peut-être de dégustations de thé...

dimanche 3 août 2008

Cadeau d'arrivée pour une théière

Normalement, au courant de la semaine, ma petite chinoise va arriver à la maison... Une nouvelle théière, c'est pour moi de nouvelles envies de découvertes. Je me suis donc empressé de lui faire un cadeau de bienvenue... Ces derniers temps, mes envies de découvertes me tirent du côté des oolongs. Je pense que la forme en oeuf de ma nouvelle théière doit bien venir de là. Et je remarque qu'au final, je n'y connait pas grand chose.

Je suis donc passé hier après midi à la Maison des Trois Thés pour trouver un thé original. Où allez d'autre à Paris lorsqu'on a un besoin irrésistible de découverte? Alors fini Taïwan... Départ pour les théiers centenaires du Guandong et pour un Bai Ye Dan Cong (le n°2 de chez M3T...)

Ça fait longtemps que j'entendais parler de la M3T dans de nombreux blogs. Il y a un mois, j'avais dégusté le vrac 16, divin! Et j'avais acheté une galette de Ba Da Chun 2007, un jeune pu ehr cru qui m'accompagne depuis amoureusement chaque matin! J'avais déjà goûté des thés exceptionnels, mais là on entre dans une autre sphère... Ce thé, c'est comme mordre dans un fruit bien mûr... et même bien plus... Rien qu'à regarder les feuilles, le voyage commence: grandes, avec toutes les nuances entre l'orangé et le brun profond, presque carbonisé qui laissent entrevoir une odeur fruitée et un peu boisée. Lorsqu'elles entrent dans la théière chaude s'échappe une odeur de fruit de la passion acidulée

On commence par une première infusion à l'odeur et à la douceur d'un miel clair (type fleur d'oranger), au goût de zeste d'orange amer ou de yuzu, un peu de pêche et un soupçon de fruit de passion... Et déjà cette amertume douce des très vieux théiers solitaires... C'en est presque poétique... Dire qu'ils ont certainement vu l'assassinat de Henry IV?
Avec les infusion successives, c'est le fruit de la passion et un peu la pêche qui prend de plus en plus de place, comme une explosion exotique. L'amertume en toile de fond est tout à fait rafraîchissante et occulte l'extrême douceur de ce thé, laissant en bouche une belle rondeur fruitée très longue... Même 10 infusions plus tard... Une merveille...

J'ai hâte de pouvoir le présenter à ma nouvelle théière...
D'autres photos arriveront certainement très rapidement.

mercredi 30 juillet 2008

La désagrégation du papillon : OGAWA Yokô

Voici la nouvelle qui suit la parfaite chambre de malade.

Une jeune fille est se voit obligée de confier sa grand-mère dans une maison de retraite médicalisée, atteinte de démence sénile et n'arrivant plus à bouger, à s'occuper de soi. Elle se retrouve confrontée à un immense sentiment de culpabilité d'avoir abandonné sa sa grand-mère qui l'avait accueillie après la mort de ses parents. Et même la bienveillance du directeur de l'établissement ne lui rend pas moins difficile la séparation.
Cette longue dégénérescence de son aïeul qui a toujours été son point de repère dans la vie l'a fortement touchée, au point qu'elle a du mal à discerner ce qui est réellement la normalité et se lance dans un introspection. Son seul point d'ancrage dans cette douloureuse situation sont les premiers symptômes d'une grossesses (peut-être imaginaire) qui lui permet de reprendre un peu pied et d'effacer peu à peu l'absence de sa grand-mère.

Comme toujours , Ogawa nous offre une nouvelle très étrange, toujours entre rêve et réalité, une longue introspection écrite comme une longue descrition des sentiments intérieurs de la jeune fille, avec très peu de dialogue, et toujours ce sentiments de culpabilité qui mine la naratrice. Comme dans la chambre de malade, le sujet de cette nouvelle est le passage de la vie à la mort, l'accompagnement de la fin de la vie et le poids de l'absence.

Et toujours cette écriture parfaite, où rien ne manque, où rien ne dépasse de Yokô Ogawa, transpirant la douleur et la dureté du quotidien avec une douceur inouie et nous renvoyant à aux responsabilité qui seraient les notres dans de telles situation, comme ici la place des personnes agées dépendantes dans notre société... Ce n'est pas forcément la meilleure nouvelle d'Ogawa mais elle mérite vraiment d'être lue, si l'on aime le style de l'auteur.

mardi 29 juillet 2008

Un haïku de celui qui se voulait comme une bulle sur une tasse de thé

l'enfant voulait
entre ses doigts
saisir des gouttes de rosée

Issa

Le nom de plume que ce grand maître du haïku prendra signifie bulle sur une tasse de thé. En voyant le magnifique spectacle des billes roulant dans ma cruche, je comprends que le poète ait voulu immortaliser la beauté de ses poèmes par une telle beauté éphémère...

lundi 28 juillet 2008

Une parfaite chambre de malade : OGAWA Yokô

Lorsqu'on lit une nouvelle d'Ogawa, on est tout de suite frappé par cette atmosphère doucereuse qui raconte une vérité humaine grave et souvent tragique... Les personnages semblent survoler la scène, tout en étant fortement affligés. Une espèce de dépression latente, ou tout du moins un gros problème psychologique (autre point sur lequel l'auteur joue fortement). A leur place, on aurait envie de hurler notre douleur, notre malaise, il y a quelque chose qui cloche, qui semble anormal, inhumain, amoral... Et pourtant, est-ce vraiment ça la réalité, cette image bien figée de la bien-séance de la douleur. Ou bien Ogawa a-t-elle raison? Réagira-on comme on le pense face aux situations que nous dépeint l'auteur? Dans ces situations familiales tragiques, les personnages qu'elle nous décrit ont peut-être plus de réalité que nous...

Cette parfaite chambre de malade ne fait pas exception... Une jeune femme apprend que son petit frère de 21 ans, atteint d'une leucémie fulgurante, n'a plus qu'une année à vivre. Elle suit sa progressive et ineluctable dégénérescence et peu à peu elle découvre la force de cet amour fraternel qu'elle n'avait jusqu'alors jamais remarqué. Chaque jour, elle vient l'aider à manger, à s'apaiser et le regarder dormir. Et nettoyer derrière lui... Sa manie maladive de la propreté, sa phobie de la pourriture, provenant de l'horreur de voir sa mère s'enfoncer dans une maladie débilisante au point de laisser les légumes se décomposer dans la maison, font passer cette chambre d'hôpital pour un cocon de pureté originelle. Avec pour seule réconfort le jeune médecin qui s'occupe de son frère, beau comme un nageur (son premier amour était un nageur), dans les bras duquel elle finira par se laisser pleurer... Et toujours l'amour et la mort qui se rencontre à chaque coin de page, comme dans une ronde sans fin... enfin si, la mort inéluctable du frère...

Une nouvelle magnifique avec en toile de fond le douloureux passage de la vie à la mort. Et toujours cette écriture parfaite, où rien ne manque, où rien ne dépasse de Yokô Ogawa...

L'avis de Katell