jeudi 7 février 2008

La joueuse de go : Shan Sa

L'histoire:

Elle a seize ans et est lycéenne. Jeune manchoue, insouciante, curieuse, une adolescente libre. Sa passion, le jeu de go, auquel elle joue tous les soirs après la classe sur la Place des Mille Vents. Lui est un jeune officier japonais, affecté en Manchourie. Il est aussi un fervant joueur de go. On est en 1932, en Chine Extérieure (Manchourie), où s'est réfugié le dernier empereur de Chine qui s'est allié aux japonais contre les nationalistes de Tchang Kai Tchek et les révolutionnaires communistes.

Sur fond de guerre sino-japonaise, le destin de ces deux jeunes gens va se mêler autour d'un go-ban. Tour à tour, dans on se retrouve dans la peau de chacun des protagonistes, elle la jeune fille en proies de ses demons de jeunesse (amours, sexualité, idéaux...) dans une société chinoise encore traditionnaliste et lui le militaire envoyé espionner sur la Place des Milles Vents qui commence à ne plus comprendre cette guerre dont il est le pion. Une attirance impossible va se nouer entre eux...

Extraits :

Au loin, une jeune femme occupée à jouer contre elle-même. Chez nous, il est impensable qu'une femme demeure seule dans un lieu fréquenté par les hommes. Intrigué, je m'approche. Elle est plus jeune que je ne l'imaginais, et porte une robe de collégienne. La tête appuyée dans le creux de sa main, elle est plongée dans sa réflexion. Sur le damier, les pions placés avec intelligence m'incitent à un examen plus attentif. Elle lève la tête, front large, yeux bridés comme deux feuilles de saule délicatement dessinées. Je crois voir Lumière à l'âge de seize ans. Cette illusion s'évanouit aussitôt. L'apprentie geisha avait la beauté timide, recroquevillée. La Chinoise m'observe sans rougir. Chez nous, l'élégance est pâle et les femmes fuient la soleil. À force de jouer en plein air, la gamine a le visage nimbé d'un charme étrange. Son regard atteint mes prunelles savant que je ne baisse les yeux. Elle m'invite à une partie de go. Je fais le difficile pour rendre mon rôle plus crédible. [...]

La Chinoise n'aime pas le bavardage. Elle ne me pose aucune question et me presse de commencer. Dès son premier coup, elle impose un jeu pervers et extravagant. [...]

Mon affectation en Chine m'a permis de comprendre la grandeur et la misère du soldat. Conduit par l'ordre, il se déplace en ignorant la direction et le sens de sa marche. Un pion parmi d'autres. Il vit et meurt, anonyme, pour la victoire du Tout. Le go me transforme en état-major qui manie ses hommes avec froideur. Les pions progressent. Beaucoup sont condamnés à périr encerclés au profit d'une stratégie.
Leur trépas se confond avec celui de mes camarades.

Avis :

Ce roman est une merveille. J'ai adoré l'histoire, l'écriture, le toubillon des points de vue, le souvenir du go auquel je jouais parfois en prépa... Je ne dirais pas grand chose d'autre que Lisez-le! C'est à nouveau, en cette année qui commence, un véritable coup de coeur...

Ce roman a été déjà souvent lu et commenté sur la blogosphère. Retrouvez les avis de Stéphanie, La Conteuse, Kalistina, Essel, BMR&MAM.

Le roman a reçu le prix Goncourt des lycéens en 2001.

mercredi 6 février 2008

Neige d'été

Ca faisait longtemps qu'on était plus sorti, très longtemps même. En voyant l'affiche, on (Loutarwen et moi) a donc décidé de voir ce spectacle qui sera présenté pour Beijing 2008. En fait, on a assisté à la première. C'est donc en exclusivité que je vous livre mon avis, l'un des premiers sur internet.

L'histoire :

Une scène de théatre, un metteur en scène exubérant, une pièce d'opéra chinois, une passion pour la méditation, un pays qui pourrait être n'importe quel pays, un état totalitaire...

Une troupe de théatre est en train de répéter une adapation de l'opéra chinois tragique : Dou E, victime de l’injustice, écrite il y a plus de 700 ans par Guan Hanquin, qui sera bientôt représentée lors d'un festival national de théatre. La mise en scène est originale, frisant le ridicule : une actrice japonaise ne parlant presque que japonais doublée d'une actrice locale ne parlant presque que la langue locale. Cette pièce parle d'injustice, de justice expéditive et brutale, de corruption...

En parallèle, à part Lan, jeune acteur menant une vie un peu décousu et qui a du mal à s'y mettre, tout le théâtre est adepte du Gong Fu (la maîtrise de l'art en chinois), une forme de méditation, proscrite par l'Etat. Et dans ce contexte, l'injustice que subit Dou E et celle que subiront les membres du théâtre vont se confondre progressivement pour ne faire plus qu'une.

Mon avis :

L'auteur et le metteur en scène ont inventé un nouveau style théatral : la tragédie bouffe. Parfois grave, parlant de mort et de totalitarisme, parfois burelesque, sachant garder une certaine légerté pour ne pas accabler le spectateur. De plus l'idée est originale (répétition d'un pièce d'opéra chinois), le décors assez simple est au final bien fait (scène de théatre avec les premiers rangs de sièges), la musique au koto dépaysante, les chants assez inhabituels mais c'est très réussi, les costumes traditionnels sont magnifiquement réalisés (à part Lan qui passe la première partie du spectacle dans une espèce yukata (kimono pour la nuit) en soie informe.

Ca m'a beaucoup plu. Ca détend et j'ai passé une agréable soirée.

Au théatre Ménilmontant, Paris 20e arrondissement, jusqu'au 6 mars 2008.
Ne pas commander son billet à la FNAC, ce sont les seuls à ne pas avoir de place numérotée et ça pose problème.

lundi 4 février 2008

Voyage aux pays du coton : Erik Orsenna

Quatrième de couverture :

Cette histoire commence dans la nuit des temps. Un homme qui passe remarque un arbuste dont les branches se terminent par des flocons blancs. On peut imaginer qu'il approche la main. L'espèce humaine vient de faire connaissance avec la douceur du coton. Depuis des années, quelque chose me disait qu'en suivant les chemins du coton, de l'agriculture à l'industrie textile en passant par la biochimie, de Koutiala (Mali) à Datang (Chine) en passant par Lubbock (Texas), Cuiabá (Mato Grosso), Alexandrie, Tachkent et la vallée de la Vologne (France, département des Vosges), je comprendrais mieux ma planète. Les résultats de la longue enquête ont dépassé mes espérances. Pour comprendre les mondialisations, celles d'hier et celle d'aujourd'hui, rien ne vaut l'examen d'un morceau de tissu. Sans doute parce qu'il n'est fait que de fils et de liens, et des voyages de la navette.

Commentaire :

Cette fois-ci, Erik Orsenna nous propose un véritable voyage, une enquête dans les principaux pays dans lesquels le coton joue un rôle important : Mali, Etats-unis, Brésil, Egypte, Ousbekistan, Chine, et un rapide retour en France, dans la vallée de la Vologne... Vous verrez de nombreux paysages, vous croiserez de nombreuses personnes pour qui le coton compte, toutes intéressantes et hautes en couleur.

C'est un récit de voyage, mais vous ne le trouverez pas au milieu des romans de voyage. La FNAC l'a rangé dans les livres de géographie. En sous-titre de ce récit : petit précis de mondialisation. Car l'histoire du coton se mêle aujourd'hui avec celle de la mondialisation. Et c'est un véritable état des lieux du coton que l'auteur nous propose, presque complet, vu a travers de voyages et de rencontres, nous donnant matière à réfléchir et nous montrant bien qu'il est difficile de ne comprendre le spectre de la modialisation qu'à travers le filtre de nos yeux d'européens.

A la fin du livre, j'ai compris qu'il est au final bien difficile de juger. La réalité n'est pas même pour le paysan malien, brésilien ou étatsunien, l'entreprenneur chinois ou vosgien... On saisit mieux les enjeux, les angoisses et les espérances qu'engendrent la mondialisation. Et l'auteur nous donne de bonnes pistes de réflexion, mais pas de solution, pour répondre à ces question actuelles.

Au final, la conclusion est peut-être un peu amère : "La première leçon d’un tour du monde est celle-ci : sur Terre la douceur est une denrée rare, et chèrement payée." Alors, faisons un grand hommage aux travailleurs du coton.

C'est un livre que je recommande; très simple à lire, sans grand parti pris, c'est un très bon état des lieux de notre monde qui se globalise et ça remet au final plein de choses en place. Pour ceux qui auraient pris en grippe leurs cours de géographie au lycée, ce n'est pas un manuel d'économie. C'est un état des lieux comme pourrait le faire celui qui aurait voyagé etsuivi au tour du monde l'histoire actuelle du coton. En plus, c'est tellement bien écrit... Et j'adore toujours autant les écrits d'Orsenna.

dimanche 3 février 2008

Lettre d'une inconnue : Stefan Zweig

Je viens juste d'acheter un recueil des principales nouvelles de Zweig en allemand, avec pour but premier de lire les vingt-quatres heures dans la vie d'une femme, la Confusion des Sentiments et Amok, ou, le Fou de Malaisie. Il faudra aussi un jour que je relise le Joueur d'échec. Et hier matin, je venais de tomber sur le post de Caro[line] sur la Lettre d'une inconnue, qui fait partie de la Fashion's Klassic List.

Vu l'enthousiasme de Caro[line] qui apparament avait quelques a priori sur le grand maître autrichien, je me suis dit : "Alors, pourquoi ne pas commencer par celui-la?" Un enthousiasme bien mérité...

Ca faisait longtemps que je n'avais plus lu un livre en allemand, le dernier étant Die Gedanken sind Frei, dont je vous ai parlé il y a peu parce qu'il m'avait particulièrement marqué. Et pourtant, à part les quelques premières phrases, je n'ai visiblement rien perdu du temps où je m'exprimais courramment dans la langue de Goethe; bien obligé, j'y ai vécu et travaillé pendant quatre mois.

L'histoire :

Un auteur célèbre reçoit une longue lettre d'une inconnue, une femme qui vient juste de perdre son enfant. Elle lui avoue son coup de foudre, le jour où elle l'a vu pour la première fois, alors qu'elle avait treize ans et lui vingt-cinq. Elle lui raconte aussi la naissance de son amour, malheureusement réprimé. Elle lui raconte enfin l'histoire de son fils qui vient de mourir...

Commentaire :

Cette nouvelle est tout simplement magnifique, avec son écriture d'une force impressionnante. La femme, libérée par la mort de son fils de cette retenue et de cette timidité sentimentale typiquement allemande, va dévoiler son amour à un homme, de douze ans son ainé... L'écriture aussi est exceptionnelle, une écriture très lyrique et visuelle, très expressive avec sa multitude d'adjectifs, de propositions et d'adverbes... Du grand Zweig...

Remarque :

Je ne sais pas si ça se retrouve dans la traduction française, mais la femme met dans sa lettre une majuscule lorsqu'elle tutoie l'auteur : comme on ne le fait qu'avec Dieu en allemand? Est-ce une figure de style, une coïncidence?

Le Vampire de Ropraz : Jacques Chessex

En 1903 à Ropraz, dans le Haut-Jorat vaudois, la fille du juge de paix meurt à vingt ans d'une méningite. Un matin, on trouve le couvercle du cercueil soulevé, le corps de la virginale Rosa profané, les membres en partie dévorés. Horreur. Stupéfaction des villages alentour, retour des superstitions, hantise du vampirisme, souvenirs des vielles tares et des anciennes perversions populaires, chacun épie l'autre au cœur de l'hiver. Puis, à Carrouge et à Ferlens, deux autres profanations sont commises. Il faut désormais un coupable...

Dans cette nouvelle, Jacques Chessex nous raconte d'une manière crue et gore des perversions campagnardes, des superstitions moyen-âgeuses et la vindicte populaire toujours prompte à trouver un coupable qui, si cela avait encore été possible, aurait été pendu haut et court puis brûlé sur un bûcher sans autre forme de procès. Et pourtant il s'agit de faits réels horribles qui se sont produits à l'aube de la première guerre mondiale : ce n'est pas si vieux que ça au final...

A la lecture, on dirait une chronique journalistique, une enquête de reporter d'investigation. L'écriture est précise et juste, les faits sont retranscrits sans finesse et sans ménagement, mais sans envolée lyrique morbide des romans d'horreur et des thrillers gores. Avec une fin très originale, c'est une petite nouvelle agréable, très bien construite, que je conseille.

Pourtant il lui manque d'après moi un peu de profondeur, l'auteur reste trop superficiel dans ses descriptions et dans son histoire et j'aurais aimé qu'il rentre un peu plus profondément dans l'intrigue... J'aurais peut-être préféré un roman à la place d'une nouvelle... Mais ça n'engage que moi.

J'ai passé le livre à Loutarwen qui devrait bientôt l'avoir fini - il ne lui reste plus que 33 pages à lire - donc vous aurez droit à un double commentaire...

samedi 2 février 2008

Passage en bibliothèque I

Nouvelle visite à la bibliothèque Fessart. J'avais en effet fini mes emprunts mercredi soir. Voici donc ma nouvelle liste d'emprunts, donc bientôt de nouvelles lecture:
  • Abandons : Kawakami Hiromi
  • La joueuse de Go : Shan Sa
  • La formule préférée du professeur : Ogawa Yôko
  • Otto, Autobiographie d'un ours en peluche : Tomi Ungerer
  • Peter Pan, Londres, Loisel
Comme vous voyez, cette fois-ci, il n'y a pas que des livres: une BD et un livre pour enfant au menu de mon Challenge ABC 2008.

Un peu plus tôt dans la journée, j'étais passé à la Marissal Bucherei, une librairie allemande entre le troisième et le quatrième arrondissement de Paris (juste à côté de Beaubourg). En effet, au programme de mon Challenge se trouve les 24 heures dans la vie d'une femme. Et là-bas, j'ai eu une bonne surprise, je suis tombé sur un recueil des principales nouvelles de Zweig en allemand, dont Amok (der Amoklaufer), 24 heures dans la vie d'une femme (Vierundzwanzig Studen aus der Leben einer Frau), Lettre d'une inconnue (Brief einer Unbekannten)... Et plein d'autres...

Donc je vais me remettre un peu à l'allemand (j'y ai vécu en totale immersion, stage d'école d'ingénieur, pendant 4 mois l'an d'avant). Pour commencer, je viens de me plonger dans la Lettre d'une Inconnue. En effet, Caroline vient d'en faire une superbe critique, et ça m'a fait envie.

Donc plein de lectures en prévision pour ce mois de février qui commence. Sans compter ce qui me trouve déjà dans ma PAL et les livres que je ne vais pas pouvoir m'empêcher d'acheter, je me connais...

Et un post déjà en prévision : Le Vampire de Ropraz de Chessex que j'ai fini ce matin...