dimanche 24 août 2008

Un nouveau petit oiseau fraîchement sorti de son nid

Oh! Moi, vous savez, les tuocha et moi, ça fait deux: Compression adiabatique, qualité subatomique... Vous me direz, tout ça à cause d'un nid de Xiaguan exceptionnellement typique de Xiaguan (compression et qualité)....

Alors, lorsque Stéphane me propose un de nid de 2002, pas encore dans sa carte, lors de ma dernière commande, je suis dubitatif au début, mais je me dis: "si Stéphane le propose, c'est qu'il y a de quoi me faire changer d'avis sur les tuo..." Donc voici la bête, un tuocha de 2002 de la Da Li Nan Jian Factory, conservé depuis 6 ans d'abord à Guangzhou , puis depuis peu à Taïwan, c'est à dire sous un climat plus humide qu'à Kunming ou bien que chez nous en France.

Voilà donc l'épreuve de vérité! Vais-je devoir aller chercher le marteau? La masse? le morgenstern? Et bien pour une fois non. Mon coupe papier (je n'ose pas dire mon couteau à pu ehr) trouve tout seul une interstice entre deux feuilles compressées. Il s'enfonce sans résistance, on entend le nid craquer sous les petits mouvements fléchissants... Un morceau s'en détache sans difficulté, même si le nid est bien compact. Une bonne surprise.

Dosage du thé, au pif, ou plutôt, autant dans la théière que d'habitude pour un cru d'une dizaine d'années. Les feuilles sèches sentent la muscade et le gingembre. Une fois dans la théière réchauffée, c'est de la noisette, beaucoup de noisette. Deux rinçages, même odeur! Vient alors la première infusion. 45 secondes... La liqueur est odorante, d'une superbe couleur orange dorée... Et là... L'odeur de noisette n'était pas là pour rien, au goût; c'est de la noix nouvelle, voire verte, et de l'amande douce. Aussi fort que de l'huile, même plus... Ça remplit la bouche, mais c'est un peu agressif. Pas de moelleux. Un peu déçu... C'est trop jeune.

Deuxième infusion, un peu plus courte. Et là, on change de monde. La noix et l'amande sont toujours, là, en première note, mais c'est moins fort, et surtout, ça a perdu toute sa verdeur. Vient ensuite une note sucrée, chaude, un peu fruitée, indéterminée. Enfin, ce sont des épices qui apparaissent: d'abord de la muscade et du gingembre, peut-être un peu de paprika; ensuite du piment d'Espelette, très fort et très fruité; enfin du poivre cinq baies. Ce qu'il y a de vraiment étonnant c'est comment avec ce thé, les différentes notes ne se mélangent pas, elles se suivent l'un après l'autre, bien distincte.

Au fil des infusions, la note chaude et fruitée prend un peu de corps. Elle se mue en humus et en mousse puis en champignon. Cette grande palette de saveurs se marie très bien: le rassurant des fruits secs, le chaud de la note fruitée, le piquant qui laisser un arrière-goût très frais. Le côté très jeune décevant de la première infusion disparaît dès la seconde infusion, et nous donne un thé long et très équilibré.

Une fois la première infusion passée, une belle découverte à tout petit prix...

7 commentaires:

Stephane a dit…

Merci pour ta description de ta dégustation de ce Tuo Cha. Tu as eu entièrement raison de raccourcir les infusions. Bonne intuition! D'ailleurs, les premières ne sont pas forcément les meilleures. Mais la suite en vaut la chandelle.

En fait, je voulais surtout faire une petite correction concernant le stockage. Mon grossiste l'avait gardé dans son stock du Guangzhou (Canton) la plupart de ces années. Ce n'est que récemment que ce stock est arrivé à Taiwan. J'avais pensé qu'il stockait tout son thé à Taiwan, mais, après clarification, il m'a dit avoir aussi un entrepot à Guangzhou. Pratiquement, cela ne change pas grand chose, car les conditions climatiques sont très similaires à celles de Taiwan.

Soïwatter a dit…

@ Stéphane:
Correction faite.

Je suis d'accord avec toi. Les premières infusions ne sont pas forcément les meilleurs. Face à cette expérience, j'ai voulu réessayer le thé. Même dosage, des temps plus courts (25s puis un incrément de 10s à chaque infusion), un seul rinçage.

Je suis arrivé aux mêmes conclusions. Cette fois-ci c'était les deux premières infusions qui étaient vertes. Ça dois être une caractéristique de ce thé. Il faut attendre le troisième passage de l'eau pour que la noix jeune s'efface. Par la suite, j'avais le mêmes impressions, à part que les notes épicées sont arrivées plus tard dans la dégustation et que les goûts de humus et de champignons étaient plus présents.

Guangzhou! C'est un nom que j'entends assez régulièrement au boulot ces derniers temps.(On a un bureau sur un chantier naval cantonnais.) Peut-être aurai-je un jour la chance de faire un tour dans ce coin qui laisse de bonnes promesses en matière de thé...

Katell a dit…

Soïwatter, tu es bien parti dans la voie du thé...je suis impressionnée par tes descriptions et ta passion des mots pour donner vie et corps au thé!
Merci pour tous ces petits bonheurs :-)

Soïwatter a dit…

Merci Katell... Ça fait plaisir de voir que les descriptions des thés qui me marquent intéressent d'autres personnes.

J'ai encore plus d'un thé dans ma manche dont j'ai envie de parler et je sens que le WE prochain, j'en aurais encore plus. La maison des trois thés réouvre cette semaine.

ginkgo a dit…

ces goûts que tu décris me donnent vraiment envie de découvrir ce thé : gingembre ( je raffole) et noisette et ces évolutions au fil des infusions...merci pour cette description

jeancarmet a dit…

Bravo pour ton blog et ton style !
Je file voir tes recettes alsaciennes...

edp a dit…

Merci pour ton blog portant sur des sujets variés et intéressants !

J'ai fait une commande à Stéphane du 2002 et un échantillon du 91 vu ta description.