lundi 12 octobre 2009

Eclipse de flamme

Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours; Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards.

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire ;
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois.

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,
À ses regards voilés je trouve plus d’attraits :
C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais. [...]

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau !
L’air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu’à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel :
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel ! [...]

Alphonse de Lamartine,
L'Automne

Le soleil noir d'octobre n'ose darder ses traits tiédis, et déjà sonne le glas des aurores d'été.

Bientôt, malgré ma constitution sibérienne, il faudra me faire raison, et abandonner ces instants magiques où les premiers rayons tout sucrés d'une aube estivale accompagnait mon éveil au sortir d'une nuit sans sommeil: des instants solitaires où je sourdais de la torpeur nocturne, au milieu de la nature ouvrant l'oeil, offrant les volutes d'un thé au jardin secret au pied de mon balcon.

Depuis quelques jours, la flamme avait remplacé les traits solaires pour lueur matinale, et bientôt les brumes glacées d'un triste novembre devront me résigner à abandonner la fraîcheur d'une ville qui s'éveille pour la chaleur moelleuse d'un intérieur parisien. Les odeurs de sous-bois de ce pu-ehr du matin se mêle à la terre humide et aux feuilles d'automne

Et comme pour figer ce dernier instant, cette flamme de bougie matinal m'a offert un spectacle magnifique, l'éclipse de sa flamme par le bouton de ma théière...





dimanche 23 août 2009

Au ban l'horrible vieux vert...

Le monde du thé véhicule une certain un certain nombre de poncifs qui ont la vie dure. Combien de fois avons-nous entendu que les sheng ne valent rien avant une vingtaine d'année, que le thé en vrac n'est apparu que sous la dynastie Ming, de même que les théières, que sous le Song Dai, on ne buvait que du MoCha (macha)?

Combien de fois avons nous entendu que les thé verts ne se conservaient pas plus de six mois? Et que les thés verts ne s'infusent qu'à 75°C, sous peine d'avoir une liqueur d'une astringence inhumaine...

La première fois que j'ai essayé de tordre le cou à cette idée bien ancrée, ce fut avec un reste de mon premier primeur, un Liu An Gua Pian, dont j'avais oublié un fond de paquet il y a 5 ans, et que je regoûte à l'occasion pour voir ce qu'il devient... Autant vous dire que je ne l'ai pas jeté ce fond de paquet-là!

La seconde fois, c'était il y a quelques semaines, lors du passage à Paris de Stéphane, où nous avons organisé un petit Cha Xi aux alentours du Jardin d'Acclimatation, avec un Xi Hu Long Jing que lui avais offert Chih Jung Sien.

Et jamais deux sans trois, je voulais retenter l'expérience, avec un autre thé ver que je garde depuis maintenant deux ans et demi: un Yong Xi Huo Qing de 2007 (PdT). C'est dire si j'ai choisi le thé le plus commode et le plus difficile à louper. Très vert à l'origine, il développe naturellement une fine astringence qui ne pardonne pas les eaux trop chaudes. Mais il faut de l'audace lorsqu'on décide de faire de telles expériences.

Pour pousser l'audace, j'ai choisi ma théière réservée aux (jeunes) sheng, et de l'eau déjà bien ouverte (environ 90°C). J'ai aussi choisi comme bateau à thé ma nouvelle assiette ancienne en porcelaine de Cizhou (j'ai aussi trouvé un encensoir apparié qui me sert de Za Fang). Et pour l'ambience, j'ai décidé de faire résonner sur mon balcon les concerti pour Violoncelle de Bach...

Je sais, ça frise l'hérésie, un horrible vieux vert, une eau bien trop chaude, une théière en terre: l'horreur est assurée... C'est un remède de choc pour anesthésier des papilles... Non?

Eh bien, que nenni!

Le thé dans son sachet hermétique sens encore très bon. Malgré son grand âge - plus de deux ans - on sent encore les puissantes notes verts qui lui donne son nom (Feu Vert du Yong Xi). On sent aussi plus qu'avant des notes de torréfactions, et une belle présence iodée.

Dans la liqueur cette note iodée prend toute son importance, donnant des idées de pelure de concombre ou de melon. C'est une note que j'ai l'habitude de retrouver dans les très jeunes sheng. Et je pense que la comparaison est bonne, tant ce thé me fait penser à ces jeunes pu ehr... Le thé est très doux; malgré la température, l'astringence reste très subtile et réhausse en douceur la rondeur du thé.

Le côté herbe fraiche de son enfance ont disparu, mais des notes fleuries se font sentir en pointillé. Comme pour mes essais avec le Gua Pian, des sensations épicées se font sentir une espèce de piquant poivré bien agréable...

Il m'aura donné huit belles infusions, allant du concombre poivré au melon d'eau au miel...

Moi, je suis convaincu: on peu garder un thé vert, alors, s'il vous reste des fonds de sachets, et que votre nez vous dit qu'il y a encore de la matière, avant de les jeter, essayez de les faire vieillir, une surprise sera peut-être au rendez-vous...

Attention, je ne dis pas que tous les verts, même très bons, vont bien se garder, j'en jette en fin de chaque saison....

lundi 27 juillet 2009

Saint Kilda, Livre I: les esprits d'Hirta

Nous sommes au milieu du XIXe siècle. Depuis plus de mille ans, l'archipel éloigné de Saint Kilda, au large des hybrides extérieures, vit en totale autarcie, grâce à l'appui d'un clan écossais puissant, les Mc Load. Dans un environnement très hostile, en plein milieu de l'Atlantique, presque inaccessible l'été et complètement coupée du monde l'hiver, cette société recluse, composée majoritairement de femmes, qui vit sans règles figée et où toute décision naît de la volonté commune, semble être une représentation de l'Utopie de Mann.

Darius Kingsley, jeune étudiant étudiant oisif, ose pour défier son père présenter une thèse de biologie prouvant la théorie fort décriée de l'évolution des espèces. En représailles, son père fait annuler sa thèse et l'envoie pour un voyage d'étude de deux ans sur cette île désolée.
Mais la société qu'il y trouve est très éloignée de cette vision utopique: le pasteur de la communauté, débarqué sur l'île il y a une vingtaine d'années, maintient volontairement la population dans l'ignorance et dans un mysticisme malsain, assoyant son pouvoir sur la peur de Dieu et des Esprits...

Cet après midi, alors qu'on passais devant le MK2 Quai de Seine pour voir si un film nous tentait, nous avons dû nous abriter d'un grosse averse, devinez... dans la librairie du Mk2... Mauvaise idée... Je n'ai pu m'en empêcher, j'ai craqué pour une bande dessinée.

Cette nouvelle série de Pascal Bertho et de Chandre, publiée aux éditions Atmosphère prend racine sur des faits historiques réels: l'autarcie de la population de l'archipel, son mode de vie et les phantasme philosophique que cette communauté a généré chez les philosophes de l'époque... Mais dessus se greffe une histoire bien plus scabreuse que je vous laisse découvrir. Avec en prime les trois premières planches trouvées sur le blog du dessinateur.
Une patte nette, une histoire noire et empreinte de mystère, tout ce que j'aime... Pour ma part, j'attends le deuxième tome.

lundi 22 juin 2009

Une tasse de thé pour le général.

A quelques kilomètres à l'ouest de Shizuoka, deux torrents alpins, la Warashina-gawa et la Asahina-gawa, produisent un brouillard très dense qui enveloppe les montagnes alentours. Et c'est grâce à ces conditions uniques que tout autour d'une même montagne, sont nés les plus grands noms du thé japonais.

Au Japon, la tradition dit que le premier théier y a été planté par le moine Ei Sai en 1211. C'est l'une des premières plantations mentionnée dans les chroniques. Le troisième Seii Taishogun Tokogawa Ieyasu le fondateur de Edo, ayant gouté ce thé, avait décidé d'y construire sa réserve de thé, et s'est fait enterrer non, loin de là, à Sunpu (Shizuoka).

Aujourd'hui, la Warashina est connue pour ses productions rares et confidentielles, sur de petites plantations qui privilégient la qualité... Ces plantations sont visibles du ciel sous Google Map.

Cette année, le Palais des Thés, réservée à quelques boutiques parisiennes, dont rue Vieille du Temple, a réussi à dénicher un tout petit lot de ces thés d'exception que sont les Hon San Warashina Shincha.

Les feuilles sèches sont assez exceptionnelles: même dans les meilleurs shincha que j'ai goûte, je n'ai jamais vu une telle régularité dans les aiguilles, peu cassées, pliées à la perfection, d'une couleur "if" profonde régulière, à l'odeur végétale, marine, florale et déjà très beurrée.

C'est partis pour quatres infusions de deux minutes, à 60°C environ (je préfère diminuer la température et allonger un peu le temps, c'est d'habitude plus épais). Les feuilles infusées sentent fortement les légumes à cosse cuit, l'iode et les notes marines, elles ont aussi un goût très doux; j'avais malheureusement pas de sauce soja pour me faire une petit plat! Mais passons, place au thé!

C'est très doux, épais, rond et très long, et l'umami éclatant et omni-présent amplifie ces sensations. La première note est un fort goût de pois au beurre, certainement des fèves, sur une trame de poisson marin, du lieu noir? A sela s'ajoute de fortes notes vertes et fraiches d'herbe et de menthe. Plus loin, quelques fleures et un peu de zeste.

Sur les infusions suivantes, le poisson prend plus de place, et la fraicheur menthée tient bien. Mmmh!

Cette petite douceur est un peu chère, mais c'est l'un des meilleurs thés japonais que j'ai goûté. Un petit chef-d'œuvre aux notes japonaises éclatantes.

Merci Hojotea et l'office du tourisme de Shizuoka pour les photos.
Voilà un endroit où j'aimerais bien passer avant une ascension de Fuji-san

jeudi 28 mai 2009

Mangez-le si vous voulez

Allez, une petite histoire vraie pour changer!

Un nouveau Teulé, c'est un évènement. Certes, je n'ai pas encore eu le temps de lire le Montespan, qui trône bien sagement dans ma bibliothèque (entendre par là les piles de livres répandues dans le couloir...) Mais rien qu'à la vue de ce titre, je ne pouvais pas passer à côté... La c'est le petit psychotique qui sommeille en moi qui se réveille.

Pourquoi aller chercher le fait divers si loin dans des contrées inhospitalières d'Outre-Rhin comme Rotenburg an der Fulda? Voici une histoire encore plus scabreuse qui s'est pas passé dans notre bon vieux Périgord, pays du foie gras et du canard confit, un lendemain d'assomption 1870.


Ce qui suit dévoile l'histoire, mais cette épisode sombre de notre mémoire collective est connu...

Alain de Monéys, jeune noble local, affable et aimé de tous, sort de chez lui pour se rendre dans la commune voisine régler des affaires avant de s'engager volontairement dans l'armée impériale alors en guerre contre la Prusse alors qu'il avait été pourtant réformé pour trop frêle constitution.

Vers 14 heures, il entre à Hautefaye, mais quelques mots entre un de ses cousins, républicain, et des personnes présentes font s'envenimer la situation. Son cousin fuit, mais très vite se répand le bruit que de Monéys serait un prussien. Quelques jours après les débâcles de Reichshoffen et de Forbach, les esprits s'échauffent dans ce coin du Périgord ultra-bonapartiste.

De Monéys a beau clamer son innocence et son soutient à l'empire, la foule le prends à partie, et très vite sonne la curée... Malgré l'aide de quelques-uns de ses amis et fermiers, très peu au final, la foule se rue sur lui. Ils auront beau tout au long de la journée essayer de le sauver des pattes de ces chiens enragés constituée de voisins et d'amis au final, ils n'arriveront pas à le soustraire à la folie meurtrière de la foule et à l'indifférence des rare personnes qui ne se sont pas mêlées au carnage: les coups, blessures et tortures les plus infâmes dureront jusqu'à la nuit, et c'est vivant qu'il sera brûlé, puis même mangé par une population prise de folie.


Et tout au long de l'histoire, De Monéys reste vivant, presque lucide, à clamer son innocence: dire qu'il avait été réformé!


Dans ce texte, Teulé reprend fidèlement ces évènements macabres. C'est souvent à la limite du supportable, tant au niveau intellectuel que gastrique (les actes perpétrés donnent envie de vomir). Et la plume de l'auteur soutient magnifiquement cette horreur. De quoi redonner confiance en la destinée humaine (ironie!)

Un grand moment de littérature!

Ah, en passant, c'est aujourd'hui la 150ème!

mardi 12 mai 2009

Panique au Mangin Palace

Attention! Message personnel! Panique au Mangin Palace! Je répète, panique au Mangin Palace!

Ha ha! Nous revoilà! C'est la panique en direct du Mangin Palace, épisode 161. Bienvenu à toi dans ce monde archiloufoque et total foutraque, où l'élégance se mélange au n'importe-nawaque, le tout dans une fanrandole de volutes sonores orchestrée une bande de doux dingues. La machine est prête et à priori, nous serions ce matin, selon le grégorien, le dimanche trois mai deux mille neuf, onze heures cinq, bonjour à toi, l'ami!

Avant tout ce matin, dans panique au Mangin Palace...

Voici une émission de radio que j'ai découvert il y a à peine un mois, mais qui dès la première écoute, m'a ensorcelé.
Toute l'année le dimanche sur France Inter, Phillipe Collin nous propose une revue de l'actualité pleine d'humour, avec l'aide de ses accolytes Xavier Mauduit, Thiérry Daupin et Flora Bernard. Grâce à des extraits bien choisis d'archives de l’INA, de films, de chansons et quelques témoignages, il nous raconte la société à sa façon, jouant au passage et sans vergogne avec notre mémoire collective, nous souvenirs télévisuels et radiophoniques, les bribes de culture incrustées dans notre mémoire, où chaque passage à un peu l'air d'un déjà vu proche ou lointain et n'est jamais loin des actualités françaises et mondiales... Mais sans jamais prendre parti, sans faire de politique malsaine.

Un humour actuel tranchant jouant habilement et volontairement avec le suranné. Un coup de cœur.
Et je pense que le Maître aurait pu aimer...

Note: En juin 2007, l'émission a remporté le prix du meilleur programme radio au New York Festivals. Et pour les gens comme moi qui n'écoutent pas la radio, ça existe en podcast. Allez voir sur leur site. Il existe même des archives.