lundi 22 juin 2009

Une tasse de thé pour le général.

A quelques kilomètres à l'ouest de Shizuoka, deux torrents alpins, la Warashina-gawa et la Asahina-gawa, produisent un brouillard très dense qui enveloppe les montagnes alentours. Et c'est grâce à ces conditions uniques que tout autour d'une même montagne, sont nés les plus grands noms du thé japonais.

Au Japon, la tradition dit que le premier théier y a été planté par le moine Ei Sai en 1211. C'est l'une des premières plantations mentionnée dans les chroniques. Le troisième Seii Taishogun Tokogawa Ieyasu le fondateur de Edo, ayant gouté ce thé, avait décidé d'y construire sa réserve de thé, et s'est fait enterrer non, loin de là, à Sunpu (Shizuoka).

Aujourd'hui, la Warashina est connue pour ses productions rares et confidentielles, sur de petites plantations qui privilégient la qualité... Ces plantations sont visibles du ciel sous Google Map.

Cette année, le Palais des Thés, réservée à quelques boutiques parisiennes, dont rue Vieille du Temple, a réussi à dénicher un tout petit lot de ces thés d'exception que sont les Hon San Warashina Shincha.

Les feuilles sèches sont assez exceptionnelles: même dans les meilleurs shincha que j'ai goûte, je n'ai jamais vu une telle régularité dans les aiguilles, peu cassées, pliées à la perfection, d'une couleur "if" profonde régulière, à l'odeur végétale, marine, florale et déjà très beurrée.

C'est partis pour quatres infusions de deux minutes, à 60°C environ (je préfère diminuer la température et allonger un peu le temps, c'est d'habitude plus épais). Les feuilles infusées sentent fortement les légumes à cosse cuit, l'iode et les notes marines, elles ont aussi un goût très doux; j'avais malheureusement pas de sauce soja pour me faire une petit plat! Mais passons, place au thé!

C'est très doux, épais, rond et très long, et l'umami éclatant et omni-présent amplifie ces sensations. La première note est un fort goût de pois au beurre, certainement des fèves, sur une trame de poisson marin, du lieu noir? A sela s'ajoute de fortes notes vertes et fraiches d'herbe et de menthe. Plus loin, quelques fleures et un peu de zeste.

Sur les infusions suivantes, le poisson prend plus de place, et la fraicheur menthée tient bien. Mmmh!

Cette petite douceur est un peu chère, mais c'est l'un des meilleurs thés japonais que j'ai goûté. Un petit chef-d'œuvre aux notes japonaises éclatantes.

Merci Hojotea et l'office du tourisme de Shizuoka pour les photos.
Voilà un endroit où j'aimerais bien passer avant une ascension de Fuji-san

jeudi 28 mai 2009

Mangez-le si vous voulez

Allez, une petite histoire vraie pour changer!

Un nouveau Teulé, c'est un évènement. Certes, je n'ai pas encore eu le temps de lire le Montespan, qui trône bien sagement dans ma bibliothèque (entendre par là les piles de livres répandues dans le couloir...) Mais rien qu'à la vue de ce titre, je ne pouvais pas passer à côté... La c'est le petit psychotique qui sommeille en moi qui se réveille.

Pourquoi aller chercher le fait divers si loin dans des contrées inhospitalières d'Outre-Rhin comme Rotenburg an der Fulda? Voici une histoire encore plus scabreuse qui s'est pas passé dans notre bon vieux Périgord, pays du foie gras et du canard confit, un lendemain d'assomption 1870.


Ce qui suit dévoile l'histoire, mais cette épisode sombre de notre mémoire collective est connu...

Alain de Monéys, jeune noble local, affable et aimé de tous, sort de chez lui pour se rendre dans la commune voisine régler des affaires avant de s'engager volontairement dans l'armée impériale alors en guerre contre la Prusse alors qu'il avait été pourtant réformé pour trop frêle constitution.

Vers 14 heures, il entre à Hautefaye, mais quelques mots entre un de ses cousins, républicain, et des personnes présentes font s'envenimer la situation. Son cousin fuit, mais très vite se répand le bruit que de Monéys serait un prussien. Quelques jours après les débâcles de Reichshoffen et de Forbach, les esprits s'échauffent dans ce coin du Périgord ultra-bonapartiste.

De Monéys a beau clamer son innocence et son soutient à l'empire, la foule le prends à partie, et très vite sonne la curée... Malgré l'aide de quelques-uns de ses amis et fermiers, très peu au final, la foule se rue sur lui. Ils auront beau tout au long de la journée essayer de le sauver des pattes de ces chiens enragés constituée de voisins et d'amis au final, ils n'arriveront pas à le soustraire à la folie meurtrière de la foule et à l'indifférence des rare personnes qui ne se sont pas mêlées au carnage: les coups, blessures et tortures les plus infâmes dureront jusqu'à la nuit, et c'est vivant qu'il sera brûlé, puis même mangé par une population prise de folie.


Et tout au long de l'histoire, De Monéys reste vivant, presque lucide, à clamer son innocence: dire qu'il avait été réformé!


Dans ce texte, Teulé reprend fidèlement ces évènements macabres. C'est souvent à la limite du supportable, tant au niveau intellectuel que gastrique (les actes perpétrés donnent envie de vomir). Et la plume de l'auteur soutient magnifiquement cette horreur. De quoi redonner confiance en la destinée humaine (ironie!)

Un grand moment de littérature!

Ah, en passant, c'est aujourd'hui la 150ème!

mardi 12 mai 2009

Panique au Mangin Palace

Attention! Message personnel! Panique au Mangin Palace! Je répète, panique au Mangin Palace!

Ha ha! Nous revoilà! C'est la panique en direct du Mangin Palace, épisode 161. Bienvenu à toi dans ce monde archiloufoque et total foutraque, où l'élégance se mélange au n'importe-nawaque, le tout dans une fanrandole de volutes sonores orchestrée une bande de doux dingues. La machine est prête et à priori, nous serions ce matin, selon le grégorien, le dimanche trois mai deux mille neuf, onze heures cinq, bonjour à toi, l'ami!

Avant tout ce matin, dans panique au Mangin Palace...

Voici une émission de radio que j'ai découvert il y a à peine un mois, mais qui dès la première écoute, m'a ensorcelé.
Toute l'année le dimanche sur France Inter, Phillipe Collin nous propose une revue de l'actualité pleine d'humour, avec l'aide de ses accolytes Xavier Mauduit, Thiérry Daupin et Flora Bernard. Grâce à des extraits bien choisis d'archives de l’INA, de films, de chansons et quelques témoignages, il nous raconte la société à sa façon, jouant au passage et sans vergogne avec notre mémoire collective, nous souvenirs télévisuels et radiophoniques, les bribes de culture incrustées dans notre mémoire, où chaque passage à un peu l'air d'un déjà vu proche ou lointain et n'est jamais loin des actualités françaises et mondiales... Mais sans jamais prendre parti, sans faire de politique malsaine.

Un humour actuel tranchant jouant habilement et volontairement avec le suranné. Un coup de cœur.
Et je pense que le Maître aurait pu aimer...

Note: En juin 2007, l'émission a remporté le prix du meilleur programme radio au New York Festivals. Et pour les gens comme moi qui n'écoutent pas la radio, ça existe en podcast. Allez voir sur leur site. Il existe même des archives.

dimanche 3 mai 2009

Boules de duvet blanc...

Petit post pour répondre à un commentaire affolé de ParisThé...

Voici ce que j'ai trouvé dans mon Xi Hu Long Jing de Thés de Chine:

J'espère que c'est la même chose que tu as trouvé... Auquel cas, rien de grave, je les ai disséqué, ce n'est que du duvet qui s'est aggloméré. Visiblement les feuilles ont été au départ très duveteuse (signe de qualité), et soit un peu d'humidité dans la conservation avec beaucoup de duvet volant, soit une agglomération du duvet lors du chauffage au wok: c'est l'option que je retiens plus volontièrement car je n'ai rien vu de suspect sur mes feuilles en examinant mes 50 g...

Verdict: Pas de quoi s'alarmer... Et bois le thé lorsqu'il est jeune, c'est là qu'il est le meilleur...

Tiens! Je me ferais bien un petit Long Jing...

vendredi 1 mai 2009

Visite au Père Lachaise

Petite ballade au Père Lachaise... Désolé, je n'y tenais plus:

Le colombarium...



Little boxes on the hillside,
Little boxes made of ticky tacky
Little boxes on the hillside,
Little boxes all the same.

There's a green one and a pink one

And a blue one and a yellow one,
And they're all made out of ticky tacky
And they all look just the same.

And the people in the houses

All went to the university,

Where they were put in boxes
And they came out all the same,


And there's doctors and lawyers,
And business executives,

And they're all made out of ticky tacky
And they all look just the same.


And they all play on the golf course
And drink their martinis dry,

And they all have pretty children
And the children go to school,

And the children go to summer camp

And then to the university,

Where they are put in boxes
And they come out all the same.


And the boys go into business

And marry and raise a family
In boxes made of ticky tacky

And they all look just the same.


There's a green one and a pink one
And a blue one and a yellow one,
And they're all made out of ticky tacky

And they all look just the same.

mardi 28 avril 2009

Honni soit en ce jour ce pléonasme qui a ce jour a remplacé hui dans tant de bouche...

Petite parenthèse lexicale sur une locution que je ne conspue pas assez, tant elle me perce les tympans au fer rouge, me retourne les boyaux à la façon du jus de prunelle verdoyante et me donne des coliques comme un bataillon de rotavirus en pleine épidémie hivernale de gastroentérite...

Que les amateurs de thé, de textes et de verbe me pardonne cette digression fielleuse, mais je n'y tiens plus. On m'en a trop fait souper, et lorsque cette mauvaise mixture verbale aussi indigeste qu'une tablette de saindoux étalée sur une tranche de pain huilé est assénée avec tant de véhémence, multimédia qui plus est, je n'en puis plus: c'est la logorrhée, la faconde émétique...

Pas plus tard que la semaine dernière, lors d'une formation avec une personne que je respecte au plus haut point, j'ai du subir pas moins de 72 affronts en deux jours (au bout de deux en cinq minutes, je compte ces grossièretés). Aujourd'hui même, lors d'une réunion un peu mouvementée, cette désagréable sensation (perçage de tympan au fer rouge) m'a été assénée par un italien qui, bien que maîtrisant à merveille la langue de Boileau, s'est empressé de livrer une triplette de locutions fautives...

Alors pour lever le voile sur cette expression que j'ai du mal à nommer, que j'ai même du mal à écrire, eh, bien, voilà, je me lance... On ne dit pas "AU JOUR D'AUHOURD'HUI".... Voilà, c'est dit... Ecce contumelia! (Voici l'affront!)

Premier constat: lorsqu'on fiat un requête Google sur cette locution, on tombe sur pas moins de 122 000 occurrences trouvées en moins de 0.41 secondes. C'est dire que cette expression est répandue. Au point que même dans des journaux que je tiens pour sérieux (Le Monde n'est pas en reste), on lui fait la part belle.

Mais que veut dire au jour d'aujourd'hui?

Tout d'abord revenons sur "aujourd'hui". Et à "hui". Hui veut dire, en ce présent jour, aujourd'hui, quoi! Du latin Hodie, aujourd'hui! Donc pour insister, les rhéteurs moyenâgeux ont grandement utilisé le pléonasme, ce jour d'hui/le jour d'hui/du jour d'hui, qui à la longue est devenu, en ce jour d'hui, et le pas n'a pas été long (plusieurs siècles tout de même) pour voir vulgarisé la locution au jour d'hui devenu au fil du temps aujourd'hui (Merci le CNRTL).

Mais pourquoi l'utilisation de ce pléonasme?
En général, ou plutôt à la base, l'interlocuteur nous assène "Au jour d'aujourd'hui" en début de phrase, attribuant un caractère d'irrecevabilité, ou d'inexactitude, d'incorrection, de nuance aux propos qu'il vient d'entendre ou qu'il va émettre. Par simple opposition de principe, il va supposer que son analyse est bien supérieure aux idées habituellement véhiculées ou qu'il est conscient de l'inexactitude de ses propos mais qu'il ne peut faire mieux. Il s'agit de capter l'attention de l'auditoire, non pas par les propos émis, car souvent ils se tiennent, mais par l'absurdité, le non-sens de la locution d'introduction.

Le grand problème, c'est que beaucoup de monde pense que la complexité est le signe des hauts niveaux de langage. De ce fait, ils pensent bien parler français en utilisant ce pléonasme, alors qu'ils font malgré eux cette erreur patente. Pourtant, il existe de nombreuses formes en bon français pour marquer cette aberration: "Que je sache, à ce jour", "Or, à ce jour", "Pourtant, à ce jour"... On peut être plus imaginatif: "D'aucuns pensent", "L'idée de plus en plus répandue que", "L'acceptation générale est", et si vous lisez bien le présent texte, vous verrez que je l'ai ponctué de locutions analogues, tout en évitant bien au jour d'aujourd'hui. Le premier que vous verrez écrire, "D'aucuns pensent", eh bien, croyez moi, il nous montre sa non-adhésion à la thèse annoncée, avec toute la réserve, voire le mépris nécessaire.

Le grand danger avec cette locution est son acceptation générale.

Primo, au jour d'aujourd'hui, forme rhétorique rare et fautive, utilisée au départ par quelques orateurs pour capter l'attention de leur publique, est tant passée dans le langage courant qu'elle semble perdre son sens, pour signifier: en ce jour, à ce jour ou tout bêtement aujourd'hui.

Secundo, si l'expression devient codifiée, il n'est pas difficile de supposer que l'on verra bientôt fleurir les "au jour d'au jour d'aujourd'hui" puis par la suite, "au jour d'au jour d'au jour d'aujourd'hui" et ainsi de suite... Plaignons nos enfants!

Tertio, c'est une erreur, un pléonasme, et il n'y a aucune raison qu'il ne soit pas sanctionné comme faire se doit. La première maîtresse d'école voyant cela dans la rédaction d'un de ses élèves de primaire aura tôt fait de la soulignée de rouge, voire de l'entourer quatre fois au risque de transpercer la feuille de la pointe de son Bic.

Mais d'où nous vient cette expression coupable.

Pour une fois, la réponse est simple. Si les grands auteurs se laissent parfois aller au néologisme, c'est d'habitude à des fins humoristiques, et non rhétoriques. Rappelons-nous le merveilleux déponter de Daniel Pennac dans sa merveilleuse Fée Carabine. Si cette expression se répand de plus en plus, c'est la faute aux journalistes, particulièrement ceux de la télévision et de la radio, qui en use et en abuse comme si c'était des choux à la crème. Si bien qu'elle est passée rapidement dans la presse écrite, dans les publications scientifiques et jusqu'aux lèvres de nos professeurs... Pédantaille coupable...

Mais ils ont oublié une chose, le rôle moral du journaliste est d'instruire son lecteur, de l'éduquer, particulièrement au niveau de la langue. Pour reprendre Maître Desproges, "L'élever à soi, ne jamais se rabaisser à son niveau"... Mais ne soyons pas défaitistes, ils sont encore nombreux à ne pas se rabaisser à cette illettrisme patent. Félicitons-les! Et vous aussi, avec moi, criez:

Honni soit qui utilise ce terme!