jeudi 16 octobre 2008

Les Quatre Saisons de Shan Lin Shi

Il arrive parfois d'avoir l'impression de vivre entouré des Quattro Stagione, sous la houlette de Karajan et sous la main experte du premier violon Anne-Sophie Mutter... Ces dernier temps, c'est un thé qui m'a donné cette impression d'été, et qui m'a fait vivement envie de goûter son homonyme hivernal... Début du concerto en deux actes... sur des peintures d'Arcimboldo...


Luanze Oolong Shan Lin Shi Winter 2007
Dans trois mois, il est là, l'Hiver. Crescendo, les bourrasques de vent arrivent, laissant les dernières feuilles fauves de l'automne s'envoler, très aérien mais fort, frais et acidulé.



Il me fallait trouver le mouvement le plus proche du thé... Allegro non molto. De la fraîcheur, de l'acidulé et de la subtilité sur les premières notes, début de la tempêtes hivernale, et de la présence qui prend de plus en plus de place, pour finir sur une finale très colorée et puissante.

C'était le premier thé que je goûtais chez Stéphane, le Shan Lin Shi de torréfaction classique, hiver 2007. Le thé a déjà vieilli maintenant, six mois qu'il est ouvert, et ça se sent, mais dès la première odeur, le premier goût, on lui reconnait les qualités de ses premiers jours, il ne s'est pas du tout fermé.

Tout d'abord les feuilles sèches dans la théière chauffée: une odeur fleurie et acidulée, légèrement fruitée (type fruits exotiques) s'échappe de la théière.

Première infusion. La cruche est remplie d'une belle liqueur dorée et odorante. De ce thé, je me rappelais le côté très fleuri et très frais. Maintenant, au bout de ces quelques mois, un côté fruité et rond est apparu. Mais l'âge de ce thé est bien présent. Les fleures très fraiches que j'ai tant apprécié ce printemps ont perdu de la fraîcheur, et on commence à distinguer un peu de sècheresse, type fenaison. Notez que ça fait deux mois que je veux faire cette dégustation comparée mais que je me laisse à chaque fois tenter par un autre thé.

D'un autre côté, des notes un peu plus capiteuses sont apparues, rappelant un peu de l'orchidée. Une bouche très riche, très équilibrée entre les fleurs, les fruits et le miel, assez complexe, et de la longueur. Il me rappelle de plus en plus un Dong Ding. Est-ce la torréfaction, particulièrement maîtrisée, qui commence à se réveiller, ou bien est-ce mon goût qui évolue? Le caramel est devenu du miel, du miel de fruitier. Plus de fraîcheur apparaît au bout de trois infusions... mais contrebalancé par le côté miellé qui prend vraiment le pas...

Les feuilles infusées sont relativement sombres, un peu plus torturées que d'habitude pour les thés que nous propose Stéphane, mais aucune brisure, même si je suis à la fin du paquet, plutôt des feuilles solitaires...

Un très beau thé au final, bien présent, malgré ces quelques mois d'ouverture, subtile dans ses premières notes et avec une finale pleine d'énergie et de couleur...


Luanze Oolong Shan Lin Shi Summer 2008
L'Eté, le vrais, pas celui qu'on a tant attendu cet année, sarcastiquement annoncé sur le calandrier... Presto, puis Allegro non molto. Comme ça, pour changer le sens canonique, parce que cette sonate peut s'écouter dans les deux sens, se boucler, un vrai groupe cyclique abélien, avec pour invariant la magie de Vivaldi... Et puis, halte au conformisme... Non?




Il me fallait un thé coloré, capiteux et entêtant, avec une personnalité propre... Un vrai été pour exorciser et excommunier la pâle copie que nous a servi Madame Laborde pendant trois mois. L'été n'est généralement pas une bonne saison pour les oolongs de haute montagne, souvent rapeux et sec... Mais ce que nous propose Stéphane cette année vaut le voyage.

Dès la première odeur dans la théière chauds, les feuilles nous donnent un parfum fleuri capiteux. Au goût, c'est doux et extrêment rond, chaud, très fleuri, moelleux... Première impression, du blé, un côté boulanger très présent qui donne de la puissance à ce thé... Puis on a l'impression d'avoir du beurre en bouche, avec un petit fond salé style salidou. Et de la longueur...

Les feuilles sont belles, immenses (photos prises sur une asiette de 12 cm de diamètre; certaines faisaient plus de la moitier), un peu moins sombres que celles de cet hivers, bien entières, aucune n'est cassée... Très belles... Avec aucune trace d'oxydation...

Ce thé a une très grande présence et un corps bien équilibré. Il correspond totalement à l'idée qu'on peut se faire d'un haute montagne mais en moins léger, en beaucoup plus présent. Grand thé, très grande qualité, qui n'a pas à se cacher ou bien à avoir honte, pas une pâle imitation des cueillettes de printemps ou d'hivers. Un vrai parfum de femme qui nous donne envie de nous retourner...

Merci Stéphane. Il me manque maintenant , le printemps et l'automne pour finir mes quatre saisons...

4 commentaires:

Vanessa a dit…

Une superbe comparaison... à te lire je soupçonne mes thés d'être de pâles copies...

et puis avec ces saisons et cette odeur de femme... une belle ambiance.

Soïwatter a dit…

As-tu déjà essayé les thés de Stéphane. Dès mon premier essai, j'ai tout de suite vu la différence.

Et chaque nouvelle découverte qu'il nous propose me séduit... Ici un parfum de femme, là-bas un jardin après l'orage, ou encore la chaleur boisée d'un pu ehr...

Vanessa a dit…

Non! Il va falloir très bientôt. Merci

Soïwatter a dit…

C'est vraiment avec lui que j'ai découvert ce que pouvait être un oolong. Les dragons noirs qui me faisaient auparavant vibrer ne me semblent plus que de petits soubresauts parasites...

Ah! Je me souviens encore mon premier Wen Shan Bao Zhong et mon premier Shan Lin Shi... Des merveilles qui m'ont appris ce que "thé" voulait dire... C'était encore avant la découverte de la Maison des Trois Thés...

Alors, un conseil, vas-y, cours! Jamais tu ne pourras trouver une si grande qualité à un aussi bon prix. A chaque fois, c'est un nouveau voyage que Stéphane nous propose, une merveilleuse promenade au milieu d'un champs de fleur... Et je pense que je ne me dédirais jamais...